Chapitre 1 158
« Cependant… » Elle se pencha brusquement vers Garen, jusqu’à ce que leurs nez se touchent et que leurs visages soient presque collés.
« Ça me fait plaisir. »
« Quoi ? » Garen fut stupéfait par son mouvement soudain. Il n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi lunatique. Même après avoir transmigré dans tant de mondes, il n’avait encore jamais croisé une personne à la personnalité aussi divisée. L’instant d’avant, elle était calme et posée ; à présent, on aurait dit qu’elle s’était changée en quelqu’un de complètement différent.
« Je suis soulagée : tu as enfin grandi, tu es devenu un homme. » Kong Xinxue agrippa le col de Garen et le souleva presque.
Boum.
Elle le lâcha, et Garen retomba lourdement sur sa chaise.
« En tant qu’homme, tu auras toujours au fond de toi des désirs obscurs qui te pousseront à agir. Et tu viens enfin de faire ce premier pas, important, mais de mauvais augure. Je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou m’en inquiéter, mais il y a une chose dont je suis sûre. »
Kong Xinxue se leva et se dirigea vers sa chambre.
« C’est que le courage est la qualité essentielle d’un homme. »
« Le courage ? »
« Tu connais les Droits universels à l’autodéfense ? » Elle lui lança un stylo-plume noir. Celui-ci tourbillonna à toute vitesse en ligne droite avant d’atterrir sur le canapé, à côté de Garen. « En tant qu’homme, tu dois rester vigilant à tout moment et être prêt à intervenir pour une dame. Et puis, comment veux-tu te battre si tu n’as pas d’arme ? »
« Une arme ? »
Garen leva le stylo-plume. Il n’avait rien de particulier : c’était un simple stylo noir.
Kong Xinxue se retourna.
« Les gens savent qu’on a le droit d’utiliser des ciseaux pour se défendre, mais ils ignorent qu’un stylo-plume est bien plus facile à dissimuler. Entraîne-toi à t’en servir… Ça te sera utile un jour. »
Elle agita élégamment la main, puis entra dans sa chambre. Une fois la porte refermée avec fracas, plus un bruit ne se fit entendre.
Garen regarda sans mot dire Kong Xinxue entrer dans sa chambre, puis baissa les yeux vers le stylo-plume qu’il tenait.
« Une arme ? Ça ? »
Une scène parfaitement appropriée ne cessait de lui revenir en tête.
La nuit, dans une ruelle.
« Non… S’il vous plaît, ne faites pas ça… Je vous en supplie… » Les yeux pleins de larmes, Kong Xinxue implorait ses agresseurs, recroquevillée dans un coin de la ruelle.
Plusieurs voyous l’encerclaient, le sourire lubrique aux lèvres, tels des prédateurs qui s’apprêtaient à dévorer un petit agneau pris au piège.
« Hé, ma jolie… C’est dangereux de traîner seule dans les rues en pleine nuit. »
« On dirait qu’il va falloir t’apprendre ce que signifie la sécurité, héhéhé… »
« Tu peux crier autant que tu veux, personne ne viendra à ton secours… »
Clac.
L’un des voyous fit jaillir un couteau à cran d’arrêt.
Selon les Droits universels à l’autodéfense, le moment idéal pour contre-attaquer, c’est quand l’adversaire sort son arme !
Elle n’aurait qu’une seule chance ! Vite ! Sans pitié ! Avec précision ! Un coup fatal !
Le stylo à bille argenté atterrit prestement dans la main de Kong Xinxue, tandis qu’une lueur froide traversait son regard.
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Après quelques cris, le silence retomba dans la ruelle.
« Quelle femme terrifiante… » Garen secoua la tête pour chasser ces pensées délirantes. Pourtant, pour une raison inconnue, la scène l’amusait un peu.
« Elle a du caractère, et ses actes ne ressemblent pas du tout à l’image qu’elle donne. On dirait qu’elle a une double personnalité. Et elle est jolie. Pas étonnant que l’un des Quatre Grands Piliers ait eu le béguin pour une fille aussi singulière. » Garen se frotta le menton, reconnaissant enfin que ce monde était plutôt intéressant, après tout.
Le lundi, il était temps de retourner en cours.
Fff…
Garen somnolait, la tête posée sur la table.
