Chapitre 1 176
« Nous ? Qu’est-ce qu’on a, nous ? » Le Renard à neuf queues desserra les doigts autour de ses longues boucles, un sourire triomphant aux lèvres. « Tu veux te battre contre moi sans laisser sortir ta personnalité intérieure ? Ne vois pas trop grand. Allez, ne reste pas là comme une poule vaincue. Fais appel à ton joli petit esprit ; voyons si tu maîtrises la situation dans laquelle tu te trouves. »
« La situation qu’elle maîtrise ? Quelle situation ? Ah Xue a une sorte de pouvoir spécial ? »
« Tu ne le savais pas ? » Le Renard à neuf queues ouvrit de grands yeux. « Si Ah Xue a pu devenir chef de territoire, c’est parce que ses puissantes capacités de collecte d’informations lui permettent de réunir quantité de renseignements spéciaux auxquels les gens ordinaires n’ont pas accès. »
« Des renseignements spéciaux ? » Garen se piqua de curiosité.
« Bien sûr, le pouvoir spécial d’Ah Xue, c’est… Hum !! » La main de Kong Xinxue se referma de nouveau brutalement sur la bouche du Renard à neuf queues.
Garen secoua la tête, sans voix, et regarda les deux sœurs. Même si elles semblaient en désaccord, au fond, elles tenaient profondément l’une à l’autre et se souciaient l’une de l’autre.
« Si tu parles de protection, je pense qu’il vaudrait mieux ne pas y aller. Attends qu’on revienne de Zhaotong et on t’accompagnera », réfléchit-il. « Ne te laisse pas enfermer dans l’intrigue d’origine. Tu es maintenant une personne à part entière, tu n’es plus la Kong Xinxue d’origine. Chacun de tes gestes peut donc influer sur la situation. »
« C’est décidé. Attends notre retour, et on ira tous ensemble avec toi, d’accord ? » Le Renard à neuf queues prit aussitôt la décision.
« Comme tu veux ! » renifla Kong Xinxue.
La ville de Zhaotong.
La ville commerçante située sur le littoral de la Nation Rouge affichait une économie florissante et des bâtiments plus ou moins occidentaux. C’était la troisième ville de commerce extérieur du pays.
Chaque jour, des centaines de milliers d’énormes conteneurs étaient acheminés sans interruption de là vers l’intérieur du pays.
Les conteneurs d’ici étaient bien plus grands que ceux de la Terre, et chacun d’eux était transporté par un grand navire.
Yuria et sa sœur avaient les yeux écarquillés ; ils sortaient la tête par la fenêtre de la voiture. En voyant l’énorme conteneur qu’on soulevait sur le quai, ils ne cachaient pas leur stupéfaction.
« C’est immense… »
« En effet », rit le chauffeur d’un air bonhomme. « Ce genre de conteneur, on n’en trouve qu’à Zhaotong. Il y en a très peu d’aussi grands qu’on puisse transporter ailleurs dans le pays. » Il avait l’air fier. « Vous êtes là pour faire du tourisme ou pour rendre visite à quelqu’un ? Tant que vous êtes ici, vous devriez découvrir les endroits intéressants du coin. »
« Nous… sommes venus rendre visite à des proches », répondit doucement Yuria, après une hésitation.
Il serra la main de Yurijie. Assis côte à côte, ils étaient si proches que Yurijie était presque collée à lui.
« Ne t’inquiète pas », murmura-t-il.
Le chauffeur ne remarqua rien et continua à parler avec volubilité des particularités de la région.
Peu après, le taxi s’arrêta à l’adresse que la mère de Yuria avait inscrite sur le billet.
178, rue Tingshan.
C’était un petit bungalow indépendant, avec une villa en bord de mer devant et derrière. L’endroit avait un charme très occidental, mais semblait un peu calme.
Une fois descendu du taxi, Yuria régla la course. Puis il sortit le billet et le relut.
« Ça doit être ici. Allons frapper. »
« Oui », acquiesça Yurijie. Elle s’avança et frappa doucement à la porte, puis appuya aussi sur la sonnette.
Très vite, du mouvement se fit entendre à l’intérieur.
Une femme vêtue d’une robe de soubrette blanche sortit rapidement. Elle s’approcha du portail en fer et observa les deux frères et sœurs.
« Puis-je savoir… qui vous cherchez ? » demanda-t-elle avec une certaine hésitation.
« Pourrais-je savoir si cet endroit… » Yuria ne savait pas comment poser la question. Devait-il demander directement si c’était la maison de Owl ? Quelle absurdité ! Le billet indiquait clairement un surnom, pas le nom de la personne.
