Chapitre 126
Deux jumelles entendirent le cri et, à contrecœur, firent un saut périlleux arrière avant de se fondre dans la forêt. On aurait dit que quelque chose les avait attirées à l’intérieur des bois.
Dans la forêt se tenait une autre silhouette élancée. Elle semblait être une femme.
Les jumelles finirent par comprendre ce qui se passait et fixèrent l’aura terrifiante qui émanait de la plage de sable.
La Générale royale à la pupille rose se tenait là, accompagnée d’un grand groupe de tueurs vêtus de vert.
Au loin, Garen sentit l’air autour de lui se tordre. Comme si quelque chose hurlait sous terre, un grondement terrifiant faisait trembler les environs.
Ses deux yeux brillaient d’une lueur sanglante. C’était un pressentiment.
Les jumelles se mirent à trembler légèrement. Une peur profonde et insensée jaillissait de leur cœur et cherchait à prendre le contrôle de leur corps.
« Face à des adversaires pareils… Comment pourrait-on gagner ?! »
Bam ! Bam ! Bam !
Mitrailleuses, pistolets : les balles s’écrasaient contre les silhouettes effrayantes, mais des étincelles jaillissaient. C’était parfaitement inutile.
Au moment où ils sortirent leurs grenades, les fines particules de sable projetées par Garen les firent exploser. En un instant, du sang et des lambeaux de peau humaine volèrent dans les airs. Même Sayman ne pouvait que tenter de se protéger de cette aura écrasante. Épuisé, il n’osait tirer à la mitrailleuse que de loin.
Seule la Générale royale osait s’approcher !
Elle se rua follement sur son adversaire, s’enveloppant d’une faible aura pour se protéger.
Les jumelles se mirent à trembler plus fort.
« Ne regardez pas ! C’est une illusion qui provoque un stress mental ! Elle n’agit que sur vos pensées. Ne le regardez pas directement ! »
Une paire de mains blanches et délicates vint couvrir simultanément les yeux des deux filles.
Boum !
Boum !
Boum !
Garen demeura immobile et silencieux. Il regarda avec pitié la Générale royale à la pupille rose, que les contre-chocs repoussaient sans cesse. Le sang de son adversaire éclaboussait le sol et le sable. Ses graves blessures étaient dues aux contre-chocs provoqués par la Technique secrète du Mammouth modifiée.
« Le temps passe vite. » Garen restait là, sans bouger. Il fixait calmement la Générale royale à la pupille rose, qui peinait à se relever.
« C’était donc ça, votre aura ? » Il observa son adversaire contracter son corps. Son aura ne suffisait qu’à protéger une seule partie de celui-ci.
Les coups de feu retentirent de nouveau sans interruption. Des étincelles dorées jaillirent du corps de Garen, mais rien ne put arrêter ses pas.
Pas à pas, il s’avança vers la Générale royale, laissant derrière lui une traînée d’empreintes fraîches. Puis il s’arrêta devant son adversaire.
« Peut-être suis-je trop naïf. Le temps est cruel. Aussi fort soit-on, on finit par s’affaiblir avec les années. » En réalité, il savait fort bien que son aura s’était renforcée après qu’il eut pleinement consolidé ses progrès et atteint le rang de Grand Maître du combat. Autrement dit, il était devenu plus fort.
Hé… hé…
La Générale royale à la pupille rose respirait avec difficulté.
« C’est vrai que je n’ai plus que la moitié de mes capacités, comparé à mon apogée… Si j’avais encore mes deux mains… je t’aurais tellement tabassé que ta mère ne t’aurait pas reconnu ! » Elle jura.
« À l’époque, tu étais donc deux fois plus puissante qu’aujourd’hui ? » Garen était déçu.
« Ah !!! »
Une ombre verte apparut soudain derrière Garen. Le couteau militaire à la main, elle tenta de lui transpercer l’oreille gauche.
Mouuuh !!!
Le rugissement terrifiant d’un éléphant résonna aux oreilles des deux combattants.
Le corps de Garen enfla furieusement jusqu’à atteindre deux mètres cinquante. Ses muscles se nouèrent et se tendirent, pareils à des rangées de barres d’acier.
Une immense aura se solidifia autour de lui et prit la forme illusoire d’un mammouth blanc mugissant.
Le couteau militaire noir s’immobilisa juste à côté de l’oreille gauche de Garen.
La lame tremblait.
Blackplume Sayman tremblait de tout son corps.
