Chapitre 165
Quelques jours plus tard…
Les étoiles emplissaient le ciel infini. Jamais Garen n’avait éprouvé une telle admiration en levant les yeux.
« Depuis cette bataille, on dirait que tu t’intéresses aux étoiles. Qu’est-ce qu’elles ont de si particulier ? »
Le Huitième Cercle, vêtu d’une cape noire, sortit d’un coin de la cour. Son visage était toujours aussi pâle et marqué par l’âge, mais son regard sur Garen était empreint d’émotions complexes.
« De particulier ? » Garen sourit. « Rien. Elles me donnent juste l’impression d’être minuscule. »
Tous deux se tenaient dans une cour à la campagne, où poussaient de belles plantes et des fleurs aux couleurs mêlées, qui attiraient immanquablement le regard.
« Minuscule… Depuis le combat de l’autre jour, on te reconnaît comme le meilleur combattant du monde des arts martiaux secrets du Sud. Tu n’es plus devancé que par Palosa, et tu te crois toujours minuscule ? Qu’est-ce que les autres devraient penser d’eux-mêmes, alors ? » soupira le Huitième Cercle.
« Qu’est-ce que tu comptes faire, maintenant ? »
« Comment vont les quelques hommes qui restent ? » demanda Garen à son tour.
« Ils vont plutôt bien, mais ils ont été un peu choqués. J’ai demandé à des psychiatres de les examiner ; ils sont tous d’accord : ils ont subi un stress excessif et souffrent d’un choc traumatique. Ah, et ils voudraient te rencontrer. »
« Me rencontrer ? » Garen sourit. Depuis qu’il avait débloqué une nouvelle dimension de perception, il pouvait clairement voir et sentir l’énergie circuler dans son corps et la maîtriser. Il avait l’impression d’en avoir désormais le contrôle absolu, et de pouvoir pousser son agilité à un niveau de précision et d’efficacité sans précédent.
À l’instant même, par exemple, il percevait les battements de cœur du Huitième Cercle, qui se tenait à quelques mètres de lui. Il entendait chacun d’eux.
Lorsqu’un simple mortel concentrait toute son énergie, il parvenait à ce qu’on appelait la « concentration », mais ne pouvait se focaliser que sur une seule chose à la fois. Et, en réalité, il se fatiguait vite à force de se concentrer. Il lui fallait alors récupérer son souffle avant de pouvoir recommencer.
Quant à Garen, sa conscience, son qi et son esprit ne faisaient désormais plus qu’un. L’énergie circulait sans cesse dans son corps, et sa respiration était régulière et puissante. Sa capacité à observer et à se concentrer sur ce qui l’entourait équivalait à celle d’un mortel concentrant toute son attention sur un seul objet, à ceci près qu’il pouvait le faire pour plusieurs choses à la fois.
Tout ce qui se trouvait dans un rayon de cinq mètres lui apparaissait avec une parfaite netteté.
« Pourquoi veulent-ils me voir ? »
En repensant à ce jour-là, il se rappela que ces gens s’étaient rendus et l’avaient laissé les emmener sans opposer la moindre résistance.
Rosetta, Angela, de la Porte du Béhémoth, et Leo, le Roi du Poing de l’Association de la Marque noire, ainsi que les membres restants des deux sectes : cinquante-quatre personnes en tout.
Plus de la moitié d’entre eux avaient subi un choc trop intense, principalement à cause de l’aura de Garen. Ils semblaient avoir des hallucinations et souffrir d’un stress post-traumatique ; on les avait envoyés dans un hôpital psychiatrique voisin. Les autres étaient restés tranquillement en prison, leurs défenses mentales entièrement brisées depuis ce jour-là.
« Je n’en sais rien. On dirait que tu les as détruits, physiquement et mentalement. Quoi qu’il en soit, dès qu’ils apprennent que tu es dans le coup, ils se plient à nos demandes et font ce qu’on leur dit. Autrement dit, tu les as complètement vaincus, expliqua le Huitième Cercle. On dirait que j’ai bien fait de te recommander au Cercle d’Or. »
« L’Association de la Marque noire et la Porte du Béhémoth sont toujours actives, n’est-ce pas ? » demanda doucement Garen.
« Bien sûr, mais elles ne représentent pas une grande menace pour la sécurité nationale. La force de l’Association de la Marque noire et de la Porte du Béhémoth repose sur leurs agents individuels ; leur influence globale sur la Confédération est loin d’égaler la nôtre, au Cercle d’Or. Ce qui nous manque, ce sont des agents indépendants. Maintenant qu’on t’a, notre équipe est au complet ! » Le Huitième Cercle éclata de rire. « On n’a plus besoin de se soucier d’eux. »
Garen comprit que le Huitième Cercle lui exprimait ainsi son alliance. Eux aussi souhaitaient anéantir complètement l’Association de la Marque noire et la Porte du Béhémoth.
