Chapitre 214
Boum, boum, boum !
Les roquettes explosèrent au-dessus de la mer. Le feu d’artifice était d’une beauté extraordinaire dans la nuit.
Garen fouetta l’air du bout du pied et lança une flèche d’eau sur le lance-roquettes.
L’explosion se produisit juste devant lui. Il n’eut d’autre choix que de se protéger d’une main, le temps que les débris cessent de voler autour de lui.
« Comment on va s’y prendre ? » Il regarda les autres et se rendit compte que Nikon, le Roi du Fusil, avait déjà sorti son petit pistolet et le pointait vers l’endroit d’où venait le projectile.
Pif !
Une lumière rouge jaillit du pistolet, qui émit un faible bruit avant de se taire complètement.
Au même instant, une boule d’argent acérée atterrit près d’un des clowns postés sur la colline. Ils tendirent aussitôt les mains pour tenter de s’en emparer.
Pif !
La petite boule éclata en une myriade d’aiguilles fines qui fusèrent dans toutes les directions.
En silence, tout le groupe de clowns s’effondra, transpercé par les aiguilles.
« Allons-y. Leur grand numéro ne fait pas le poids face à mon petit tir. » Nikon souffla sur le canon de son arme, l’air calme.
Deux d’entre eux s’élancèrent dès que tout fut retombé.
Après avoir marché un moment à la surface de l’océan, Garen atteignit enfin la plage. À vrai dire, il ne marchait pas sur l’eau avec ses jambes : il se propulsait hors de sa surface en y prenant appui avec une force colossale.
Il n’était pas expert en légèreté, et lorsqu’il atteignit la plage, il était trempé de la tête aux pieds. Sa chemise déchirée, imbibée d’eau froide, lui donnait une allure pitoyable.
À peine eut-il atterri qu’il vit Palosa, le Roi des Cauchemars et les autres qui l’attendaient déjà. De toute évidence, il avait été le plus lent à traverser l’eau.
« Tu as l’air pitoyable ! » lâcha le Roi des Cauchemars, dépité. « Quel dommage pour la chemise que je viens d’acheter ! J’ai mis un temps fou à choisir ces vêtements, et voilà qu’ils sont déjà fichus. »
Il n’était pas le seul. Les chemises d’Andrela et de Nikon étaient dans un état plus ou moins semblable. Palosa, en revanche, était le seul à en avoir une parfaitement propre. Il tenait même deux mallettes à la main et avait l’air d’un vieux touriste sur le point de partir en voyage.
« Ce sont les Trois Grands Généraux de Weisman ! Ils sont déjà là ! » Nikon serra les dents. « Cette fois, je vais tous les tuer de mes propres mains ! »
« Vous voulez partir seul ou vous joindre à nous ? » demanda froidement Palosa.
« J’ai autre chose à faire, je ne vous accompagnerai pas. » Nikon secoua la tête. « Séparons-nous ici. »
« Très bien. »
Dès qu’il eut fini de parler, Nikon repartit en courant vers la mer et se mit à aider les soldats à gagner la terre ferme.
« Allons-y, nous aussi. » Palosa se retourna et s’enfonça dans l’île.
Garen ne dit rien et suivit Palosa. Tous quatre gardèrent le silence pendant qu’ils exploraient l’île.
La surface était entièrement déserte, jonchée de pierres et de gravats noirs. La fumée qui s’échappait sans cesse des interstices entre les pierres réduisait la visibilité à quelques mètres.
Tous quatre quittèrent la plage et s’enfoncèrent dans l’île. Le terrain ressemblait à une route ordinaire, si ce n’était le brouillard.
Les brumes qui les entouraient s’étendaient jusqu’à l’horizon, et tout était recouvert de blanc.
Palosa trouva une grosse pierre, s’accroupit et ouvrit ses mallettes, révélant de la nourriture et des boissons.
« Mangeons quelque chose. Nous allons probablement passer la nuit ici. »
Andrela et le Roi des Cauchemars s’assirent à l’écart, puis prirent chacun un biscuit frit qu’ils trempèrent dans du lait.
Garen prit lui aussi un biscuit frit. Tout en grignotant, il examina les alentours.
