Chapitre 1 257
« Nous devons quitter cet endroit. »
Garen se leva et s’adressa aux Dragonneaux qui buvaient. Il ne voulait pas partir seul. Il était encore trop faible et avait besoin d’eux pour se déplacer, non seulement pour leur force, mais aussi pour dissimuler son identité. Si l’on découvrait son anomalie, des problèmes risquaient de surgir et il serait facilement repéré.
« Pourquoi devons-nous partir ? » demanda Satwo.
« Il y a des humains dans les parages, murmura Garen. S’ils rôdent dans le coin, c’est forcément qu’ils ont un objectif. »
« Des humains ? On n’a qu’à les tuer tout de suite. Ce ne sont que de la nourriture », protesta Saone.
« Nous pourrons peut-être les tuer plus tard, mais pas maintenant. » Garen secoua la tête. « Vous venez ? »
« Non, il y a une source d’eau ici. Et là où il y a de l’eau, les animaux finissent toujours par passer. Alors, si nous restons, nous trouverons de quoi bien manger », répondit Safour d’un ton malin.
« Tant qu’il y aura de la nourriture à profusion, nous continuerons de progresser ! » s’exclama Sathree.
« Et une fois que nous aurons progressé, nous pourrons partir à la recherche de Mère ! » enchaîna Saone.
« Et quand nous l’aurons retrouvée, nous serons tous en sécurité ! » Satwo agita ses griffes.
Boum !
Un énorme poing s’abattit sur ses yeux.
Satwo tituba aussitôt en arrière. Avant même d’avoir compris ce qui lui arrivait, il vit Garen lui décocher un autre coup.
« Non ! Tu… »
Boum !
Ses deux yeux étaient complètement tuméfiés.
Furieux qu’on ait osé frapper le chef, Saone se rua sur Garen et tenta de l’engager au corps à corps, mais ce fut peine perdue.
Garen recula d’un pas et lui donna un simple coup de pied. Son genou percuta l’abdomen de Saone.
Oh !
Saone et Satwo tombèrent sur les fesses. La tête leur tournait et ils étaient complètement sonnés.
« C’est moi, le chef, maintenant. » Garen s’avança devant les deux dragons et agita les griffes.
« D’accord… D’accord, c’est toi, le chef », reconnut aussitôt Saone.
Satwo affichait toujours un air mécontent, mais, à voir la force et la vitesse des mouvements de Garen, il n’avait manifestement aucune chance contre lui. Il souffla bruyamment et céda à contrecœur.
« À présent, nous partons. » Garen affirma son autorité de chef et trancha sans hésiter.
Sathree et Safour furent stupéfaits par cette soudaine démonstration de puissance de Garen.
Les Dragonneaux rassemblèrent les morceaux de viande de léopard, les attachèrent un à un avec de longues lianes tirées des arbres, puis s’envolèrent en titubant vers le lointain.
Roaaar !
Soudain, un grondement sourd retentit dans la forêt en contrebas.
Une forme sombre jaillit des bois. On aurait dit un gigantesque sanglier noir.
Son corps était couvert d’une armure de fer noir. Il fonçait droit sur les Dragonneaux, les yeux rouge sang, et empestait affreusement.
« En haut ! » cria Garen.
Le sanglier faisait au moins deux fois leur taille et fonçait sur eux comme une voiture. Garen ne tenait pas à affronter cette créature.
Tous les Dragonneaux prirent aussitôt de l’altitude, mais un rayon gris-blanc jaillit du dos du sanglier et frappa les pattes arrière de Saone.
« Aaah ! » hurla Saone de douleur.
Le rayon avait réussi à traverser la défense magique de sa peau de dragon. Ils n’étaient encore que des Dragonneaux, mais leur épiderme les immunisait déjà contre la magie de premier niveau et leur conférait une certaine résistance à quelques sorts de deuxième niveau. Or, à voir Saone, ce rayon dépassait de loin un simple sort de deuxième niveau.
Après s’être débattu un moment, Saone ne parvint plus du tout à battre des ailes et chuta du ciel.
Les autres Dragonneaux furent horrifiés. En cet instant, l’égoïsme des dragons blancs se manifesta pleinement : tous abandonnèrent Saone, tombé à terre, et s’enfuirent à tire-d’aile.
Garen jeta un coup d’œil à Saone, en contrebas. Le gigantesque sanglier attendait, la tête levée, que celui-ci tombe, tandis qu’un vieil homme inquiétant, vêtu d’une robe grise, rôdait à côté de lui.