Il avait les yeux larmoyants et le nez qui coulait, mais n’osait pas s’essuyer. Il tenait le couteau militaire à deux mains et déployait toutes ses forces pour tenter de le planter. Pourtant, c’était comme si la lame s’était figée : elle ne bougeait pas d’un pouce.
« B… Bouge ! » finit par crier Sayman. Il semblait se souvenir d’une expérience semblable. Les larmes lui coulaient sans arrêt sur les joues.
Boum !
La lame transperça.
Garen fut stupéfait. La Générale royale, étendue au sol, aussi.
Dans la forêt, non loin de là, la femme élancée fut elle aussi sous le choc.
Les tueurs encore présents sur le champ de bataille se figèrent de stupeur.
« On a gagné ? »
Ploc !
Le couteau militaire retomba mollement au sol. Tous sentirent leur cœur s’effondrer.
Garen ne laissa rien paraître. Pas une goutte de sang ne coulait de son oreille.
« Quel dommage. »
Un seul coup !
Tchac !
Le bras de Garen traversa la poitrine de Sayman et ressortit dans son dos.
« Jency !! »
À cet instant, la Générale royale à la pupille rose se rua furieusement en avant. Son aura hurlait comme une chouette. Les deux mains serrées autour du couteau, elle le lança vers la peau tendre sous le menton de Garen.
Profitant de la fraction de seconde où Garen avait été distrait, elle frappa. Cette attaque mobilisa toutes ses forces. C’était le meilleur coup qu’elle connaissait, une technique issue du Poing des étoiles, qui combinait trois sources de puissance, chacune libérant sa force à un moment différent. Au bout du compte, elles convergeaient toutes à la pointe de la lame et déchaînaient une puissance triple de la normale.
À vrai dire, elle ne poignardait pas avec le couteau : elle le propulsait des deux mains, puis accélérait encore sa course grâce à la technique.
La Générale royale joignit les paumes et poussa le couteau vers le menton de Garen. Aussitôt, le manche de l’arme cracha des flammes bleues et violettes. D’une nouvelle poussée, elle accéléra la lame une quatrième fois !
Le coup transperça l’air en une ligne verticale argentée et bleue qui traversa le corps de Garen, comme si elle allait le trancher en deux.
« Meurs ! »
À cet instant, la Générale royale eut l’impression de retrouver la puissance de ses plus beaux jours. Cette attaque était la meilleure qu’elle eût jamais portée.
Après l’avoir lancée, elle n’avait plus la force d’en porter une autre.
« Si je peux tuer ce type, ça me va ! » Voyant la pointe du couteau entamer la peau de Garen, ses yeux s’emplirent d’espoir.
Clang !
Le visage de la Générale royale se décomposa.
Garen la dominait du regard. Sa main droite avait bloqué l’attaque.
« Si vous aviez porté ce coup à votre apogée, j’aurais peut-être été grièvement blessé. Dommage… »
La Générale royale entrouvrit les lèvres pour parler, mais aucun son n’en sortit.
Elle s’assit silencieusement par terre. Du sang frais suintait de ses yeux, de ses oreilles, de son nez et de sa bouche. Les contre-chocs ne lui laissaient aucune chance de survivre.
« Cette technique s’appelait Jency ? Un seul coup… Pas étonnant que vous soyez une Générale royale de second rang. » Garen tendit l’index et poussa doucement le front de son adversaire.
Pouf.
La Générale royale s’effondra au sol et ne respira plus.
Ce coup était un peu trop puissant. Garen avait dû le bloquer de la main. Même avec sa Technique secrète du Mammouth modifiée, il avait encore des points faibles. Il n’avait pas eu d’autre choix que de se protéger avec sa main.
Quand il retourna sa main droite, Garen vit le sang couler du centre de sa paume. Il était enfin blessé.
La Générale royale avait déjà plus de cinquante ans, et pourtant elle possédait encore de telles capacités et avait conservé son apparence juvénile. En outre, elle avait réussi à blesser légèrement Garen.
À la lumière de ces faits, il n’était pas étonnant qu’elle portât le titre de Générale royale.
D’un geste désinvolte, il lança une poignée de petits cailloux. Les tueurs en vert furent encore moins nombreux.
Sous la pression de son aura, ces tueurs n’étaient pour Garen que des fourmis.
Après les avoir tous tués, Garen dissipa lentement les effets du troisième stade et reprit sa forme normale. Il jeta un coup d’œil à la forêt. Ceux qui s’y trouvaient avaient depuis longtemps fui sans laisser de traces.
Il retourna auprès de la Générale royale à la pupille rose et fouilla son corps.
Un portefeuille, une carte d’identité peut-être fausse, quelques mouchoirs blancs, plusieurs cartes de médaille noires. Et enfin, un petit carnet.
