Chapitre 1 227
Dans un petit port sans nom, quelque part à Slann.
Vêtu d’un coupe-vent noir, Yuria sauta avec légèreté dans un petit bateau noir qui tanguait sans cesse à la surface de la mer. Il contempla la femme en noir qui se tenait devant lui, le visage grave.
« Qui êtes-vous, au juste ? Pourquoi m’avoir fait venir ici ? »
Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis qu’il avait sauvé le Lecteur d’esprit, et ils n’avaient cessé de fuir depuis. Lorsqu’il s’était rendu compte que ce dernier avait perdu son pouvoir de lire dans les pensées, il avait décidé d’aller jusqu’au bout de ce geste de bonté. Il s’était donné beaucoup de mal pour faire sortir le Lecteur d’esprit de Slann, mais juste avant leur départ, il avait reçu un mystérieux message lui demandant d’attendre quelqu’un dans ce petit port, à cette heure précise. On voulait lui annoncer quelque chose d’extrêmement important, disait le message.
Il ne fut pas surpris de voir que celle qui l’avait convié était une femme vêtue de noir. Un voile lui cachait le visage, l’empêchant de distinguer ses traits, mais Yuria trouvait sa silhouette et sa posture vaguement familières.
« Tu l’as probablement remarqué, n’est-ce pas ? » La femme se tenait seule sur un petit yacht délabré. Rien n’indiquait que quelqu’un d’autre se trouvait à bord. Une faible lueur rougeâtre brillait à la jonction du ciel et de la mer : les derniers rayons d’un soleil réticent, qui avait entièrement sombré sous l’horizon.
La brise marine agitait sans relâche les cheveux et les vêtements du duo, les faisant doucement claquer au vent.
« Remarqué quoi ? » Yuria était perplexe, mais son instinct lui soufflait déjà de quoi il retournait.
La femme rit. « Tu n’es pas stupide. Il se passe toutes sortes de choses juste sous ton nez, et pourtant tu fais semblant de ne pas les voir. Ou plutôt, tu détournes simplement le regard », dit-elle calmement. « Je m’appelle Perruche. Tu peux m’appeler ainsi. »
« Perruche ? » Yuria fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu essaies de me dire ? C’est aussi toi qui m’as envoyé ces messages tout à l’heure, pas vrai ? »
« Oui… C’était moi. » Perruche acquiesça légèrement. Elle tendit la main et repoussa quelques mèches de ses cheveux noirs. « Tu veux connaître la vérité ? Alors, viens avec moi. »
Elle se retourna et pénétra à l’intérieur du bateau, puis abaissa les rideaux afin de lui cacher la cabine.
Yuria hésita. À vrai dire, il savait déjà avec certitude qui elle était. C’était la mystérieuse jeune fille qui l’avait sauvé autrefois, celle qui apparaissait puis disparaissait tout aussi soudainement.
*Si elle avait voulu me tuer, elle avait déjà eu d’innombrables occasions de le faire. Inutile de s’y mettre maintenant…*
Il se ressaisit et monta à bord, se baissa pour passer sous les rideaux et entra.
À peine eut-il franchi le seuil qu’un corps doux et chaud se jeta dans ses bras. C’était Perruche. Elle ne portait pas le moindre vêtement et sa main se dirigeait avec adresse vers son entrejambe.
Ils roulèrent tous deux sur le lit déjà préparé à l’intérieur.
L’eau de mer montait puis se retirait, encore et encore.
Garen regarda Tueur, qui avait sombré au fond de l’océan. Son visage ne trahissait rien ; il n’éprouvait ni la joie de la victoire ni la pitié qui aurait dû l’accompagner.
Il avait cru que Tueur était le grand méchant ultime, et Tueur était effectivement le plus puissant adversaire de l’intrigue. Pourtant, Garen avait découvert ici plusieurs éléments troublants qui remettaient cette théorie en question.
« S’il était contrôlé, alors qui tire réellement les ficelles ? »
Garen observa ses Anneaux spirituels. Le troisième était achevé et le quatrième à moitié formé. Pourtant, ce qu’il avait tiré de plus précieux n’était pas ces anneaux, mais le flot presque infini de connaissances et d’expérience en arts martiaux et dans l’art de tuer qui s’était déversé en lui au moment où la Graine d’âme de Tueur s’était désagrégée. S’il parvenait à tirer un effet si écrasant d’un seul Anneau spirituel, ce n’était pas seulement parce que son propre Royaume était suffisamment élevé ; c’était surtout parce que sa connaissance des lois de ce monde et de cet univers dépassait de très loin celle de Garen.