La voix du professeur, qui résonnait dans la classe, lui servait de berceuse. Autour de lui, on entendait vaguement les élèves gratter le papier en prenant des notes ; ces grattements résonnaient dans la salle, lui donnant une étrange impression de vide.
Ce monde ressemblait presque à la Terre, avec un mode de vie mêlant cultures occidentale et orientale. On y trouvait aussi des armes à feu, des missiles, des chars et même des armes nucléaires. Sans son nom différent et sa géographie particulière, Garen aurait cru avoir débarqué dans une autre réalité parallèle à la Terre.
Les notions élémentaires enseignées en classe étaient un jeu d’enfant pour Garen. Il devait seulement veiller, lorsqu’il résolvait les exercices, à ne pas appliquer des formules plus avancées apprises dans d’autres mondes, sous peine de provoquer un véritable émoi à l’échelle planétaire.
« Hé, Fei, j’ai entendu dire que tu avais fait une insolation et que tu avais failli mourir. C’est vrai ? »
Son voisin de table, Koslan, l’un des rares amis de Kong Xiaofei, faisait semblant de recopier le cours tout en lui donnant des coups de coude.
« C’est faux », répondit simplement Garen. « Si j’avais failli mourir, tu crois que je serais déjà de retour à côté de toi ? »
« C’est vrai, ça se tient », acquiesça Koslan.
« Bon, je vais dormir un peu. Ne me dérange pas. » Sur ces mots, Garen se rendormit profondément. Dans ce monde, personne ne connaissait sa véritable identité ni ses aptitudes ; il n’avait donc naturellement aucun danger à craindre.
Le seul problème, c’était ce jour, dans deux ans, où l’un des Quatre Grands Piliers tuerait Kong Xiaofei par accident.
Inutile de mener des recherches : il n’avait qu’à attendre. D’ici là, il découvrirait si les Quatre Grandes Pierres étaient du même genre que les héritiers, ou s’il s’agissait peut-être simplement de Créatures du Vide.
À son réveil, les cours étaient déjà terminés. Les résultats scolaires de Kong Xiaofei étaient si décevants que les professeurs avaient depuis longtemps renoncé à espérer quoi que ce soit de lui.
Le lycée no 3 n’était déjà pas un bon établissement. La plupart des professeurs se contentaient de faire le minimum.
« Hé, Fei, Koslan ! » Une fille à l’allure masculine, vêtue d’une robe noire plissée, s’approcha d’eux.
« C’est Patch. Pourquoi tu as l’air si féminine aujourd’hui ? Tu serais en train de connaître une seconde jeunesse amoureuse ? » Koslan l’accueillit avec un grand sourire.
« Ne m’appelle pas Patch… Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de deuxième printemps ? Je n’ai même pas encore connu le premier ! » La fille s’appelait Zong Buqin. C’était aussi une amie proche de Kong Xiaofei, dans sa classe. À cause de son allure excessivement masculine et de son habitude de toujours vouloir porter le coup de grâce dans les jeux, on l’avait surnommée Patch.
« Alors ? Tu te sens mieux ? » Zong Buqin regarda Kong Xiaofei avec une vive inquiétude.
« Beaucoup mieux », répondit Garen en hochant la tête.
« Ça te dirait d’aller patiner ? La patinoire Dream Ice Arena a terminé ses travaux aujourd’hui. Allons voir à quoi elle ressemble maintenant. »
« Non, merci. J’ai déjà quelque chose de prévu. Allez-y, vous. » Garen déclina aussitôt. Il ne lui restait que deux ans et, même s’il était sûr de ne pas perdre le combat, il ne devait surtout pas sous-estimer son adversaire. Il lui fallait donner le meilleur de lui-même.
« Tu n’as pas peur de dévoiler quelque chose en patinant avec une jupe ? » Koslan afficha un sourire malicieux.
« Et alors ? Tu vas regarder ? » rétorqua Zong Buqin, les mains sur les hanches.
« Oui. »
« Si tu oses vraiment, je relèverai même ma jupe ! »
« Tu en assumeras les conséquences ? »
« Tu voudras t’enfuir dès que tu verras ça ! » ricana Zong Buqin.
« Laisse tomber, alors. »
« Bon, continuez à vous chamailler. Moi, je m’en vais. » Garen quitta la salle, ignorant ostensiblement le duo qui se disputait. D’après les souvenirs de Kong Xiaofei, leurs plaisanteries dépassaient ce que la plupart des gens pouvaient comprendre.