Ces deux sectes n’étaient pas des adversaires à prendre à la légère. De toute évidence, le Cercle d’Or plaçait beaucoup d’espoir en Garen.
« Au fait, et Clark ? » Garen se souvint soudain de la technique de paume qu’il avait portée à ce Grand Maître de l’Épée des Sables cramoisis.
« On vient de retrouver son cadavre. Nous sommes venus te prévenir. Tu veux aller le voir ? »
« Bien sûr. »
Garen suivit le Huitième Cercle dans la maison, puis jusqu’à un bureau situé sur le côté. Une entrée de sous-sol se trouvait dans le plancher. Vous lisez sur novelping(.)com, la source officielle.
Ils descendirent l’un derrière l’autre. Les murs étaient baignés d’une vive lumière électrique.
À intervalles réguliers, deux soldats en uniforme noir montaient la garde.
Chaque fois qu’ils passaient devant une paire de gardes, ceux-ci les saluaient réglementairement.
Garen suivit silencieusement le Huitième Cercle plus bas encore. Le couloir semblait interminable.
Bientôt, ils débouchèrent dans une pièce blanche.
Deux médecins légistes s’y trouvaient déjà et les saluèrent dès leur entrée.
« Alors ? »
L’une des médecins légistes retira ses gants bleus, repoussa une mèche et répondit :
« Avant sa mort, le métabolisme de cet homme s’est emballé. On ignore comment et pourquoi, mais vous devriez voir ça de vos propres yeux, monsieur. »
Le Huitième Cercle s’approcha du cadavre.
Clark était allongé sur le dos, sur une haute table blanche. Un drap blanc recouvrait le bas de son corps ; son torse était à découvert. Une incision en Y descendait de sa poitrine jusqu’au bas de son abdomen.
Le Huitième Cercle enfila des gants, souleva le drap et jeta un rapide coup d’œil, puis releva la tête pour faire signe à Garen de s’approcher.
« Viens voir. »
Garen prit les gants que lui tendait la médecin légiste et s’avança.
Le corps de Clark reposait en silence sur la table. Sa peau n’avait pas la pâleur habituelle des cadavres ; elle était plutôt rouge, comme si on l’avait cuit à point.
Garen effleura le front de Clark et fronça les sourcils.
« Il a été touché par le poison brûlant de ma Paume de jade rouge. Son corps entier a surchauffé. C’est normal qu’il soit mort dans cet état, sauf que… »
« Sauf que quoi ? »
« Quelqu’un a essayé de le sauver. Et cette personne était un combattant chevronné. »
« Ah ? »
Le Huitième Cercle se montra soudain intrigué. « Quel était son niveau ? »
« Il était assez fort, mais ça ne change rien. Dès que Clark a quitté cette cour, son sort était scellé. » Le visage de Garen était d’un calme inhabituel.
« La Paume de jade rouge… Pff, tu lui as pratiquement fait bouillir le sang et tu l’as cuit ! » Le Huitième Cercle était profondément impressionné.
Les deux médecins légistes les regardaient, incrédules, comme s’ils venaient d’entendre un délire mystique.
« Monsieur, vous croyez qu’il existe des méthodes permettant de contrôler les hormones et la température corporelle de quelqu’un ? C’est absolument illogique ! » La médecin légiste les dévisageait, stupéfaite, comme si elle avait affaire à des extraterrestres.
« Cet homme a manifestement été cuit par une arme à très haute température. Je recommande de prélever des échantillons de son corps et de ses cellules pour approfondir l’examen. Nous devons étudier tout cela d’un point de vue scientifique ! »
Le Huitième Cercle et Garen ne savaient pas comment expliquer les choses à quelqu’un qui ne faisait pas partie du monde des arts martiaux.
Pour les profanes, un art martial secret de ce genre relevait quasiment du langage divin.
« On a volé toutes les affaires de ce salaud, d’une manière ou d’une autre. Si on avait pu les récupérer, on aurait peut-être trouvé des renseignements utiles », dit le Huitième Cercle avec dépit.
« Allons voir le troisième frère », dit Garen en faisant demi-tour. Joshua était venu avec lui, mais, avant le début de l’opération, il avait refusé de le laisser participer. Il l’avait même délibérément tenu à l’écart des briefings pour qu’il ne soit au courant de rien avant que tout soit terminé.
