Chapitre 1 328
Garen s’avança vers Rena. Il la souleva également et l’examina de la tête aux pieds : poitrine, fesses, taille, silhouette, tonicité musculaire et visage.
« Tu as un bon potentiel, toi aussi, et même meilleur encore. C’est incroyable… » Au départ, Garen avait pensé qu’Irene, avec sa personnalité si droite et pure, aurait peut-être un meilleur potentiel. Il ne s’était pas attendu à ce que Rena, qui avait si peur de mourir, en ait davantage.
Le chevalier qui se trouvait à côté avait été emmené de force au département de la logistique par une Succube.
Garen se fichait de savoir si les deux chevaliers lui étaient fidèles. Il voulait simplement avoir quelques subordonnés qu’il pourrait envoyer faire des courses, au moins temporairement.
De plus, les dragons étaient des créatures lubriques. Il était temps pour lui de libérer ses instincts longtemps refoulés.
Le problème, à présent, était qu’il devait construire la tour des magiciens au plus vite. Malheureusement, ses plans n’avaient pas résisté aux changements : il avait été banni à l’improviste. Retourner sur le Plan principal pour y bâtir la tour des magiciens serait très risqué.
« Je vais la construire ici, alors. Dame Vengeance me soutient, et elle est aussi un peu comme une sœur aînée pour moi. Il y a également beaucoup de matériaux dans l’Abîme. Tant que j’ai du pouvoir, je peux piller à ma guise. »
Garen avait pris sa décision.
Bien qu’il eût trouvé un moyen de contrer le Sort spatio-temporel, le Sort de transformation ultime le faisait toujours trépigner d’impatience. Après tout, il était habitué depuis longtemps à être humain, et retrouver cette forme lui faciliterait grandement la vie.
Une fois installé dans sa demeure, il découvrit que divers chefs esclaves y préparaient des plats provenant de différents Plans. Garen avait mangé de la viande congelée si longtemps qu’il pouvait enfin varier son alimentation. Il choisit deux cuisiniers humains pour lui préparer des gâteaux et des repas.
L’intérieur de la maison avait été agrandi grâce à un sort spatial. Ainsi, bien qu’elle ne parût pas très grande, elle pouvait accueillir plusieurs terrains de football : l’espace y était vaste.
Le département de la logistique lui envoya des chefs, des domestiques et d’autres personnes chargées des corvées.
Après avoir organisé le travail dans la Forteresse, Garen décida d’aller inspecter les lieux où se trouvaient ses trois principales sources de recrutement.
Il se rendit d’abord au Portail de téléportation dimensionnelle aléatoire.
C’était là qu’on recrutait des guerriers et des généraux de haut rang. D’après les habitudes des démons, peu importait qu’un guerrier magicien ou un monstre soit téléporté : on commençait par se battre. Si les démons l’emportaient, l’autre partie devenait leur esclave. Dans le cas contraire, ils lui accordaient le droit de négocier d’égal à égal.
Contrairement aux diables, qui aimaient conclure des marchés avec les créatures, les démons privilégiaient la force.
Garen vola quelque temps, traversa en un peu plus de dix minutes la majeure partie de la Forteresse, puis se posa bientôt près de trois sphères lumineuses et rondes, semblables à des guimauves blanches.
Au bord des sphères lumineuses, trois magiciens de niveau cinq dégageaient une puissante fluctuation de Technique ésotérique. Un grand nombre de gardes démons âgés patrouillaient et montaient la garde à la périphérie.
À la vue de Garen qui approchait en volant, les trois magiciens de niveau cinq retirèrent leurs mains, d’où jaillissaient des arcs violets, puis s’inclinèrent devant lui.
« Nous saluons le Troisième Commandant. »
Garen était le commandant le plus haut placé après deux autres, et la nouvelle de sa nomination s’était répandue dans toute la Forteresse.
« Reprenez votre travail. Je suis venu voir mes trois portails. » Garen se posa doucement et fit le tour des trois sphères lumineuses.
« Troisième Commandant, les créatures qui traversent ces trois portails sont imprévisibles. Parfois, elles arrivent en groupe ; parfois, il ne vient pas une seule créature pendant plus d’un mois. Tout dépend de la chance », expliqua nerveusement un vieux magicien.
S’ils n’avaient pas su stabiliser la Matrice dimensionnelle, eux qui n’étaient que de niveau cinq seraient devenus des proies faciles, qu’on aurait pu dévorer sans même qu’ils s’en aperçoivent.
« Y a-t-il un moyen d’agir davantage ? » demanda Garen.
