Chapitre 221
Garen remarqua que les runes de la lame runique bougeaient d’elles-mêmes. C’était pareil pour celle du Flamant rose, dont l’épée portait des runes rouges. Rien de logique ne pouvait expliquer cela.
Même si la lame runique n’était pas assez puissante pour le blesser gravement, elle pouvait tout de même lui entailler la peau. Rien que pour ça, il n’osait pas sous-estimer la lame blanche.
« Aigle Blanc, puis-je regarder ton épée ? » demanda calmement Garen.
Aigle Blanc tressaillit et regarda Garen. En même temps, il jeta un coup d’œil à Dale Quicksilver et hésita.
« Bien sûr. »
Il tendit sa lame à Garen.
Garen la prit et se mit à l’examiner attentivement.
Territoire du Nord
Quelque part, au cœur du brouillard
Au milieu d’une jungle peuplée de statues noires.
Sylphalan était à demi agenouillé au sol et respirait péniblement. Une main appuyée contre terre, il pressait l’autre contre son cœur.
Boum ! Boum !
Ses battements de cœur, aussi sonores que des tambours, résonnaient dans toute la jungle de statues de pierre.
Sylphalan se mordit la lèvre inférieure. La main plaquée sur son cœur agrippait sa chemise et sa poitrine. La douleur lancinante qui le transperçait l’empêchait de se concentrer ; sa vue commençait même à se brouiller.
« Ça va toujours ? » demanda le Flamant rose en sortant de derrière une statue noire. Vêtu de rouge, l’Épée du Lutin au fourreau à son côté, il avait l’air impeccable, tel une boule de feu pure ; pas même ses pieds ne semblaient couverts de poussière.
« Oui… » Sylphalan peina à se relever, mais parvint à marmonner : « Si le moment vient, pars. Je crains de ne plus pouvoir me maîtriser. »
Le Flamant rose garda le silence.
« Ne te force pas. »
« Je sais. Mais après l’avoir réprimé si longtemps, j’ai vraiment besoin de laisser libre cours à tout ça de temps en temps », répondit Sylphalan.
« Je n’arrive vraiment pas à savoir si tes choix, à l’époque, étaient bons ou mauvais. » Le Flamant rose soupira, impuissant, puis recula lentement dans l’épais brouillard, jusqu’à ce que sa silhouette disparaisse complètement.
Au loin, des pas précipités se rapprochèrent.
« Il se cachait ici ! Sylphalan, cette fois, je vais m’assurer que tu meurs ! »
« Assassin ! Aujourd’hui, je vais enfin venger mon père ! » « Méfiez-vous des autres membres du Palais immortel ! Ace, préviens tout le monde de rester sur ses gardes ! » « Oui, chef ! »
Des voix se rapprochaient rapidement de Sylphalan. De nombreuses auras martiales l’encerclaient.
Tous ces gens étaient des combattants d’élite. Parmi eux, quatre ou cinq au moins pouvaient déployer des auras aussi puissantes que celles de certains des meilleurs Grands Maîtres du combat, à peine inférieures à celles de la Shura des dunes crépusculaires. Ils étaient tous venus se venger du Palais immortel. Grâce à sa force, certains cherchaient aussi à éliminer Sylphalan afin de pouvoir s’emparer du Pot à fumée noire.
Boum !
Le cœur de Sylphalan s’emballa de nouveau. Ses sourcils se froncèrent lentement, tandis que des veines saillaient sous sa peau et convergeaient vers le centre de son front.
Hiii…
Sylphalan se releva. Deux bosses apparurent sous ses aisselles.
Garen examina soigneusement la lame. Celle qu’il tenait n’était guère différente d’une épée ordinaire. Aucune rune lumineuse, aucun pouvoir spécial : on aurait dit une simple épée longue.
« Incroyable… » Il rendit la lame runique à Aigle Blanc. Il n’avait rien pu distinguer, mais certains motifs gravés sur l’épée étaient vraiment fascinants.
Le ciel s’était déjà assombri. Le clair de lune tombait d’en haut, sa forme brouillée par la couche de brume.