Bien sûr, Joshua lui en avait voulu, mais il comprenait que Garen avait agi pour son bien. Dès qu’il avait pu le rejoindre, il était venu s’occuper de Rosetta et des autres.
En sortant de la morgue, ils se lavèrent les mains et poursuivirent leur chemin dans le couloir.
Peu après, ils arrivèrent devant les cellules.
Plusieurs cellules bordaient le couloir, certaines vides, d’autres occupées par des mortels emprisonnés.
Les murs étaient couverts de traces de brûlure et le sol était très sale. On pouvait même repérer ici et là quelques taches de sang. Les gardiens portaient chacun un pistolet à la ceinture et une matraque à la main, tandis qu’ils patrouillaient dans le secteur.
Le couloir longeant les cellules était très long. Les deux hommes se dirigèrent droit vers le fond, tandis que le directeur de la prison s’empressait de les rattraper en leur expliquant la situation.
« La plupart des détenus sont arrivés ces derniers jours. Ceux dont vous nous avez demandé de nous occuper en particulier ont eu les omoplates transpercées et ont été entravés avec nos chaînes les plus solides. Ils ne poseront aucun problème ! »
Il parlait en courant, les mains occupées à manipuler un énorme trousseau de clés, prêt à ouvrir chaque porte pour les deux chefs. En tant que petit responsable du Cercle d’Or, il savait repérer les détails. D’autant plus que le chef, le Huitième Cercle, était cette fois accompagné d’un jeune homme qui ne portait aucun Cercle d’Or pour signaler son rang ; pourtant, chaque fois qu’il passait devant une cellule remplie de voyous bruyants et turbulents, tous se taisaient. Il ne faisait aucun doute que ce jeune homme était un gros bonnet !
« Nous classons les détenus selon leurs capacités et le danger qu’ils représentent pour la société. Plus ils sont au fond, plus ils sont dangereux », expliqua prudemment le directeur.
« Nous voulons aller dans la partie la plus profonde de votre quartier de très haute sécurité », déclara sans détour le Huitième Cercle.
« Oui, oui, bien sûr ! »
Le directeur se pencha aussitôt sur une porte voisine, sortit ses clés, puis indiqua aux gardiens d’ouvrir les nombreuses grilles métalliques qui se dressaient devant eux.
Garen suivit le groupe et pénétra dans le fond de la prison.
L’odeur du sang était plus forte que jamais. À mesure que les grilles métalliques s’ouvraient, l’espace des cellules s’élargissait et les barreaux s’épaississaient.
Dans les cellules de ce secteur, certains détenus se cachaient dans un coin. L’un d’eux avait les yeux injectés de sang et était d’une maigreur grotesque, mais il dégageait une aura de mort et de violence.
De temps à autre, un sifflement résonnait dans les cellules.
« Petit Jack ? Tu nous as apporté de la chair fraîche à vendre pour qu’on lui défonce le cul ? Putain, c’est pas facile tous les jours~~ » lança d’un rire sinistre un homme aux longs cheveux hirsutes, dans une cellule à gauche.
« Waouh, tu nous as vraiment apporté de la chair fraîche, cette fois. Ce petit a l’air d’avoir tout juste vingt ans », dit un grand détenu barbu en se levant et en baissant son pantalon face aux visiteurs, prêt à pisser sur place.
Boum !
Garen lui lança un regard furieux, se retourna et agrippa de sa main gauche, semblable à une tête de python, l’un des barreaux métalliques, plus épais qu’un bras.
Crac !
Le barreau se brisa et fut projeté dans la cellule. Il frappa le détenu à la poitrine, la lui transperça et le cloua au mur du fond.
Le détenu ne put même pas pousser un autre cri : il mourut sur-le-champ.
À cette vue, tout le monde se tut. Tels des animaux terrorisés, les prisonniers reculèrent dans l’ombre de leurs cellules. Même le tumulte des cellules plus loin s’éteignit aussitôt.
Garen ramena sa main gauche. Il venait de faire vibrer le barreau de la cellule jusqu’à le briser, ce qui avait également arraché toute la porte métallique de cette cellule d’isolement.
« Continue. »
« Oui… oui, bien sûr », répondit le directeur, qui s’éloigna instinctivement de Garen pour se rapprocher du Huitième Cercle. En voyant ce qui venait de se passer, il avait la chair de poule et était couvert de sueur froide.
« C’est complètement dingue, complètement dingue ! » se répétait-il en reprenant la tête du groupe. De temps en temps, il jetait un coup d’œil à Garen pour étudier son expression, de peur de faire quelque chose qui lui déplairait.