Le ciel et les environs étaient entièrement blancs, tandis que le sol était couvert de gravats noirs. De plus, ils ne voyaient pas à plus de trois mètres, comme si tous quatre étaient échoués sur une île déserte au milieu de l’océan.
Il ramassa quelques cailloux au sol et les pinça doucement.
Crac.
Les pierres s’écrasèrent en une poudre noire, révélant une structure en nid d’abeilles. Elles étaient brûlantes à l’intérieur : leur température devait atteindre trente ou quarante degrés Celsius.
« Le paysage est très étrange, et la température géothermique est anormalement élevée. La fumée semble contenir du soufre », murmura-t-il.
« L’île de la Fumée recèle bien des secrets, mais nous ne courrons aucun danger tant que nous n’entrerons pas dans les ruines antiques. J’ai entendu dire que des touristes s’étaient perdus dans le brouillard et étaient tombés d’une falaise, mais ces accidents sont rares, expliqua Andrela. Nous devrions nous en sortir si nous faisons bien attention aux ennemis présents sur l’île. »
Il sortit de sa chemise une feuille de cuir et la déplia lentement, révélant une carte.
« Voici un plan général de l’île de la Fumée, dessiné par les générations précédentes. Il n’est pas très utile, mais peut servir de référence. »
Ils se rassemblèrent et examinèrent attentivement la carte.
Elle représentait une île très allongée, divisée en Territoires du Sud et Territoires du Nord. On y avait même indiqué des lieux à l’aide de petits points, accompagnés de leurs noms.
« Plusieurs sites pittoresques célèbres, numérotés de un à neuf, sont indiqués. Ce sont tous des forêts de statues de différents types. Laquelle choisir ? demanda Andrela. Demain, ce sera la pleine lune, et nous devons remplir deux conditions pour entrer dans les ruines antiques. »
« La première condition, c’est la présence d’un expert en télékinésie : moi », répondit nonchalamment le Roi des Cauchemars.
« La seconde, c’est la clé, poursuivit Garen. La question, c’est : où se trouve-t-elle ? »
« Elle se trouve probablement dans l’une des forêts de statues. Les Trois Grands Généraux de Weisman qui nous ont tendu une embuscade tout à l’heure devraient s’y rendre eux aussi, répondit le Roi des Cauchemars d’un ton désinvolte. Je vais leur faire payer la destruction de ma chemise toute neuve. »
Garen était lui aussi mécontent : il avait perdu sans raison le Sceau d’or et le Trône de l’Épée dorée. Ces Antiquités de la Tragédie renfermaient de précieux points de potentiel, et les actions de l’ennemi les avaient fait disparaître à jamais.
« Héhé… »
Un rire enjoué s’éleva du brouillard, non loin d’eux.
« Qui est là ? » Andrela plissa les yeux tandis que sa main commençait à luire d’une lueur argentée.
Dans un cliquetis, un clown en chemise rouge et verte émergea lentement du brouillard. Il portait un masque rouge et avait les joues fendues de la bouche jusqu’aux oreilles, comme s’il avait une immense bouche ensanglantée. Il s’approcha en jetant le couteau qu’il tenait à la main.
« Quelle chance de rencontrer des gens qui ont été attaqués par les mêmes hommes que nous ! » lança le clown d’une voix affreuse. « Les Trois Grands Généraux de Weisman nous ont attaqués, nous aussi. Notre flotte a été détruite, et nous allons nous venger. »
« Ah ? Vous savez où ils sont ? » Le Roi des Cauchemars fit apparaître une poire blanche de nulle part et y mordit doucement.
« Bien sûr. Ils sont sur le point de mettre la main sur la clé. Leurs renseignements sont trop précis. » L’emphase étrange du clown déforma ses mots. La clé était évidemment l’objet le plus important pour entrer dans les ruines antiques, mais il semblait se réjouir de cette situation désavantageuse. « Alors, qu’en dites-vous ? Vous venez ? »
« Tu as prévenu pas mal de monde, non ? » demanda doucement Garen.
« Bien sûr. Comment osent-ils attaquer ceux qui veulent débarquer sur l’île ? Si personne ne donne une leçon au Gouvernement de Weisman, il va se croire invincible », répondit le clown d’un ton acerbe.