« Un humain… » Le cœur de Garen se serra. Sa force et sa vitesse dépassaient de loin celles de Saone. De plus, celui-ci était temporairement paralysé et continuait de tomber. Avant qu’il ne touche le sol, Garen battit de nouveau des ailes et cracha avec férocité une goulée de froidure en direction du vieillard.
La vague de froid blanche atteignit le vieil homme, mais sembla se heurter à une barrière transparente.
Le vieillard sourit et tendit la main droite. Une ombre spectrale de main squelettique enveloppait sa paume. Vue de loin, on aurait dit que son bras tout entier n’était qu’un squelette.
Le bras squelettique traversa l’écran et saisit Saone, qui tentait de s’enfuir.
Dans le ciel, Garen sentit aussitôt la menace intense et les ténèbres qui émanaient du bras squelettique blanc. Il se crut au bord d’un gouffre, et un froid glacial lui envahit l’esprit.
Garen sentit ses cheveux se hérisser. Son Anneau spirituel évalua instinctivement la situation : ce vieil homme était extrêmement puissant ! Il était de toute évidence hors de sa portée, pour l’instant.
Sans hésiter, Garen fit demi-tour et s’enfuit. Il rattrapa bientôt Satwo et Sathree, qui le précédaient, et tous trois quittèrent rapidement les lieux. Quant à Saone, il n’avait aucune chance.
En contrebas, le vieil homme hésita en regardant les Dragonneaux dragons blancs prendre la fuite.
« Il y en a donc plusieurs. Quel dommage, ils feraient de si bons sujets d’étude. »
Il tenait Saone dans sa main ; ses doigts crochus et acérés transpercèrent la peau du Dragonneau.
Saone poussa un hurlement de douleur. Il se lamentait bruyamment, en proie à une souffrance atroce. Du sang blanc s’écoula de la plaie et goutta au sol, recouvrant la petite clairière d’une fine couche de givre.
Capturé par ce vieux sorcier, il ne pouvait absolument pas se défendre.
Garen suivit les Dragonneaux en vol et, bientôt, ils furent tous réunis, à l’exception de Saone, introuvable.
Le groupe de dragons reprit son chemin et poursuivit son vol en silence.
« Saone… Il va mourir ? » murmura Satwo. Aucune créature ne pouvait rester calme la première fois qu’elle se retrouvait confrontée à la mort.
« Le monde extérieur est trop dangereux… » Safour baissa la tête, le corps tremblant.
Pour la première fois, Garen comprit que ce monde n’était pas simplement dangereux en général. Il y avait d’abord eu l’inspection d’un dieu, et voilà qu’il venait de rencontrer un vieil homme à l’apparence étrange et à la force terrifiante. À part quelques techniques de combat humaines qu’il connaissait, il ne pourrait exploiter ses autres forces qu’une fois les lois achevées. Mais cela prendrait trop de temps, et il n’était même pas certain de pouvoir assurer sa propre sécurité, à présent.
« Il n’y a que deux possibilités, dit Garen à voix basse. La source de ce chapitre est novelping.com.
« Quelles possibilités ? » demanda vivement Satwo. Il avait compris que, parmi eux, Garen était le plus résolu et le plus instruit.
Sathree et Safour se tournèrent aussitôt vers lui, eux aussi.
« Des humains sont apparus dans les environs, et ils ne sont manifestement pas là pour flâner. Vous avez vu la force de cet homme : il n’était pas venu pour s’occuper seulement de nous, les Dragonneaux. Si nous voulons être en sécurité, nous devons nous éloigner le plus possible d’ici. Nous devrions gagner le Pic des Anciens, chez les dragons blancs, et leur parler de ce que nous avons découvert. Le clan possède un institut spécialisé dans l’élevage des Dragonneaux ; nous pourrons y entrer et apprendre à nous battre. »
Garen leur expliqua soigneusement son plan.
« J’ai l’intention d’aller à l’institut d’élevage du clan. Et vous, qu’allez-vous faire ? »
Les autres Dragonneaux étaient aussi perdus que des mouches sans tête. Saone venait de mourir sous leurs yeux et ils étaient si terrifiés qu’ils avaient perdu toute certitude. Ils se contentèrent de suivre Garen et prirent la direction du clan.
Après être arrivés sains et saufs au sein du clan des dragons blancs, Garen expliqua leur situation à la garde et ils obtinrent l’autorisation d’entrer.
De toute évidence, les dragons blancs savaient depuis longtemps que des humains approchaient et ne refusèrent pas l’abri aux Dragonneaux venus se réfugier chez eux. Outre Garen et son groupe, d’autres dragons blancs avaient amené leurs Dragonneaux chercher refuge près du Pic des Anciens.