Comparé à un étranger comme Garen, Tueur était un être puissant, né et élevé dans ce monde. Il était donc naturel que sa compréhension des lois de ce monde dépasse de loin tout ce qu’un étranger pouvait imiter.
Maintenant qu’il disposait de cette expérience et de cette inspiration, Garen remarqua enfin que son taux d’utilisation de la puissance, surtout celui de ses Anneaux spirituels, était passé d’environ la moitié à près de quatre-vingts pour cent. Autrement dit, sa puissance avait plus que doublé, non !?
« Tueur était si surpuissant, et quelqu’un était quand même capable de le contrôler… Ce qui se trame derrière lui est sacrément mystérieux… » Garen sentit son cœur s’alourdir quelque peu. Vous lisez sur novelping dot com, la source officielle.
Il sortit son appareil de communication du Phare. À présent, rien ne le retenait plus ici.
Il activa l’appareil d’une tape et, dès qu’il l’ouvrit, reçut une avalanche de messages de Renard à neuf queues et des autres.
« Où es-tu ? Garen ! Si tu as besoin d’aide, dis-le-moi ! » Le message de Renard à neuf queues était des plus sincères.
« Alors, t’es mort ? Si c’est pas le cas, fais-moi signe ! » Kong Xinxue semblait froide et distante, mais une pointe d’inquiétude perçait dans son message.
Il y avait aussi les messages de son téléphone, transférés sur l’appareil de communication.
« Ministre, le côté est est plus sûr, et l’équipe de recherche ne devrait pas fouiller activement dans les environs. Je t’attendrai au petit port vert ; viens si tu as besoin d’aide ou de soutien. » Yuria lui avait envoyé un message.
« C’est vraiment une bande de minables ! Ils osent te barrer la route, Ministre ? Ils cherchent la mort ! Hahaha ! N’oublie pas de m’appeler si tu as de nouvelles missions ! » Butcher était toujours aussi impétueux.
« Désolé, Ministre. Nous n’avons rien pu faire quand tu avais besoin de nous. » Le message du Scorpion à deux queues.
Une longue liste de messages du même genre suivait.
Garen les lut tous, un par un, puis répondit à quelques personnes, notamment à Renard à neuf queues et à Yuria.
Ensuite, il alluma le projecteur de l’appareil de communication.
Fff.
Un écran transparent en trois dimensions se projeta aussitôt sur la plage de sable devant lui. Plusieurs options y étaient clairement affichées, dont celle permettant de quitter ce monde. Il y avait aussi des forums, des communications intermondes, des transferts d’objets et ainsi de suite.
Garen tendit la main vers l’option « Quitter le monde » et découvrit qu’elle nécessitait un certain nombre de points de contribution.
Bip, bip. L’appareil de communication sonna soudain de nouveau. Cette fois, c’était Yuria.
« Ministre, je crois avoir découvert où se trouve l’Illusionniste. »
Garen suspendit légèrement son geste.
« L’Illusionniste… » Yuria était son disciple et avait appris directement de Garen bon nombre de ses techniques. En un sens, leur lien était bien plus fort qu’on aurait pu le croire. Yuria, qui respectait profondément ses maîtres, voyait en Garen à la fois un professeur et un grand frère. S’il avait des secrets qu’il ne révélerait à personne d’autre, il ne les cacherait tout de même pas à Garen.
C’était précisément pour cette raison que Garen voyait vaguement en Yuria une sorte d’héritage, la trace qu’il laisserait dans ce monde. Il le traitait comme un descendant et n’avait jamais songé à absorber son pouvoir de Pilier.
« Où es-tu en ce moment ? » répondit-il sans détour.
La réponse arriva rapidement.
« Dans un petit port. Je t’envoie les coordonnées. Maître, cette fois, je vais vraiment avoir besoin que tu t’en charges personnellement. La situation est extrêmement grave et très compliquée. » Les paroles de Yuria étaient particulièrement solennelles.
Garen y réfléchit. Yuria était un homme très honnête et ne disait jamais rien sans en être sûr. Si la situation était mauvaise selon lui, elle devait être extrêmement mauvaise.
Maintenant qu’il avait absorbé Tueur, ce monde ne représentait plus aucune menace pour lui. Avec son niveau actuel d’Énergie spirituelle, même s’il était projeté au cœur d’une explosion nucléaire, son corps serait tout au plus détruit. Ses Anneaux spirituels et sa Volonté spirituelle pourraient facilement trouver un autre corps et renaître, sans en être affectés. La source de ce chapitre est novelping . com.
