Chapitre 212
Dans le ciel du nord de Smoke Island, des groupes de minuscules points noirs se rassemblèrent au loin pour former une masse imposante qui avançait lentement vers l’intérieur des terres.
Cette nuée de points ressemblait à des volées d’oiseaux noirs planant dans le ciel bleu, parfaitement uniforme et sans la moindre distinction.
Chaque point noir était un avion de chasse. Mais il ne s’agissait pas d’appareils ordinaires : c’étaient d’étranges machines aux formes insolites. Deux longues pièces supplémentaires, semblables à des flotteurs, dépassaient sous leur fuselage, révélant qu’il s’agissait d’hydravions de nouvelle génération.
Les appareils traversèrent rapidement l’espace aérien et, un moment plus tard, un petit avion les suivit.
Derrière cet appareil, qui les talonnait, flottait un ballon dirigeable noir auquel était suspendu un bateau en bois noir, rectangulaire.
Un groupe d’hommes vêtus de noir était éparpillé dans le bateau. Ils portaient tous d’épaisses chemises en cuir noir, des lunettes de protection, des chapeaux et des écharpes.
« Chef, c’est vrai que le Pot à fumée noire peut prolonger la vie humaine ? Et qu’on peut même s’en servir pour communiquer avec les morts ?
L’un des hommes en noir cria sa question aux hommes qui se tenaient tout à l’avant.
Dans un vent pareil, impossible de se faire entendre sans crier.
— On dit que ça a été prouvé ! J’ai envoyé des gens vérifier si c’était vrai. Les Pots à fumée noire apparus par le passé possédaient bel et bien ce pouvoir ! » répondit bruyamment l’homme de tête. Son visage était dissimulé sous sa chemise épaisse, et seule sa carrure robuste se devinait sous sa tenue.
« Vous avez préparé les peaux d’ours et de renard à échanger tout à l’heure ? demanda le chef à grands cris.
— Tout est prêt ! Vous ne serez pas déçu ! » répondit son subordonné en criant lui aussi.
« Donze ! C’est vrai que ta mère a encore accouché récemment ? lança le chef.
— Ouais. C’est son sixième enfant ! Et la tienne ? cria Donze en retour.
— Ma mère n’est pas aussi douée que la tienne !
— Mais non ! La mienne ne fait pas le poids face à la tienne !
— Ne dis pas ça. Ma mère ne peut sûrement pas accoucher…
— À l’époque, ma mère…
Un groupe de personnes restait planté derrière eux, désemparé. Quelle honte ! Ils avaient vu des gens rivaliser sur tout et n’importe quoi, mais jamais sur la capacité de leurs mères à accoucher…
Heureusement qu’ils étaient dans les airs. S’ils avaient été au sol…
Ils auraient couvert toute la communauté du Nord de ridicule !
« C’est donc lui, le légendaire Roi du Pôle Nord ? » Le jeune homme et la jeune femme, tout au fond du ballon, observaient les personnes à l’avant.
— Oui… Ces deux crétins sont les plus forts du Pôle Nord… » répondit une autre jeune femme en soupirant. « Même si je n’ai vraiment pas envie de l’admettre, eux seuls ont le niveau pour participer à cette bataille.
« Je le sens mal…
— Tu t’y feras. » La jeune femme lui tapota l’épaule.
En contrebas du ballon, sur l’étendue de mer.
À la manière de poissons blancs nageant dans l’océan, plusieurs yachts blancs fendaient à toute allure la mer bleue, laissant derrière eux de longs sillages d’écume.
Leurs sillages tranchaient nettement sur la surface bleue.
« Hooouuu~~~ ! »
Un homme à bord d’un yacht, les cheveux en bataille et le torse nu, poussa un cri strident et pour le moins étrange.
« Haha ! Voilà ces idiots du Pôle Nord ! » Un homme répugnant, déguisé en clown, se tenait sur l’un des yachts. Torse nu, lui aussi, il avait la peau noire couverte de motifs étranges, rouges, bleus et verts. Son maquillage n’avait rien à envier à celui d’un joker sur une carte à jouer.