« Monsieur Garen. » Dale Quicksilver revint enfin auprès de Garen. « Je crois savoir où se trouve le Roi des Clowns. » Get faster updates on novelping(.)com.
« Ah ? » Garen le regarda avec intérêt. « Tu en es sûr ? »
« Oui. » Dale Quicksilver hocha la tête.
« Dis-moi où il se cache. » Garen le fixa attentivement. Il essaya de sonder toutes les personnes présentes, y compris les Trois Grands Généraux, mais tout le monde lui semblait normal.
« Le Roi des Clowns ne s’est pas caché, il s’est déguisé », répondit Dale Quicksilver avec assurance.
« Déguisé ? » Si Lan et le Roi des Cauchemars s’approchèrent pour écouter son analyse.
« Oui, son déguisement est presque parfait. Les gens ordinaires ne le remarqueraient pas », déclara calmement Dale Quicksilver. « Vous ne trouvez pas que la situation ici est un peu étrange ? »
« Ah ? » Garen comprit enfin. Depuis environ une heure, tous les groupes avaient un comportement étrange ; quelque chose clochait chez eux.
Il regarda autour de lui, passant en revue chaque groupe du regard.
Les Loups-garous s’étaient rassemblés et discutaient à voix basse.
Les trois Grands Généraux de Weisman étaient assis ensemble non loin de là, les yeux fermés.
Les Chasseurs de démons s’affairaient à réparer quelque chose.
Les autres petites équipes s’occupaient également chacune dans leur coin.
« Tu peux me le désigner directement ? » Garen reporta son attention sur Dale Quicksilver.
« Bien sûr. »
Dale balaya les personnes alentour du regard, le visage calme et assuré. « Le vrai Roi des Clowns se cache dans le groupe discret, là-bas. » Il désigna la foule d’inconnus dans un coin. « Maître de l’École Garen, attendez mon signal avant de vous approcher de lui, sinon il pourrait encore s’enfuir ! »
« Bien sûr. » Garen hocha la tête.
« Parfait. » Dale Quicksilver fixa le groupe d’inconnus et leva le bras, comme pour désigner sa cible. « Le vrai Roi des Clowns, c’est… Arrêtez Aigle Blanc ! »
Il cria et se précipita derrière Garen.
Personne ne réagit à temps.
Aigle Blanc blêmit et fendit l’air de sa lame runique en direction de Dale Quicksilver, libérant une aura en éventail.
Fwouh !
Un puissant courant d’air souffla vers la lame et lui fit manquer sa cible.
C’était le souffle brumeux de Garen !
Il bondit, saisissant la lame runique d’une main et le cou d’Aigle Blanc de l’autre. Sa posture évoquait un tigre féroce fondant sur un mouton, et souleva un vent glacial.
Aigle Blanc poussa un cri et recula en rengainant son épée. Ses pas légers étaient même plus rapides que ceux de Garen. Il fit un salto dans les airs et esquiva sa ruée.
« Encore toi, Dale Quicksilver ! Je voulais te laisser une chance, espèce de suicidaire ! Aujourd’hui, je vais te tuer ! »
« Voyons voir comment tu t’y prendras pour tuer quelqu’un que je protège ! » lança froidement Garen.
« Personne n’a jamais survécu à une tentative d’assassinat du Roi des Clowns ! » Le Roi des Clowns atterrit et s’arracha le visage, déchirant un masque qui révéla un homme au maquillage étrange.
Garen allait attaquer quand il entendit soudain Dale Quicksilver gémir. Il se retourna.
Le détective Dale se tenait le bras droit ; son visage avait pris une teinte verdâtre. Il avait manifestement été empoisonné. La plaie écarlate sur son bras venait sans aucun doute d’être infligée.
« Maudit sois-tu ! » rugit Garen, furieux.
Craac !
Son pied creusa un trou dans le sol et il s’élança comme une flèche vers le Roi des Clowns. Sa main droite visait la gorge de celui-ci, tandis qu’une force invisible le précédait.
Alors que cette force approchait de la gorge du Roi des Clowns, une autre jaillit sur le côté et heurta le bras de Garen, lui faisant manquer sa cible.
Boum !