Dans ce cas, autant aider son disciple une dernière fois avant de partir. Et s’il pouvait également trouver l’Illusionniste, tant mieux : un Anneau spirituel de plus ne ferait jamais de mal. De plus, au fond de lui, Garen pressentait que l’Illusionniste pouvait fort bien être le cerveau derrière Tueur. L’Illusionniste ne s’était jamais montré et personne ne connaissait sa véritable identité. En même temps, il était le seul à avoir pu contrôler Tueur, l’un des Quatre Grands Piliers, dont la puissance était terrifiante.
Après tout, au vu de la puissance de combat dont Tueur avait fait preuve tout à l’heure, Garen avait beau chercher, il ne parvenait tout simplement pas à imaginer qui d’autre aurait pu le contrôler mentalement.
« Je règle cette dernière affaire, puis je partirai. » Garen rangea son appareil de communication et s’avança légèrement sur la mer. Ses jambes tracèrent rapidement une longue ligne blanche à la surface de l’océan, comme s’il marchait sur la terre ferme, et il partit au loin à une vitesse supérieure à celle d’un yacht lancé à pleine allure.
Yuria serra doucement Perruche contre lui, mais sa main parcourait lentement son corps. Ce n’était pas par désir, mais parce qu’il voulait sentir les nombreuses cicatrices qui le parsemaient. Elles formaient un épais réseau, semblable à une nuée de mille-pattes, d’une laideur presque irréelle.
Mais le talent supérieur de Perruche dans ce domaine lui avait procuré une euphorie intense, comparable à celle d’une drogue. Cela avait suffi à le rendre accro.
« Elles sont vraiment affreuses, hein ? »
Perruche était étendue nue dans les bras de Yuria.
Tous deux s’enlaçaient dans la cabine tandis que le bateau glissait lentement au loin, s’éloignant toujours davantage sur la surface calme de l’océan.
« Non, ça n’a aucune importance », répondit Yuria avec sincérité. « Tout ce que tu viens de me dire est vrai ? »
« Je n’ai aucune raison de te mentir », répondit calmement Perruche. « Si j’ai osé venir te retrouver ici, c’est parce que Tueur est mort. »
« !!! » Yuria resta sidéré. « C’est impossible !! » Il avait vu de ses propres yeux à quel point Tueur était terriblement puissant. Les armées des trois pays l’avaient encerclé et les plus grands combattants s’étaient joints à l’affrontement, mais ils n’avaient même pas réussi à le blesser grièvement, encore moins à le tuer.
« Rien d’impossible à cela. » Un doux sourire de soulagement éclaira les jolis traits de Perruche. « Tueur et moi partageons la vue. Alors, quand il est mort, j’ai été la première à le savoir. »
Yuria marqua une pause.
« Le Partage de la vue ? » Il était un peu perplexe quant à la véritable nature du lien entre cette mystérieuse jeune fille, Perruche, et Tueur.
Perruche ne répondit pas tout de suite. Elle enfouit plutôt la tête contre la poitrine de Yuria et savoura sa chaleur, comme un chat. Son propre corps était si froid qu’il n’avait presque aucune chaleur.
« Tu… ? » Dès que Yuria prit la parole, elle posa doucement un doigt sur ses lèvres.
« Tu savais ? » Perruche ouvrit grand les yeux et leva le regard vers ceux de Yuria.
« Je ne suis pas aussi pure que tu le crois… »
Yuria ne dit rien et la regarda, perplexe. Il aimait cette jeune fille. Elle avait beau être mystérieuse et il avait beau en savoir bien trop peu sur elle, il l’aimait quand même. Et elle l’avait déjà sauvé. C’était bien suffisant.
« Je… suis l’instrument dont Tueur se servait pour se libérer », dit Perruche en souriant. « Tu comprends ? Se libérer. »
Elle bougea légèrement le corps.
« Comme ça. »
Aussitôt, elle enveloppa entièrement une partie du corps de Yuria avec le sien. Ils s’unirent à nouveau, profondément.
« Pourquoi… ! » Aussi généreux qu’un homme puisse être, il ne pouvait accepter que la fille qu’il aimait ait en réalité appartenu à un autre homme…
Yuria ne fit pas exception. Il eut aussitôt l’impression que la jeune fille devant lui lui était devenue étrangère et ne lui appartenait plus. Cette sensation d’innocence brisée, mêlée à l’extase qui montait de son bas-ventre, le plongea dans des sentiments extrêmement complexes et contradictoires.