Chapitre 1 226
Le Tueur apparut rapidement dans les airs, au-dessus de Garen, et tenta de lui arracher les yeux de ses doigts acérés.
« C’est fini. »
Son expression était impassible.
Ses doigts s’abattirent comme des couteaux.
La force et la vitesse de cette attaque suffisaient à faire exploser instantanément les yeux de Garen et même à lui fracasser le crâne dans le même mouvement.
Clac !
Soudain, Garen lui saisit fermement la main. Le doigt du Tueur s’immobilisa à un cheveu de son visage, incapable d’avancer ne serait-ce que d’un millimètre.
La violence de l’impact les précipita tous deux vers le fond, les entraînant dans l’océan sans fond.
Le sang s’écoula lentement de la poitrine de Garen et se répandit dans l’eau rougeâtre, tandis qu’une douleur sourde l’envahissait. Son expression, jusque-là calme, devint enfin grave.
« Ça fait combien d’années… que je n’ai pas été blessé ? »
Son murmure résonna dans les tympans du Tueur.
À cet instant, une vague glaciale de menace intense le submergea brusquement.
Sans réfléchir, il recula aussitôt, bien que ses capacités physiques moyennes eussent doublé. Il n’hésita pas une seconde.
Clac !
Malgré tout, Garen lui avait déjà fermement saisi les bras. En baissant les yeux, il aperçut le sourire inquiétant de Garen. Un mauvais pressentiment lui traversa l’esprit.
« Adieu », souffla Garen.
À cet instant, une vague d’Énergie spirituelle d’une ampleur inouïe jaillit du corps de Garen. Cette énergie invisible forma aussitôt une sphère gigantesque qui les enveloppa tous les deux.
Il ne s’agissait que d’un affrontement entre Anneaux spirituels, mais ceux-ci ne pouvaient véritablement entrer en collision qu’au contact de leurs membres, leurs corps faisant office de vecteur. Les deux Anneaux spirituels de Garen se ruèrent furieusement sur l’unique Anneau spirituel du Tueur.
Le choc entre les trois fut comparable à la collision de trois sphères. De grandes gerbes de sang jaillirent des yeux, des oreilles, du nez et de la bouche du Tueur, rougissant toute l’eau de mer autour de lui.
« Toi… ! » Il fixa Garen, incrédule. Il ne lui était jamais venu à l’esprit que Garen possédât deux Anneaux spirituels. L’un d’eux portait même encore une trace de l’aura du Lecteur d’esprit.
Il comprit enfin pourquoi Garen avait accepté de l’affronter en duel, et pourquoi il avait choisi de livrer bataille dans ces eaux inexplorées et sans propriétaire. Il avait proposé que le perdant obéisse au vainqueur, se servant de cette condition comme d’un appât ; tout cela n’était qu’un stratagème destiné à tromper les autres. Son véritable objectif était d’absorber l’Anneau spirituel du Tueur !
Pour ce qui était de l’extraction des Anneaux spirituels, il avait déjà atteint le sommet absolu. Même ceux qui étaient parvenus au niveau du Seigneur démon à un Anneau ne pouvaient guère faire mieux une fois arrivés là. Il n’y avait qu’un moyen de le savoir : les affronter soi-même.
Mais Garen avait saisi l’occasion et profité du contact de leurs corps pour déclencher un affrontement entre leurs Anneaux spirituels. Ce n’était plus une épreuve de maîtrise de la puissance. C’était comme dans un combat ordinaire : dès que deux combattants s’empoignaient au corps à corps, les techniques telles que donner des coups ou esquiver devenaient inutiles. Tout se jouait directement à l’endurance et à la force.
« Cette fois, c’est vraiment la fin. » Un sourire inquiétant se dessina sur le visage de Garen.
« Non !!! » Les yeux du Tueur brillèrent d’une lueur rouge éclatante. « Personne ne peut me vaincre ! Personne !!! »
C’était la première fois qu’il perdait son sang-froid. Il poussa un hurlement, tandis que les muscles de son corps se tordaient et ondulaient frénétiquement. De mystérieux symboles et des mots apparurent à la surface de sa peau, se répandant depuis le trou noir de sa poitrine pour parcourir tout son corps comme une multitude de têtards noirs.
« Qu’est-ce que… ?! » Garen sentit aussitôt que quelque chose clochait. Il relâcha rapidement sa prise et tenta de battre en retraite.
« Au-dessus des nuages ! Champ de foudre ! Jade du vent !!! » rugit le Tueur avec une férocité démente.
De nombreux arcs électriques blancs à haute tension apparurent soudain tout autour de lui. La plupart s’entrelacèrent pour former un filet électrique blanc qui emprisonna Garen.
Un torrent d’eau de mer se rassembla dans les mains du Tueur, puis se comprima et se condensa jusqu’à devenir un arc et une flèche blancs gigantesques, hauts comme deux hommes et épais de plus d’un mètre.