Il rassembla rapidement le tout et feuilleta distraitement le carnet. Celui-ci contenait des notes manuscrites sur l’entraînement et ses expériences. Comme la bataille faisait toujours rage dans le manoir, il n’avait pas le temps de le lire attentivement. Garen le fourra dans sa poche.
Le pantalon que Su Lin lui avait confectionné était renforcé par une protection spéciale. Grâce à cela, il n’était pas obligé de repartir d’ici les fesses à l’air.
Et il avait aussi une poche bien pratique.
Une fois ses affaires récupérées, Garen ramassa une mitrailleuse au hasard et partit au trot vers le manoir.
Là-bas, les échanges de tirs se poursuivaient. La bataille entre l’armée de la Confédération et le groupe de tueurs s’intensifiait.
« Je me demande comment ça se passe. Je dois vite retrouver Su Lin et les autres. »
Boum !
Yoda tira trois fois en l’air, visant Charlotte, la Troisième Générale royale.
Les trois balles atteignirent des parties différentes de son corps. Pourtant, le corps élastique de Charlotte se contorsionna et se déroba à chacune d’elles. Elle atterrit ensuite sur un poteau, au sommet d’un toit.
Charlotte commençait à être frustrée et épuisée. Elle avait depuis longtemps jeté sa cape noire. Sous celle-ci, elle portait une combinaison rouge, extensible et pare-balles. Le vêtement avait arrêté les projectiles plusieurs fois ; elle n’avait donc pas été blessée.
« Pas mal ! » lança Yoda, le Roi-dragon à huit bras, avec un sourire. D’une main, il fumait sa cigarette tandis que, de l’autre, il rechargeait son arme avec impatience.
Il avait huit armes en tout et les tirait à tour de rôle. Charlotte devait ainsi esquiver et courir sans relâche, sans jamais pouvoir s’approcher. Son meilleur coup consistait à viser en même temps avec ses huit armes. Mais ces attaques explosives ne pouvaient durer : après les avoir utilisées, il traversait une période de faiblesse.
Malgré sa passion pour les armes, Charlotte détestait cette technique. Yoda avait l’air détendu depuis le début, mais restait extrêmement vigilant. Il ne lui laissait aucune ouverture, ce qui la frustrait. Ses armes à elle étaient différentes de celles de Yoda. Elle avait choisi de ne pas s’en servir, mais s’y risquait-elle, il se ferait sans aucun doute tirer dessus !
Les deux adversaires se retrouvèrent dans une impasse.
Su Li, qui se cachait derrière l’escalier à l’entrée, poussa un soupir de soulagement.
Il avait invité Garen et le Roi-dragon pour retenir les adversaires les plus puissants. Son père pouvait se charger des autres. Avec ce plan, il ne restait donc plus que Shura des dunes crépusculaires et une autre Générale royale. Leurs capacités avaient ainsi été considérablement réduites grâce à son stratagème.
« Si Garen parvient à retenir la première Générale royale, nous avons une chance de gagner », calcula Su Lin.
Shura des dunes crépusculaires se distinguait des autres organisations criminelles. Ses membres avaient leur propre arrogance. Bien qu’ils qualifiassent leurs meurtres d’assassinats, en réalité, ils abattaient leurs cibles de face, pour que le monde entier connaisse leur effroyable talent à allier les armes aux arts martiaux.
Ils considéraient Shura des dunes crépusculaires comme leur chef et étaient convaincus que l’alliance des arts martiaux et des mitrailleuses constituait la voie suprême pour préserver les arts martiaux.
C’était aussi la seule voie qui s’offrait aux vieux maîtres d’arts martiaux, dont les capacités physiques déclinaient.
Voilà ce qu’ils cherchaient à démontrer.
Ils voulaient prouver que les arts martiaux traditionnels ne seraient pas éliminés par le temps !
Yoda et Charlotte reprirent leur ronde, cherchant la meilleure occasion de s’attaquer.
On aurait dit qu’ils traçaient des cercles sur le toit en tournoyant l’un autour de l’autre.
Les coups de feu de Yoda s’espacèrent au fil du temps. Ils furent remplacés par le bruit des déplacements rapides de son silencieux.
Charlotte se trouvait dans la même situation. Les deux adversaires entamèrent un jeu et un duel silencieux.
Ils appartenaient à la même génération et en étaient les plus grands talents. Jusqu’alors, ils ne s’étaient jamais affrontés face à face. À présent, ils avaient enfin l’occasion de se battre et de décider lequel survivrait.