Le joker leva la tête vers le ballon au-dessus de lui. Ses yeux vert vif luisaient d’une envie meurtrière.
« Prince ! Offrons-leur un beau cadeau !
— Reçu !
Sur le yacht, une jeune femme blonde au sourire tordu sortit de nulle part un lance-roquettes et le pointa vers le ciel.
Fouiiit !!
La roquette s’éleva en sifflant vers le ballon, laissant derrière elle une traînée de fumée blanche et une vive lueur.
« Un grand feu d’artifice ! Un grand feu d’artifice !! Héhéhé~~~ » Le Prince se lécha les lèvres humides en contemplant le ciel avec impatience.
Boum !
La roquette explosa soudain en plein vol.
Le Prince resta sidéré en voyant les débris d’acier tomber du ciel.
« Il pleut ! Il pleut !! » se mit-elle à crier d’une voix aiguë. Son torse nu brûlait sans cesse. Elle agitait le bras si vite qu’il en devenait flou et renvoyait les débris vers les autres yachts.
« Tu es vraiment méchant, Prince. Haha ! » Le joker éclata de rire et éloigna son yacht pour éviter les débris lancés dans sa direction.
Comme les occupants des yachts ne voulaient pas se laisser distancer, ils se mirent à jouer avec leurs puissantes balles d’acier et à se tirer dessus.
Bam !
L’une des balles d’acier frappa la proue d’un yacht et perça sa solide coque.
Smoke Island.
La petite île verdoyante était comme un morceau de jade posé tranquillement sur l’océan bleu.
Une fumée blanche l’enveloppait, comme si une couverture recouvrait toute l’île. On ne la distinguait qu’à peine sous ce voile.
Le soleil couchant répandait une faible lueur rouge et teintait toute la mer de cette couleur.
Une ombre noire remonta lentement à la surface près de la plage rocheuse, dans le nord de Smoke Island.
Dans une éclaboussure, une silhouette émergea de l’eau.
C’était un immense sous-marin d’un noir étrange. La trappe circulaire au sommet de la coque s’ouvrit et quatre silhouettes humaines en sortirent, avant d’atterrir sans encombre sur la plage rocheuse.
« C’est ici, dit l’une des silhouettes noires. La pleine lune sera demain. Je me demande combien de grands combattants de chaque pays viendront. Quelle excitation… »
— Tant que cela ne compromet pas notre objectif principal, dit une autre silhouette noire d’une voix de vieillard. Nous devons obtenir le Pot à fumée noire, coûte que coûte ! Je te laisse organiser les choses, Flamant rose.
— Entendu. » La troisième silhouette noire hocha la tête. « Sylphalan recommence à faire des siennes. Nous risquons d’être attaqués, car la réputation du Palais immortel est trop connue. Vu la configuration de l’île, je propose de commencer par nous diriger vers le sud.
« Le sud ? » demanda avec curiosité l’homme à la voix âgée. « Cette petite île est divisée en deux territoires ?
— Smoke Island est bien plus grande que vous ne le pensez. Il est très peu probable qu’on puisse la traverser d’un bout à l’autre en courant en une seule journée. La fumée nous empêche d’en mesurer la taille, expliqua Flamant rose. L’île est divisée entre le sud et le nord. On ne peut passer de l’un à l’autre qu’à 23 h 40, car la fumée est trop dense pour s’y repérer. Et les dangers inconnus qui nous attendent sont bien trop nombreux. »
La première silhouette noire acquiesça : « Cela signifie que les combats se dérouleront dans deux zones différentes et que nous ne subirons pas trop de pression. Mais comment sais-tu qu’ils ne traverseront pas la fumée ?