« Bien sûr, répondit le vieux magicien. Nous pouvons envoyer à travers le portail des démons suffisamment puissants pour répondre au Sort d’invocation de ces démons. En général, si le contrat de l’Invocateur comporte une faille ou si le prix payé est insuffisant, le démon peut en profiter pour briser l’emprise de la Matrice, capturer l’Invocateur et l’emmener dans l’Abîme pour en faire un esclave.
— C’est une méthode. Une autre consiste à envoyer quelqu’un de très puissant dans le Vide pour capturer les voyageurs qui s’y égarent au hasard. De nombreux voyageurs venus de différents Plans se retrouvent confrontés à toutes sortes de crises, se perdent dans le Vide et ne parviennent pas à retrouver leur chemin. Alors… »
« Je comprends… » Garen hocha la tête. Il avait un besoin urgent de quelques hommes à sa disposition. « Je vais essayer la deuxième méthode : répondre aux invocations et capturer l’Invocateur. »
Il connaissait bien les stratagèmes de ce genre.
Sur le Plan matériel principal, de telles légendes circulaient souvent.
Pour se venger ou pour quelque autre raison cruelle, un aristocrate qui n’avait aucune expérience de l’Art des sorts pouvait utiliser son propre sang pour tracer une Matrice d’invocation démoniaque et invoquer ainsi un démon terrifiant et extrêmement puissant, afin de massacrer tout un territoire. Il gagnait lui-même en retour un immense pouvoir maléfique.
C’était en réalité la deuxième façon d’invoquer.
L’Invocateur n’en prenait pas l’initiative : c’étaient les démons de l’Abîme qui répondaient de leur propre chef. Certains convoitaient les ressources du territoire d’un aristocrate fortuné ; d’autres visaient l’immense énergie négative née de la haine qu’il suscitait ; d’autres encore avaient d’autres raisons. Bref, chacun avait ses propres plans.
Garen avait l’intention de suivre l’exemple de ces prédécesseurs.
Il fit quelques fois le tour des lieux et examina attentivement les trois portails de téléportation. Alors qu’il s’apprêtait à partir et à entrer dans l’un d’eux, il sentit soudain son corps tressaillir légèrement.
L’Ennéaèdre, qu’il avait presque oublié, se mit alors à battre.
Il l’observa et vit que cette chose commençait à se déplacer sous sa peau, comme si elle nageait. À l’intérieur, elle semblait avoir absorbé une grande quantité de brume rouge sang.
Il se souvint soudain du grand nombre de diables qu’il venait de massacrer pendant la Guerre du Sang. Il avait d’abord cru que ces diables de bas niveau ne lui serviraient à rien, mais il ne s’était pas attendu à ce que l’Ennéaèdre s’empare de leurs âmes.
« Je me demande à quel point cette chose peut m’être utile. » Garen, curieux, la laissa faire à sa guise.
Avant de répondre à une invocation, il décida d’aller récupérer la récompense qui lui revenait.
Il se rendit directement au département de la logistique.
Le Démon-serpent à six bras avait depuis longtemps préparé les âmes.
Il fit sortir d’une tente grisâtre une équipe de dix âmes humaines entières.
Ces dix âmes ressemblaient presque à des personnes vivantes ; rien ne permettait de deviner qu’il s’agissait d’âmes. Dame Vengeance avait vu juste : elles étaient extrêmement intactes.
De plus, les fluctuations spirituelles qu’elles dégageaient étaient bel et bien de niveau dix.
« Ces dix âmes appartiennent à des guerriers, des assassins, des magiciens et des sorciers. Elles sont issues des races des Elfes blancs, des Demi-Elfes et des humains, toutes choisies personnellement par vous. Mais, pour être honnête, les âmes humaines ne se vendent pas le mieux. »
Le Démon-serpent à six bras agita ses six membres et fit signe à quelques petits démons, non loin de là, d’amener un autre groupe d’âmes esclaves.
C’était un groupe de Drows tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Chacun portait au cou une chaîne, comme un chien. Elles étaient toutes de sexe féminin, et une sorte de mucus salivaire leur coulait des lèvres. On aurait dit qu’on les avait dressées jusqu’à leur faire perdre la raison. Pourtant, à voir leurs formes voluptueuses, leur peau délicate et leurs poses séduisantes, Garen lui-même ne put s’empêcher d’être quelque peu tenté.
Ces Drows étaient d’une beauté exceptionnelle : certaines avaient l’air innocentes, d’autres étaient charmeuses, sereines ou sexy. Il y en avait pour tous les goûts.