« Nous sommes les enfants de madame Mafelle et nous sommes venus rendre visite au propriétaire. Pourriez-vous lui transmettre le message ? » Sa sœur Yurijie réagit plus vite que lui et trouva aussitôt une autre façon de le dire.
« Madame Mafelle… Je vais demander au propriétaire… » La domestique acquiesça, se retourna et courut vers le bungalow.
« Tu crois que c’est bien l’adresse de ce Owl ? » Le Renard à neuf queues se tenait devant Garen, les fesses en arrière. Sa courte jupe noire et ses jambes couvertes de bas blancs s’offraient à la vue de Garen. Il suffisait de bien orienter son téléphone pour photographier facilement ce qui se cachait sous sa jupe.
La main de Garen n’était qu’à la largeur d’une gifle de ces jambes gainées de soie blanche. Un simple mouvement lui aurait permis de toucher la cuisse et les fesses du Renard à neuf queues ; il sentait même la faible chaleur de son corps contre les jambes de sa partenaire.
Cette femme… elle est en train de me séduire, c’est évident. Garen résista aux élans de son corps. Il se méfiait toujours du Renard à neuf queues. Comparée à Kong Xinxue, qui était un peu plus simple, la femme atteinte d’un trouble dissociatif de l’identité lui semblait peut-être plus sûre.
« Qu’est-ce que tu viens de dire ? » demanda-t-il.
« J’ai demandé si mes jambes étaient jolies. » Le Renard à neuf queues tourna la tête et prit un air pur et mignon.
« Elles sont jolies », acquiesça Garen.
« Tu veux les toucher ? »
« Oui. »
« Alors, pourquoi tu ne le fais pas ? » Le Renard à neuf queues pencha la tête, perplexe.
« Parce que tu es différente », sourit Garen.
Le Renard à neuf queues fit la moue et voulut dire quelque chose, mais quelqu’un sortait déjà de l’autre côté.
Tous deux s’étaient cachés au bord d’un grand conteneur et épiaient les lieux en passant la tête par-dessus. À la vue de quelqu’un, ils cessèrent de bavarder.
De loin, Garen vit un homme corpulent sortir du bungalow en se dandinant, ouvrir la porte et inviter Yuria et sa sœur à entrer.
« C’est Owl ? » demanda-t-il.
« Oui. Son surnom est Owl, mais son vrai nom est Galouro. C’est un marchand d’armes. » Le Renard à neuf queues se redressa. « Ah, ça m’épuise ! »
« Renard à neuf queues. » Une voix d’homme retentit soudain derrière eux. Elle était claire, pleine de joie et d’enthousiasme. « Enfin, je t’ai trouvée. »
Garen et le Renard à neuf queues se retournèrent et virent un homme descendre d’une voiture de sport rouge derrière eux. Grand et enjoué, il avait les cheveux coupés en brosse et la peau bronzée. Ses lunettes de soleil lui donnaient un air de grand gaillard noir.
Ses yeux brillèrent tandis qu’il fixait le Renard à neuf queues et s’avançait à grands pas.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es venue sur mon territoire sans même me prévenir ! » L’homme s’arrêta devant le Renard à neuf queues, tout sourire.
« Il y a un problème ? Je discute avec mon ami. » Le Renard à neuf queues lui adressa un doux sourire.
« Et lui, c’est… ? » L’homme regarda Garen avec une pointe d’hostilité.
Il était jeune lui aussi, sans doute dans la vingtaine. Avec ses boucles d’oreilles noires, son corps robuste et ses traits nets et saisissants, il était très beau.
« Garen. » Celui-ci lui tendit la main et remarqua que l’autre gardait les yeux sur les deux sabres à sa taille.
« Reid. Enchanté. » L’homme arborait un sourire très élégant.
« Moi de même. » Garen sourit à son tour. Même si ce corps n’était encore que celui d’un adolescent, l’Énergie spirituelle l’avait renforcé. Il n’avait plus les petits muscles qu’il avait auparavant et était désormais plus fort qu’avant, sans rien envier à son interlocuteur. À l’exception de sa taille, il était plus imposant à tous égards. Malgré son simple tee-shirt et son jean, les deux sabres à sa taille lui donnaient une allure dangereuse et résolue.
« Tu ne t’embarrasses pas de mots. Tu as servi dans l’armée ? » demanda Reid d’un ton léger.