« Vous êtes combien ? » poursuivit Garen.
« Tu crois vraiment que je répondrais à une telle question ? » ricana le clown.
« C’est vrai. Mais qu’est-ce qui nous ferait te faire confiance ? »
« Vous n’avez pas le choix. Ceux qui veulent mettre la main sur la clé ne laisseront pas passer cette occasion. Ils sont au nord. Suivez-moi, je vous guiderai. » Le clown eut un sourire en coin. « Nous avons tous un ennemi commun. Nous nous occuperons de la clé après nous être débarrassés d’eux. »
Il prit la tête du groupe et partit dans la direction qu’il venait d’indiquer.
Palosa ne bougea pas. Son visage impassible ne laissait rien deviner de ses pensées.
Les deux autres esquissèrent un sourire et ne firent pas mine de bouger non plus.
Garen, lui, plissa les yeux, comme s’il flairait quelque chose de louche. Il se mit à marcher dans la direction opposée à celle qu’indiquait le clown.
« Tu vas dans la mauvaise direction. » Le clown se retourna vers lui. « Suis-moi. C’est par là. »
« Je devrais te demander où aller ? » Garen fronça les sourcils et continua d’avancer.
Frouich !
Le clown revint en courant et se planta devant Garen pour lui barrer la route.
« Tu ne peux pas passer par là. Tu devrais plutôt me suivre… »
« Qu’est-ce que tu racontes ? » Garen prit un air sérieux. « Tu ferais mieux de dégager de mon chemin. »
« Petit… Il ne faut pas prendre cette route… Sinon… je vais me fâcher tout rouge… » Le clown masqué se mit à rire d’une manière étrange.
« Tu vas t’écarter ? » Garen sentit une faible odeur émaner de cette direction, et son ton se fit aussitôt glacial.
« Si tu veux que je te tue, ça me va. » Le ton du clown changea à son tour.
« Mourir de ta main ? Héhé… Voyons comment tu comptes t’y prendre ! » lança Garen avec colère en tendant sa main agrandie pour saisir son adversaire.
Boum !
Une aura invisible enveloppa le clown, telle une griffe de fer noir verdâtre qui lui agrippait le visage. Le vent soulevé par cette force invisible repoussa les brumes blanches alentour de part et d’autre, comme une vague.
Hngh !
Le clown poussa un cri aigu. Alors qu’il tentait d’échapper à la prise en se déplaçant bizarrement à toute vitesse, ses manches s’ouvrirent, révélant une multitude de grenades noires.
Boum !
Ils reculèrent tous deux, tandis que l’explosion enflammée éclatait entre eux. Le souffle lumineux chassa les brumes blanches environnantes.
« Technique de la Statue divine — Main du Roi d’Orient ! »
Le regard de Garen se fit perçant. Il se changea en silhouette noire et se rua sur le clown pour le saisir à deux mains. Ses paumes fendirent l’air dans un sifflement aigu.
Un mur transparent se forma devant lui. Composé de plusieurs couches de tourbillons d’air, il fonça sur le clown comme un rocher gigantesque.
Le clown hurla et se retourna pour s’enfuir.
Floc !
Le corps du clown fut tranché en deux, et son sang éclaboussa les alentours.
La main de Garen se trouvait encore à deux mètres de son corps.
« Il n’a même pas résisté à une attaque. » Il soupira, s’avança lentement vers la tête du clown et écrasa le cerveau de ce pitoyable bouffon sous son pied.
D’un mouvement de jambe, il fit voler une carte d’argent jusque dans sa main.
La carte était en métal et portait l’image d’un fantôme noir et blanc.
« C’est la carte du clown. » Le Roi des Cauchemars s’approcha lentement, une main devant le nez. « Le Roi des Clowns avait dix subordonnés aux personnalités différentes, chacun avec son propre surnom. Tu dois être l’un d’eux. J’ai entendu dire que les corps des clowns étaient remplis de poison ou de pièges et qu’ils excellaient tous à empoisonner les autres. Dommage que tu l’aies coupé en deux avant qu’on puisse voir de quoi il était capable. »
Il regarda Garen.
« Tuer avec des courants d’air à distance… Tu as atteint ce niveau, Garen ? »