« Qu’en pensez-vous ? Ce sont aussi des âmes de niveau dix, et leur corps peut être reconstitué si on les plonge dans la Piscine de sang. » Le Démon-serpent à six bras ricana méchamment. « Le plus important, c’est que ces Drows de niveau dix sont bien éduquées et dociles. Elles peuvent se plier à toutes vos envies. Elles sont robustes, ne se laisseront pas facilement malmener et vous protégeront fidèlement, comme des chiens ! Hé hé hé. »
« Laissez tomber, je préfère garder l’équipe que j’ai choisie au départ. » Garen résista à la tentation et s’en tint à son choix. Ce qu’il voulait, c’était de l’efficacité et des talents capables de vraiment l’aider à accomplir des tâches, pas des gardes du corps ni des jouets.
« Très bien. Si le Commandant en veut, il peut venir me voir quand il le souhaite. Les esclaves d’ici appartiennent à Dame Vengeance. Il vous suffit donc de payer cent cocons d’âme pour obtenir une esclave drow. Le prix est bas, tout à fait raisonnable ! »
Garen secoua la tête. Naturellement, il ne crut pas un mot de ce que disait le Démon-serpent à six bras.
Emmenant avec lui sa nouvelle équipe d’âmes de niveau dix, Garen se rendit à la Piscine de sang du département de la logistique. Il dut y consacrer tant de ressources, et presque tous ses biens de valeur, pour reconstituer les corps des dix âmes de niveau dix. Cette fois, il ne s’agissait que de simples corps de bas niveau, qu’elles devraient encore renforcer étape par étape. Mais comme leurs âmes étaient déjà de niveau dix et qu’elles avaient conservé leur énergie spirituelle, leurs connaissances et leurs souvenirs, elles pourraient retrouver leur puissance assez rapidement.
Les dix âmes affichaient toutes une expression indifférente, comme si elles n’avaient plus aucune raison de vivre. Des runes spéciales étaient incrustées dans chaque partie de leur corps pour les contraindre à obéir entièrement à Garen. Quand on était ainsi soumis à quelqu’un, si puissant qu’on puisse devenir, impossible de voir le moindre espoir. Naturellement, on avait bien peu de motivation pour continuer à progresser.
Ce à quoi Garen ne s’était pas attendu, c’était que le contrôle de ces dix âmes accaparât à lui seul la moitié de la puissance spirituelle de son âme. Lui-même, le Seigneur démon du Vide, le plus puissant et le plus expert dans le domaine de l’âme, en était réduit à cela, sans parler des autres démons.
Pas étonnant que personne, dans la Forteresse, n’ait recours à cette méthode pour contrôler un grand nombre de combattants puissants.
Le coût était trop élevé.
Après avoir laissé provisoirement les âmes dans sa demeure, Garen retourna une fois de plus au Portail de téléportation dimensionnelle aléatoire.
Après avoir salué les personnes présentes, il s’envola droit dans l’un des portails.
D’innombrables volontés d’invocation se jetèrent sur lui comme une toile d’araignée. Au milieu de la lumière blanche infinie, Garen choisit avec soin. Comme sa renommée ne s’était pas encore répandue sur les autres Plans, les invocations qu’il recevait n’avaient pas de cible précise : il s’agissait d’invocations de démons de l’Abîme au moyen d’une vaste Matrice d’invocation.
Ce n’est qu’une fois devenu célèbre qu’il pourrait se téléporter vers d’autres Plans et être invoqué par son nom. Alors, il ne serait plus affaibli par la puissance du Plan. En outre, une protection supplémentaire contre les invocations s’activerait : pendant le processus, sa puissance serait transmise, et le Pouvoir de l’Abîme l’aiderait à se protéger de la Matrice, afin d’empêcher l’invocation d’être interrompue. Devenu encore plus puissant, il pourrait aussi enchanter les créatures alentour, même éloignées, et les invoquer pour protéger la Matrice contre toute perturbation.
Mais cela arriverait bien plus tard.
Pour l’heure, il devait d’abord trouver, parmi les innombrables volontés d’invocation, celle qu’il voulait choisir.
« La cible ne doit pas être trop faible, et l’endroit doit être assez animé. Il ne faut pas que ce soit trop rigide, ni que la force de suppression alentour soit trop puissante… » Garen réfléchit attentivement.
Après tout, certains des plus grands magiciens recouraient eux aussi à une sorte de contre-invocation démoniaque pendant leurs expériences, afin de tromper et d’attirer les démons, puis de les capturer aussitôt au moyen d’une Matrice de contrainte pour les soumettre à des expériences. C’était extrêmement dangereux. S’il choisissait mal, il ne saurait même pas où il allait mourir.