Une immense flèche de cristal de glace, crépitant d’électricité blanche, visa droit sur Garen, qui reculait à toute vitesse.
Boum, boum…
Au loin, dans le ciel, le tonnerre gronda pour de bon.
Baroumm !!!
Un pilier de foudre de plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur tomba du ciel et rétrécit aussitôt. Il vint frapper la pointe de la flèche encochée, se changeant en une boule de lumière blanche aveuglante.
« Tu veux m’entraîner dans ta chute ?! » Le cuir chevelu de Garen s’engourdit. Même lui ne pouvait encaisser une telle puissance dans cet univers, et il en allait évidemment de même pour le Tueur, dont le corps était du même type que le sien ! Avait-il donc envie de mourir ?!
« T’entraîner dans ma chute ? » La lueur rouge des yeux du Tueur s’intensifiait de seconde en seconde. Sa voix, étrangement aiguë et androgyne, semblait avoir changé avec sa mutation. « Non. Je me réincarnerai. Toi, en revanche, tu sombreras dans les profondeurs de cet abîme océanique sans fond et deviendras l’engrais de ce monde entier… »
Garen sentait déjà sa température corporelle grimper rapidement. De la fumée blanche s’élevait de sa peau, malgré l’eau qui l’entourait.
Mais Garen n’était pas un faible, lui non plus. Il avait vécu d’innombrables combats à la vie à la mort. La panique qui l’avait saisi plus tôt s’évanouit aussitôt. S’il ne se battait pas de toutes ses forces à présent, il n’en aurait certainement plus jamais l’occasion.
Sa sphère d’Énergie spirituelle avait désormais entièrement scellé le Tueur, qui invoquait directement une explosion de foudre. Celui-ci ne pouvait certes pas briser le sceau d’Énergie spirituelle, mais il pouvait encore entraîner Garen dans la mort avant que la sphère n’en finisse avec lui !
« Eh bien, voyons qui mourra le premier, toi ou moi !! » La férocité s’empara de Garen. Il se servit de ses paumes comme de lames et traça brusquement un cercle à côté de lui.
« Épée céleste, étoiles des quatre directions !!! » Toute la force de son corps afflua dans ses paumes tranchantes. Il bondit avec violence, puis fondit sur le Tueur en retombant. Toute l’immense Énergie spirituelle entra en résonance dans le même temps.
L’eau de mer infinie qui se trouvait devant lui se fendit comme sous le coup d’un couteau gigantesque, créant un vaste vide qui les isola complètement. Les deux sabres de Garen soulevèrent un immense torrent de vagues et d’eau de mer, qui prit la forme d’un paon poussant un cri perçant. L’oiseau plongea furieusement, tel un rapace fondant sur sa proie.
Le Tueur leva son arc et rassembla son Énergie spirituelle avec la foudre. La lueur rouge de ses yeux étincelait comme le soleil. La pointe de la flèche absorbait frénétiquement les courants d’eau blancs alentour, comme si des milliers de fils blancs s’y rassemblaient.
Des craquelures sanglantes apparurent sur les muscles de tout son corps. Ses fibres musculaires se rompirent l’une après l’autre, comme des câbles d’acier incapables de résister à la pression.
Soudain, il détendit le bras et l’arc gigantesque, avec sa flèche blanche, disparut. L’arc se désagrégea et se brisa, tandis que la flèche s’évanouissait sur place pour foncer sur Garen à une vitesse et avec une puissance inimaginables.
Baroumm !!!!!!
Tout l’océan bleu fut secoué, puis une forme circulaire bleue, faite de foudre, apparut à la surface de l’eau. En à peine deux secondes, toute l’eau de mer qui s’étendait sur plusieurs centaines de mètres autour de la décharge s’évapora, laissant paraître un gouffre noir béant à la surface de l’océan.
Étrangement, l’eau alentour ne s’y déversa pas. Elle se transforma directement en glace.
La tempête de foudre et la couche de glace s’étendirent le long des parois d’eau, engagées dans une lutte acharnée. D’un côté, tout était gelé ; de l’autre, tout était foudre.
Le blanc et le bleu s’affrontèrent à forces égales, se divisant et se repoussant.
Boum !!!
Une vapeur blanche sans fin jaillit du trou noir et s’élança dans les airs. La vapeur forma une colonne blanche qui monta droit vers le ciel.
L’immense colonne de courants d’air se précipita furieusement vers le ciel et se mua en une multitude de nuages blancs. Ceux-ci s’épaissirent au fil du temps, tandis que le ciel s’assombrissait. Le ciel au-dessus de l’océan, jusque-là limpide et ensoleillé, commença peu à peu à s’obscurcir.
Crac !