L’attaque de Garen frappa une statue de pierre, qu’elle écrasa comme du tofu, en arrachant un énorme morceau. Des éclats de pierre s’abattirent au sol et y creusèrent de petits cratères.
Même ces éclats étaient chargés d’une telle puissance que tous ceux qui en furent témoins en frissonnèrent.
Le Roi des Clowns trembla. Sans son sauveur, cette attaque l’aurait tranché en deux.
Garen était furieux. Cette attaque aurait pu tuer le Roi des Clowns avant qu’il ne comprenne son style de combat. Le prendre par surprise et l’abattre l’aurait empêché d’user de ses tours, comme les clowns avant lui.
Si cette troisième personne n’avait pas heurté son bras.
Il lança un regard noir au Roi des Clowns, qui s’enfuyait comme un lapin traqué, puis, mécontent, se tourna vers celui qui avait paré son attaque.
« Toi ! » Ses yeux s’écarquillèrent de stupeur.
Andrela et le Roi des Cauchemars furent tout aussi surpris par ce revirement. Ils pensaient que Garen pourrait venir à bout du Roi des Clowns seul. Après tout, aussi puissant fût-il, le Roi des Clowns restait inférieur à la Shura des dunes crépusculaires. Ils s’attendaient à ce que Garen le batte sans peine en combat singulier, et n’avaient pas prévu ce retournement de situation.
« Nous allons le poursuivre… » Andrela se leva, la main posée sur son épée, mais ne put achever sa phrase.
Le Roi des Cauchemars aussi avait l’air grave. Tous deux regardèrent autour d’eux.
Les Loups-garous, les Chasseurs de démons et les Trois Grands Généraux de Weisman s’étaient tous levés. Ils leur faisaient face et les encerclaient lentement.
Le Roi des Clowns éclata d’un rire strident en les observant de loin.
« Les généraux de Weisman avaient prévu depuis le début d’éliminer les élites de la Confédération. Une alliance temporaire ? Des négociations ? Des conditions à discuter ? Bande d’idiots ! »
Chanceux glorieux croisa les bras sur sa poitrine et resta immobile.
« Paon blanc, si tu acceptes de rejoindre Weisman, je n’aurai pas à ternir la réputation que j’ai mis tant d’années à bâtir pour toi. »
Garen fit la sourde oreille. Son regard s’adoucit peu à peu tandis qu’il observait celui qui lui barrait la route.
« Je pensais que tu passerais à l’action plus tard. Je ne m’attendais pas à ce que tu t’y mettes si tôt… »
Il avait prévu cette situation. Les gens de Weisman n’avaient jamais été dignes de confiance ; il s’était seulement attendu à ce qu’ils passent à l’action moins tôt.
L’homme devant lui regarda Garen avec calme.
« À mes yeux, tu étais la plus grande menace de cette course. Renonce : tu n’as plus aucune chance de l’obtenir. »
« Palosa, tu crois vraiment pouvoir m’arrêter ? » Garen arracha sa chemise sans hésiter, dévoilant son torse sculpté à la peau claire.
« N’oublie pas que je suis le Premier Guerrier divin. » Palosa arracha lui aussi sa chemise, révélant une tenue d’arts martiaux noire et moulante.
Celui qui empêchait Garen de poursuivre le Roi des Clowns était Palosa, qui s’était séparé d’eux plus tôt. Garen ignorait quel accord il avait conclu avec le Roi des Clowns pour le pousser à le sauver.
« Ennuyeux. »
Garen joignit lentement les mains, comme s’il priait une statue de Bouddha. Quand ses paumes se touchèrent, une bulle d’air transparente se mit à tournoyer lentement autour de lui.
« Depuis que j’ai maîtrisé la Technique de la Statue divine, je ne me suis jamais battu à pleine puissance. Palosa… ne me déçois pas. »
Ses yeux s’écarquillèrent, puis ses mains fusèrent vers l’avant.
« Statue divine, Poing du Phénix occidental ! »
Croa !
Lorsque Garen frappa, une paire de grandes ailes apparut dans son dos. Elles étaient aussi vastes que celles d’un phénix. Sans forme et incolores, elles se déployèrent vers Palosa de concert avec les mains de Garen, qui fendaient l’air.