Chapitre 1 215
Sans se soucier du massacre qui se poursuivait, les sous-marins de combat s’éloignèrent. Cela ne concernait désormais plus Garen. Il devait à présent mettre le Lecteur d’esprit en lieu sûr pour pouvoir s’en servir.
« … » Garen trouva cette déclaration étrange, mais peu importait. Il avait atteint son objectif.
La voiture dans laquelle il se trouvait prit la direction de l’aéroport de la Capitale de l’Océan.
Par la fenêtre, il vit des foules de gens se rassembler pour découvrir ce qui se passait. Ils semblaient inconscients du danger, persuadés qu’il était loin et ne prenant aucune précaution. Ils étaient venus assister au spectacle et la foule était si dense qu’on n’en voyait pas la fin. Leurs conversations lui emplissaient les oreilles.
« Ils n’ont vraiment pas peur de mourir », soupira Garen.
« Les habitants de la Capitale de l’Océan vivent en paix depuis trop longtemps. Et comme c’est l’une des villes les plus importantes de Slann, ils ne s’imaginent pas qu’un danger puisse les menacer », commenta le chauffeur avec un sourire. « Qui aurait cru qu’un massacre aurait lieu à moins d’un kilomètre d’ici ? »
Tout en parlant, le chauffeur jeta un regard respectueux à Garen dans le rétroviseur. Grâce à lui, la réputation de Slann avait gagné en prestige à l’international ces dernières années.
La politique nationale de Slann était axée sur la défense. Le pays ne réagissait pas aux provocations des autres, mais depuis l’apparition d’un Maître de l’épée, il pouvait compter sur un soutien militaire dans les situations qui le justifiaient, et Vulture pouvait se montrer plus audacieuse.
Presque chaque opération impliquant le Maître de l’épée se soldait par une lourde défaite de l’ennemi. Le taux de réussite des missions dépassait les quatre-vingts pour cent. En à peine un an, sa réputation impitoyable s’était répandue partout.
Garen secoua la tête et n’ajouta rien. Le Lecteur d’esprit gisait inconscient à côté de lui.
Il tourna la tête vers la fenêtre. La voiture avançait à une allure régulière dans les rues. Bien que les trottoirs fussent bondés des deux côtés, personne ne débordait sur la chaussée : chacun faisait preuve d’un civisme exemplaire.
Alors que la voiture poursuivait sa route et s’apprêtait à quitter cette rue noire de monde, Garen aperçut le restaurant où il avait mangé plus tôt. À l’entrée, une dizaine de policiers interrogeaient un groupe de jeunes, parmi lesquels se trouvaient Cammy Ning et ses deux amies.
Encore sous le choc et le cœur battant, les trois filles racontaient aux policiers ce qui s’était passé.
Le chauffeur remarqua le regard de Garen et suivit sa ligne de mire.
« Monsieur, faut-il prendre des dispositions ? »
Garen ne répondit pas.
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« Je ne sais vraiment rien ! protesta Cammy Ning. S’il vous plaît, laissez-nous partir. Nous devons aller en cours. Nous sommes étudiantes à l’université de l’Océan ! » Elle tenta de convaincre le policier de les laisser repartir tout de suite.
Personne ne voulait se retrouver mêlé à une affaire aussi pénible. Ce genre d’incident n’apportait que des ennuis : interrogatoires interminables, harcèlement des médias et demandes incessantes d’interviews. Leurs études étaient perturbées, ses projets personnels aussi ; elle n’avait même pas eu le temps de se remettre de la peur qui lui avait fait mouiller sa culotte qu’elle était déjà épuisée par ces interrogatoires où on la jugeait sans cesse.
Cammy Ning voulait vraiment rentrer se reposer. Elle n’était pas la seule : ses deux meilleures amies étaient tout aussi épuisées et terrifiées par les interrogatoires incessants des policiers. Elles ne pourraient pas partir tant qu’elles n’auraient pas été disculpées de tout soupçon de sollicitation et de complot.
« … Très bien. Prévenez votre famille et vos amis de venir. Nous avons quelques points à vérifier. »
Au beau milieu de l’interrogatoire, seule cette dernière phrase parvint à retenir l’attention de Cammy Ning.
Prévenir sa famille et ses amis !?