Il marcha jusqu’au balcon.
Garen poussa la porte métallique, s’approcha de la rambarde et baissa les yeux.
« À part les Quatre Grands Piliers, ce monde ne possède aucun autre système de pouvoir ; il n’y a que la technologie. Est-ce que je devrais m’engager dans les troupes gouvernementales pour monnayer quelques techniques ? » Il y réfléchit comme s’il avait retrouvé la vie paisible et détendue qu’il menait autrefois sur Terre.
Il n’y avait aucun danger ; même les fameux Quatre Grands Piliers ne représentaient pas une grande menace à ses yeux. La vie suivait son cours, sans être perturbée. Rien ne venait soudainement bouleverser les choses.
Il sortit son téléphone et se regarda avec la caméra avant.
Des cheveux courts et roux, une monture de lunettes épaisse et un teint blafard, presque cadavérique. Le col de sa chemise d’uniforme bleu et blanche était relevé haut, lui couvrant le cou. Il était de taille moyenne, ni trop gros ni trop mince. Il portait une paire de chaussures en cuir ordinaires, mal ajustées, couvertes de poussière et toutes craquelées, signes évidents qu’il les avait portées longtemps.
« Au premier coup d’œil, on voit bien qu’il n’a rien de plus que les autres gamins ordinaires. »
Garen poussa un soupir et baissa ses lunettes. À sa grande surprise, il avait en fait un très joli visage. Ses sourcils fins mettaient joliment en valeur ses grands yeux et son nez droit ; ses lèvres bien hydratées et sa peau lumineuse, où pointait un léger duvet, montraient que son corps était en train de se rétablir.
« Tant pis. Je vais reprendre l’entraînement à l’épée que j’ai appris plus tôt.
Garen se mit à réguler et à maîtriser doucement sa respiration ainsi que ses sécrétions internes.
La puissance de calcul de l’Empreinte de machiniste énergétique lui fournissait des données détaillées sur son corps et lui proposait en même temps les ajustements les mieux adaptés, afin de l’aider à atteindre son objectif le plus rapidement possible.
Chaque centimètre de ses muscles se mit à trembler tandis qu’ils se contractaient en sens opposés, créant des forces dirigées dans différentes directions au sein de son corps. Seuls les maîtres capables de connaître leur propre corps dans ses moindres détails pouvaient recourir à une méthode d’entraînement aussi avancée.
Grâce au Monde des arts martiaux de Garen et à l’Empreinte de machine énergétique, il remplit aisément les conditions requises.
Ses doigts traçaient des mouvements, l’un après l’autre, avec fluidité, sang-froid et détermination.
Une semaine passa en un clin d’œil. Chaque jour fut rythmé par les chamailleries de Koslan et de Zong Buqin.
À chaque moment de libre, Garen montait sur le balcon pour s’entraîner à l’épée. À son niveau, il maîtrisa naturellement les principes essentiels en peu de temps ; cet art de l’épée ne comptait que trois étapes.
Première étape : les rudiments. Maîtriser avec une grande précision plus de dix mille techniques d’épée différentes.
Deuxième étape : la maîtrise. Être capable de combiner à volonté différentes techniques d’épée pour faire face aux changements extérieurs.
Troisième étape : la parfaite maîtrise. Assimiler entièrement toutes les techniques d’épée et les transformer en instinct, afin de réagir à la vitesse de l’éclair.
Le Monde des arts martiaux de Garen avait depuis longtemps dépassé le troisième niveau de cet art de l’épée. Il ne lui restait donc qu’à maîtriser toutes les techniques et à les intégrer aux instincts de ce corps.
Cela exigeait un très grand nombre de répétitions. Après tout, il s’agissait d’un nouveau corps, et non de celui qu’il avait auparavant.
En outre, il devait vraiment renforcer son corps. Il lui fallait aussi trouver une épée qui lui convienne.
« Le pouvoir renforcera peu à peu mon corps. Je peux donc acheter des herbes et me préparer des médicaments. Je ne sais pas si les remèdes dont je me souviens conviendront, mais je peux toujours essayer. »
« Quant à l’épée, je peux m’inscrire au département d’arts martiaux libre de l’école. »