« Non. »
« On pourrait échanger quelques idées à l’occasion. J’ai servi dans les forces spéciales Razer. Tu as l’air d’avoir été entraîné », dit Reid avec un sourire, non sans une certaine hostilité.
« D’accord. »
Reid détourna alors avec impatience son regard vers le Renard à neuf queues.
« Puisque tu es chez moi, laisse-moi au moins t’inviter ! Sinon, tu me fais affront ! »
« Je pensais partir en mer seule avec mon ami… Est-ce que ça te dérangerait ? » murmura le Renard à neuf queues en prenant un air embarrassé.
« Non, pas du tout. Avec une aussi belle femme à ses côtés, aucun homme ne pourrait être dérangé. Hahaha… » Reid éclata de rire.
« Ma sœur, Nero et les autres n’attendent que toi pour s’amuser ensemble. Maintenant que tu es là, c’est l’occasion rêvée : nous irons tous en mer ! Le yacht de la famille n’a pas servi depuis longtemps ; il finira par rouiller si on le laisse à l’abandon », poursuivit Reid avec entrain.
« Tu es trop gentil… » minauda le Renard à neuf queues. Sa voix était si douce et si tendre que Garen en eut la chair de poule.
« C’est décidé ! » Reid agita la main. « Frère Garen viendra avec nous. On va tous s’amuser. Quelle partie de la mer voulez-vous voir ? Je m’occuperai de piloter le yacht ! »
Ainsi, sur l’aimable invitation de Reid, Garen et le Renard à neuf queues montèrent dans sa voiture de sport et se rendirent à la villa familiale. Ils embarquèrent sur le yacht avec un groupe de garçons et de filles habillés de façon sexy, puis prirent la mer.
Le temps était radieux. Le grand yacht transportait aussi quelques scooters des mers individuels. De temps à autre, des gens en chevauchaient à côté du yacht, criant et éclatant de rire.
Sous la direction du Renard à neuf queues, le yacht blanc suivait discrètement le marchand Galouro, qui avait pris la mer avant eux.
Galouro, le marchand d’armes, avait emmené Yuria et sa sœur en mer. Ou plutôt, ils étaient partis les premiers, tandis que le Renard à neuf queues et Garen les suivaient.
Les deux navires mirent le cap sur une île touristique de la région : l’île de l’Écureuil.
Fchhh… Fchhh…
L’eau bleue de la mer venait se briser contre la coque du yacht, projetant encore et encore des gerbes d’écume blanche. Le mouvement était d’une régularité extrême, comme s’il ne devait jamais s’arrêter.
Garen, torse nu, était allongé sur une chaise longue, une paire de lunettes de soleil brunes sur le nez. Sa peau claire et son corps robuste aux proportions harmonieuses faisaient que chaque jolie femme passant près de lui s’arrêtait quelques secondes pour le regarder.
Le Renard à neuf queues portait un maillot de bain rose qui lui donnait l’allure de la petite sœur du voisin. Ses longs cheveux étaient relevés en chignon et sa peau, plus délicate et plus blanche que le lait. Reid restait près d’elle, entièrement absorbé par sa présence. Tous deux bavardaient et riaient seuls à l’avant du yacht. Personne ne savait ce qu’ils manigançaient.
Garen venait aussi d’apprendre que Reid était le fils d’une grande famille locale et qu’il collaborait avec le Renard à neuf queues. Il la courtisait depuis longtemps.
Il comprit également qu’une femme comme le Renard à neuf queues avait forcément plus d’un homme dans sa vie. Comparée à elle, Kong Xinxue, malgré sa langue acérée, avait une vie privée très rangée. Par prudence, il préférait toujours les filles du genre à mener une vie irréprochable.
« Décidément, je suis encore un adolescent à l’âme pure », ne put s’empêcher de soupirer Garen. Il prit le jus posé à côté de lui et en but une gorgée.
« Et qu’est-ce qui, dans ce corps, ressemble à celui d’un adolescent ? » demanda une voix de femme souriante depuis la chaise longue voisine.
Garen ouvrit les yeux et baissa légèrement ses lunettes de soleil.
Il aperçut une fille aux cheveux noirs, vêtue d’un maillot de bain noir classique et pudique.
Son maillot sombre ressemblait à une robe, et la jupe lui couvrait même la moitié des cuisses. Sa poitrine légèrement bombée lui donnait un air très mignon.
La fille avait elle-même un petit visage poupin. Elle s’approcha de Garen et s’assit à côté de lui. Ses cheveux noirs détachés étaient de nouveau relevés en chignon.