En entendant cela, Cammy Ning et ses amies se figèrent.
À ce stade, quelle différence y avait-il entre elles et des délinquants à qui l’on demandait d’appeler leurs proches pour qu’ils viennent les tirer d’affaire ?
Si l’histoire se répandait à l’université, même en tant que victimes, elles seraient en proie aux rumeurs. Et, à force de ragots, on finirait peut-être par les prendre pour des suspectes ; une mention pourrait même apparaître dans son dossier.
« Vous ne pourriez pas faire une exception ? » Cammy Ning, au bord des larmes, n’avait pas fini sa demande que le policier l’interrompit.
« Je suis désolé. Comme votre implication touche à la sécurité nationale, vous ne pouvez pas quitter la surveillance de la police avant d’avoir été blanchies de tout soupçon. » Le policier avait l’air navré. « Mais ne vous inquiétez pas. Dès que nous aurons confirmé que vous n’y êtes pour rien, nous… »
Cammy Ning et ses amies n’arrivaient pas à écouter la suite. Leurs oreilles bourdonnaient, tout était flou, et elles ne ressentaient qu’un froid glacial au fond d’elles.
Une seule pensée leur traversa l’esprit : elles étaient fichues.
C’est alors qu’un supérieur de la police, vêtu de noir, s’approcha. Il dévisagea les trois filles de la tête aux pieds, fronça légèrement les sourcils et prit la parole à contrecœur.
« Très bien, laissez-les partir. »
Le policier resta interdit, tandis que les trois filles se demandaient si elles avaient bien entendu. Elles fixèrent le supérieur avec stupeur.
« Je ne le répéterai pas », lâcha froidement le supérieur, le visage impassible. Il dévisagea une nouvelle fois les trois filles, puis s’éloigna à grands pas, les mains croisées dans le dos.
Le policier chargé de l’enquête, perplexe, obéit néanmoins et entreprit les formalités de libération.
Cammy Ning ne comprenait rien à ce brusque revirement.
« Vite, regarde là-bas ! » Le cri soudain de son amie la ramena à elle. Elle regarda dans la direction qu’indiquait sa meilleure amie et aperçut une élégante berline noire qui s’éloignait lentement.
La vitre était à moitié baissée. Un homme assis à l’intérieur lui souriait et lui faisait un signe d’adieu.
« C’est Kong Xiaofei !? » Cammy Ning fixa l’homme dans la voiture, abasourdie par les aléas de la vie. Elle l’avait d’abord pris pour un jeune vagabond sans emploi ; à présent, il se révélait être quelqu’un d’important, un haut fonctionnaire.
Les trois filles gardèrent le silence. Cammy se sentit soudain abattue, mais ses deux amies, elles, étaient ravies.
« Vous avez vu ça ? Ce Kong Xiaofei est un sacré personnage ! »
« Au début, on croyait qu’il était… Ces gens importants aiment bien faire semblant d’être faibles ? Il faut vraiment qu’ils effraient tout le monde ? »
« Je crois qu’il a un faible pour Cammy. Après tout, ils étaient au lycée ensemble, alors peut-être que… »
Ses deux meilleures amies se mirent à discuter avec enthousiasme. Elles oublièrent leur abattement et leur inquiétude d’un peu plus tôt et se lancèrent dans des conjectures sur l’identité et les origines de Garen.
La berline disparut rapidement au loin. Cammy Ning la regarda s’éloigner sans un mot. Elle éprouvait une sensation étrange, impossible à décrire, comme si la vie n’était qu’un rêve — un rêve singulier et absurde.
« Ah là là ! » s’exclama soudain l’une de ses amies.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« On a oublié de demander son numéro à Kong Xiaofei ! »
Cammy Ning trouva soudain que ses deux meilleures amies avaient des goûts douteux, mais elle ne put s’empêcher d’éprouver un brin de regret.
De loin, elle fixa l’immatriculation extravagante à l’arrière de la berline.
« Peut-être qu’on ne se reverra jamais », se dit-elle soudain.
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Au quartier général de Vulture.
Dans une pièce secrète spécialement isolée.
Après avoir jeté le Lecteur d’esprit dans la pièce secrète, Garen y entra à son tour et commença à se déshabiller.
« Pourquoi est-ce que je me sens si bizarre ? » Il sentit un frisson lui parcourir le dos.