— Dans un affrontement entre adversaires de force égale, personne ne prendrait un tel risque. Le plus grand danger ne vient pas des conditions naturelles, mais des hommes, répondit calmement Flamant rose. Il y a cinquante ans, nous nous sommes fait un nom sur Smoke Island, sous celui de Palais immortel, et nous sommes devenus le groupe terroriste le plus puissant et le plus mystérieux du monde. Être aussi connu est un fardeau, surtout dans une situation pareille.
— Comment partagerons-nous le Pot à fumée noire une fois que nous l’aurons obtenu ? demanda encore la voix âgée.
— Chacun pour soi, répondit Flamant rose.
— Très bien.
— Ça te convient, Sylphalan ? » Flamant rose se tourna vers la dernière silhouette noire.
« Je ne peux pas en mourir… » répondit Sylphalan d’une voix rauque. Il rabattit sa capuche et dévoila un visage couvert de cicatrices.
« Bien. En route. »
Dès que Flamant rose eut fini de parler, les quatre silhouettes disparurent de la plage et filèrent vers l’intérieur des terres sous la forme de quatre traînées noires.
« Smoke Island possède des zones boisées, des terrains rocheux et bien d’autres reliefs complexes qui n’ont pas encore été explorés », expliquait Andrela en prenant des notes dans un petit carnet.
Tous les quatre se trouvaient à bord d’un grand navire militaire qui se dirigeait vers Smoke Island.
Le navire militaire était entouré d’un grand nombre de petits bâtiments de guerre. Ils étaient tous bleus et portaient l’insigne militaire de la Fédération.
Andrela regarda les quatre autres et sourit : « Le terrain de Smoke Island semble pouvoir changer à tout moment. L’île est constamment enveloppée de fumée, la visibilité est nulle, les boussoles sont inutiles et les autres instruments de transmission ne peuvent envoyer aucun signal. Nous ne pouvons donc compter que sur notre sens de l’orientation. Cet environnement conviendra à une certaine personne, qui pourra y déployer sa véritable force ; nous devrons donc redoubler de prudence. »
« L’assassinat ? Je pratique la Technique du Poing assassin. Parlons plutôt d’autre chose. » Palosa s’assit sur le pont, les genoux repliés, et demanda calmement : « À quoi devons-nous faire le plus attention ?
Andrela se remit à sourire.
« Très bien, je vais vous parler de ce qui mérite le plus notre attention. » Il marqua une pause en voyant que Garen et le Roi des Cauchemars s’étaient intéressés à son sujet.
« Le Roi du Fusil, Nikon, ce vieil homme que nous avons vu tout à l’heure, est probablement le meilleur tireur. Il y a aussi le Roi du Pôle Nord… » Il commença à leur donner des renseignements sur les combattants les plus puissants.
« Alors, qui est le plus dangereux ? » demanda Garen, adossé au garde-corps. « À part Sylphalan, du Palais immortel.
— Moi. » Andrela esquissa un sourire inquiétant.
« ?
Tous restèrent abasourdis, dévisageant Andrela avec perplexité. Il n’avait rien d’un homme arrogant ; sa déclaration était donc plutôt étrange.
« J’ai apporté la toute dernière bombe violette hautement explosive. J’en ai quinze kilos, de quoi envoyer dans les airs le navire sur lequel nous nous trouvons.
— Pas besoin d’être aussi déterminé. » Garen le fixa, les sourcils froncés. « J’ai un compte à régler avec Sylphalan, et le Roi des Cauchemars en a un avec Flamant rose. De plus, nous voulons tous le Pot à fumée noire. C’est pour ça que nous sommes ici. Pas besoin de risquer ta propre vie.
— Non, non, non… » Andrela agita la main. « Je connais ma situation. Je suis différent de vous. Je sens que j’ai atteint mon apogée, et progresser davantage n’est qu’un rêve. Je ne pourrai dépasser mes limites et atteindre une plus grande puissance qu’en risquant ma vie ! Une vie sans quête n’a aucun sens pour moi.
— Tu as atteint ta limite absolue, soupira Palosa.
— Peut-être. Mais je ne suis toujours pas digne d’atteindre la limite absolue, répondit Andrela avec un sourire.