Comme leur mère, Cocoreila, avait disparu, Garen et les autres Dragonneaux s’inscrivirent à l’institut d’élevage, comme il le souhaitait.
L’institut d’élevage des Dragonneaux du clan des dragons blancs avait été créé pour ceux qui avaient perdu leurs parents ou dont la famille ne se souciait pas. La race comptait plus de cinquante dragons blancs anciens, dont cinq étaient chargés de veiller sur les Dragonneaux. De nombreuses bêtes-dragons et de nombreux dragons terrestres vivaient également dans les environs, sous la surveillance des dragons blancs, afin d’assurer leur protection.
À l’institut, on apprenait aux Dragonneaux à se battre, à chasser et à reconnaître les créatures qui les menaçaient. On leur enseignait aussi l’environnement nécessaire à leur progression, les conditions requises et la conservation des provisions diverses.
Ce qui intéressait Garen, c’était l’apprentissage des arts arcaniques.
Au moment de choisir leurs cours, Garen opta sans hésiter pour le cours d’Art arcanique, plutôt que pour celui de combat réel, choisi par la plupart des dragons blancs.
Une fois adultes, les dragons blancs possédaient des écailles qui les immunisaient contre tous les sorts de niveau inférieur à quatre. Leur puissante aura draconique équivalait à un champ d’énergie de troisième niveau sans aucune perte ; elle leur permettait de contrôler de grands groupes de dragons terrestres et d’autres dragons. Ils maîtrisaient en outre plusieurs sorts de glace, l’Art du Miroir de glace de sixième niveau et deux types de Souffle de givre.
Tout sorcier affrontant un dragon blanc ancien, doté d’une constitution aussi robuste et de pouvoirs aussi terrifiants, voyait les effets des sorts de quatrième niveau et plus considérablement réduits, voire annulés. D’un seul mouvement de queue, le dragon pouvait déployer une force équivalente à la puissance maximale d’une créature de sixième niveau. Aucun écran magique ni aucune armure de sorcier ne pouvait résister à une telle force. L’explosion instantanée de puissance équivalait à un sort létal de cinquième niveau.
C’était à cause de ce talent effroyable que les dragons blancs — et même certains dragons d’autres espèces — se consacraient rarement à l’apprentissage des arts arcaniques. Seuls les dragons anciens, dont la vie s’étirait sur une durée interminable, choisissaient parfois de les pratiquer, par ennui.
« Tu es vraiment sûr de choisir le cours d’arts arcaniques ? Ne m’accuse pas de ne pas t’avoir prévenu : pour nous, les dragons, la voie la plus adaptée consiste d’abord à améliorer nos capacités au corps à corps, puis à nous tourner vers les arts arcaniques une fois capables de nous protéger. Nous aurons alors tout le temps de nous entraîner à l’accumulation », rappela le jeune dragon chargé des inscriptions. « Et nous ne fournirons pas vos repas. Pendant votre apprentissage, vous devrez chasser des proies plus fortes ; dans ces conditions, les arts arcaniques élémentaires ne servent absolument à rien aux dragons. »
Garen hocha la tête pour montrer qu’il avait compris.
« J’ai compris. »
« Non… Tu n’as pas compris. » Le jeune dragon secoua la tête. Son long cou fin, pareil à celui d’un serpent, lui donnait la beauté d’un cygne blanc. C’était clairement une dragonne.
« Même si nous appartenons à la race draconique et possédons une immense puissance spirituelle, cela ne signifie pas que nous pouvons progresser rapidement. Comme les humains, il nous faut au moins une dizaine d’années pour atteindre le niveau quatre, et encore, à condition d’être doués. Sans talent, il nous en faudra au moins soixante ou soixante-dix. Quant aux arts arcaniques de niveau quatre, ils ne font que légèrement blesser les dragons adultes. C’est très faible ! » insista-t-elle.
« J’ai compris. » Garen le savait déjà. « C’est pour ça que je me suis aussi inscrit au cours de combat. »
Stupéfaite, la jeune dragonne observa Garen attentivement.
« Très bien. Puisque tu as déjà pris ta décision… » En quelques traits de plume, elle inscrivit le nom de Garen sur le papier. Pas Safive, mais Garen.
Depuis qu’il avait quitté Cocoreila, Garen avait repris son nom d’origine.
« Nous organisons régulièrement des sélections pour vous envoyer vous entraîner dans différents environnements au combat réel. Si tu meurs, ne viens pas dire que je ne t’avais pas prévenu », dit la jeune dragonne d’un ton grave.
Garen sourit.
« Puis-je connaître votre nom ? » C’était la première fois qu’il rencontrait quelqu’un d’aussi bienveillant au sein de la race des dragons blancs.