Un éclair zébra le ciel et illumina l’océan qui s’assombrissait peu à peu.
Fouuu…
Une pluie soudaine et torrentielle s’abattit.
La colonne de courants d’air blancs se rétracta peu à peu, s’amincissant et s’allongeant. Sa couleur blanche vira lentement au gris, jusqu’à ce qu’elle devienne une trombe marine. La gigantesque tornade reliait le ciel à la mer, tel un entonnoir gris-noir.
La pluie battante, balayée par l’ouragan, ne tombait plus droit : elle formait dans les airs une multitude de lignes obliques et désordonnées.
Sur une île déserte des environs.
Sur une plage jaune, Garen et le Tueur étaient étendus sur le dos, là où le sable rejoignait la mer, vidés de toutes leurs forces.
Leurs corps étaient couverts de plaies livides. Les deux bras de Garen étaient brisés, sa poitrine enfoncée, et on lui avait arraché une oreille.
Le Tueur, lui, avait repris sa forme initiale. Il avait les deux jambes brisées, un bras entièrement arraché et un œil crevé.
Le combat s’était soldé par un match nul, les deux adversaires ayant été blessés. Aucun d’eux ne s’était attendu à ce résultat.
Étendus sur le dos, sur la plage, ils n’avaient plus la moindre force en réserve.
« Ha… Ha ha… J’ai fini par gagner, après tout… » Garen se força à sourire. Ses blessures graves lui avaient fait perdre beaucoup de sang et, outre les blessures extérieures, il avait également subi de lourds dégâts internes. Il avait aussi une commotion cérébrale, ce qui expliquait pourquoi ses sens étaient encore embrumés.
« Tu… as gagné ? » Le Tueur sourit avec difficulté. « Ou tu crois avoir gagné ? »
« Toute ton Énergie spirituelle finira par m’appartenir. » Garen haletait lourdement. Il commença à se retourner, puis rampa lentement en direction du Tueur.
Il ne se rappelait plus depuis combien de temps il n’avait pas été blessé ainsi. Mais cela montrait bien à quel point l’Anneau spirituel du Tueur était de qualité supérieure : il dépassait de loin ceux des trois autres Quatre Grands Piliers.
Les capacités physiques du Tueur n’avaient été augmentées que temporairement, contrairement à celles de Garen, qui était déjà aussi puissant d’ordinaire. La différence était là. Le Tueur était désormais presque incapable de bouger et ne pouvait que regarder Garen s’approcher lentement.
En voyant Garen ramper vers lui, la lueur rouge dans les yeux du Tueur s’éteignit peu à peu, et son regard perdit progressivement son éclat, retrouvant son apparence initiale, semblable à celle d’un homme ordinaire.
Après la disparition de la lueur rouge, la confusion et l’égarement traversèrent les yeux du Tueur.
« Je crois… que je me souviens de quelque chose… quelque chose que j’avais oublié autrefois. »
Il marmonna d’un air absent.
Garen se traîna jusqu’à lui, centimètre après centimètre. La distance qui les séparait était celle de la mort.
Pourtant, étrangement, le Tueur n’avait pas peur. Après que la lueur rouge eut disparu de ses yeux, il sembla avoir oublié la peur et continua plutôt à fouiller dans ses souvenirs, de plus en plus perdu à mesure qu’il avançait.
« J’ai oublié… quelque chose de très important, je crois… De très important… » Son esprit était complètement vide, mais des souvenirs familiers et pourtant étrangers commençaient à y refaire surface.
Garen finit par le rejoindre, tendit lentement la main et la posa sur son front.
« C’est fini. » Il poussa un long soupir.
« C’est vrai… C’est fini », répondit mystérieusement le Tueur. Son regard s’était soudain éclairci, sans la moindre trace de lueur rouge. « Je me souviens, maintenant… »
Sans qu’il s’en aperçoive, ses yeux commencèrent à s’embuèrent lentement.
« Il y a très, très longtemps… je n’étais pas comme ça. »
Garen contempla ses yeux clairs et marqua une légère pause. Il semblait avoir compris quelque chose, lui aussi.
Le Tueur n’avait jamais été un Tueur. Quelqu’un le contrôlait. La lueur rouge qui avait brillé dans ses yeux était à l’origine de cette emprise ; à présent qu’il était au seuil de la mort, il pouvait enfin s’en libérer et redevenir celui qu’il avait été.
Pas étonnant que Garen eût senti deux types d’énergie différents dans son Énergie spirituelle, lors de leur affrontement.
Depuis le début, Garen sentait que quelque chose clochait chez le Tueur.
« Je n’ai pas de vie future et je n’ai presque aucun attachement. » Le regard du Tueur était étrangement paisible. Il semblait ne même pas voir la main de Garen suspendue au-dessus de lui.
Garen resta silencieux un instant. Puis sa main s’abattit brusquement.
Pff.