Il se retourna et vit sa secrétaire, le Scorpion à deux queues, qui le regardait d’un air étrange.
« Je… Je n’ai rien vu ! » Le Scorpion à deux queues détourna aussitôt la tête et marmonna dans sa barbe.
« … » Garen prit un air sombre.
Il réfléchit un instant.
« Apporte la glacière à basse température. »
« Compris. » Le Scorpion à deux queues sortit aussitôt donner ses ordres à ses subordonnés.
On apporta la glacière à basse température et on la brancha. Garen démonta en même temps la caméra de surveillance de la pièce secrète.
La lourde porte métallique de la pièce secrète se referma. Garen ôta son haut et regarda le Lecteur d’esprit, toujours inconscient sur le sol.
« Anneau spirituel… » L’énergie spirituelle afflua dans ses yeux, et il distingua clairement la structure tournoyante de l’Anneau spirituel du Lecteur d’esprit.
C’était une structure complète d’Anneau spirituel, composée de cinq Graines d’âme ! Elle était de loin supérieure à son propre Anneau spirituel.
« Quelle chance enviable. J’ai lutté si longtemps pour n’obtenir que quatre Graines d’âme, tandis que les Quatre Grands Piliers possèdent naturellement un Anneau spirituel à cinq Graines d’âme ! » Garen secoua la tête.
Après un examen attentif, il comprit que l’Anneau spirituel du Lecteur d’esprit ne lui obéissait pas. La quantité d’énergie spirituelle qu’il émettait était infime. L’Anneau spirituel à cinq Graines d’âme du Lecteur d’esprit était, à bien des égards, une structure naturelle. La nature de son énergie spirituelle ne partageait pas la moindre caractéristique avec l’âme du Lecteur d’esprit.
« Autrement dit, les prétendus Quatre Grands Piliers étaient les réceptacles de l’Anneau spirituel. Ils sont comme des vases contenant une énergie spirituelle terrifiante, capable d’affecter une planète entière. La seule infime quantité d’énergie spirituelle émise naturellement par l’Anneau spirituel suffit à produire quantité de phénomènes extraordinaires. On comprend alors à quel point ce genre d’Anneau spirituel naturel peut être terrifiant. »
Garen parvint à une conclusion.
L’Anneau spirituel des Quatre Grands Piliers ne se maîtrisait pas aussi librement que le sien, mais il était bien plus puissant et terrifiant. Ses réserves d’énergie spirituelle étaient à elles seules cinq fois supérieures à celles de son Anneau spirituel. C’était un véritable monstre !
« Pas étonnant que les Quatre Grands Piliers soient au cœur de ce monde. Ils portent en eux le poids de quatre origines différentes de ce monde », déduisit rapidement Garen en élaborant le modèle le plus vraisemblable de leur fonctionnement.
« Alors, comment absorber cette énergie spirituelle ? » Une fois la situation comprise dans les grandes lignes, Garen se mit à chercher comment absorber l’énergie de l’Anneau spirituel du Lecteur d’esprit.
« Si je me contente d’absorber lentement l’énergie spirituelle qui s’en échappe, il me faudra plus de cent ans pour en venir à bout », analysa Garen avec difficulté. « Il y a plusieurs méthodes. La première consiste à stimuler l’Anneau spirituel pour qu’il libère une grande quantité d’énergie spirituelle que je pourrai absorber. Cette méthode comporte des risques. Si je n’évalue pas correctement la force nécessaire et que je le stimule trop, le Lecteur d’esprit pourrait mourir et renaître ailleurs, et je perdrais alors toute possibilité de l’absorber. »
Garen écarta rapidement cette méthode.
« Il y a donc une deuxième méthode : la contamination. » Il fit le tour du Lecteur d’esprit. « Mon énergie spirituelle porte les caractéristiques de la Mère Paon du Givre infernal et peut contaminer le Chaos froid. De plus, la Mère Paon du Givre infernal et le Dragon à neuf têtes ont en commun une capacité d’engloutissement. Jusqu’à un certain point, cette capacité pourrait altérer l’autre énergie spirituelle et la rapprocher de ses propres caractéristiques, tout en réduisant la difficulté liée à sa digestion et à son absorption. Cela pourrait prendre environ six mois. »