Chapitre 90
1 jour à vivre.
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C'était le dernier matin de Ben sur Terre et il le passait à regarder un compte à rebours défiler…
« Ouais, c'est super sympa, elle a ajouté un énorme compte à rebours en chiffres bien brillants sur chaque écran… quelle attention. » Il secoua la tête.
C'était une journée difficile pour lui. Jusque-là, il avait fait tout son possible pour remplir sa mission. Maintenant, avec si peu d'heures devant lui, ça ne servait plus à rien de se démener chaque seconde pour aborder de nouvelles filles en pleine journée. Avec l'expérience qu'il avait acquise, il savait que ça ne le mènerait nulle part. En fait, ça allait juste l'épuiser avant son rendez-vous avec Miyuki.
Ben savait que la fatigue du dragueur était bien réelle, alors il fit ce qu'il y avait de mieux à faire.
Il décida d'utiliser la journée pour régler ses affaires, en acceptant la possibilité, non… la probabilité, qu'il allait vraiment mourir…
*Wouf* *Wouf*
Un chien aboya, tirant Ben de ses pensées. Il n'était pas dans sa chambre de dortoir, mais dans un refuge pour animaux… Pensant que c'était la bonne chose à faire, il était venu faire don du reste de son argent… de tout son argent…
Il jeta un coup d'œil au chien assis sur la table d'examen, un bâtard aux poils bruns frisés avec des yeux solitaires. C'était le genre de clébard que personne ne voudrait adopter. « Ça fait un bail que j'ai pas caressé un chien… »
Ben soupira. « Si j'avais fait ça plus tôt, peut-être que le Système ne serait pas en train de me supprimer pour manque de popularité… en amenant un nouveau Doctor Who… »
En s'approchant du toutou, Ben envisagea les possibilités. « Si un type t'avait tué, j'aurais même pu faire un John Wick dans le monde entier ; lancer une tuerie… abattre des dizaines d'humains avec mon gun-fu… mais les gens ne sourcilleraient même pas. J'aurais peut-être même droit à un scénario en béton… »
En caressant la tête du chien, il ébouriffa ses poils élastiques. « Mais t'es trop mignon pour servir de bouclier moral… au passage, j'aime bien ta permanente naturelle ; les vrais savent… »
*Wouf*
Ben esquissa un sourire impuissant. « T'es comme moi, hein mon pote… » Il se coupa net, car il venait de réaliser quelque chose. Il se pencha pour vérifier la présence d'un attribut masculin chez le chien…
En hochant la tête, il continua. « Il y a un vrai cliché sexiste dans la fiction… Quand un nouveau chien entre en scène, les personnages supposent que c'est un mâle… Même si le toiletteur ne t'a donné aucun trait androgyne pour me mettre sur la voie… je ne voudrais pas être insensible et me tromper sur tes pronoms… »
Puis, Ben toussa et reprit son monologue…
« T'es comme moi, hein mon pote ? Toutes les chiennes se donnent aux Pitbulls et aux gros machos du quartier… »
*Wouf*
« Pendant ce temps, on est là, tout seuls… à jouer avec nos jouets à mâcher… »
*Wouf*
Ben esquissa un sourire impuissant. « Je te proposerais bien de devenir mon animal de combat, mais j'ai peur que tu vives plus longtemps que moi… »
*Wouf* *Wouf*
« Bon, t'es pas obligé de remuer le couteau dans la plaie… »
*Wouf*
« C'est un vocabulaire assez impressionnant… »
« Monsieur Romero ? » Une femme âgée en pull gris sortit du bureau du personnel.
« Oui ? »
« Est-ce que je peux vous aider pour autre chose ? »
Ben pencha la tête. « J'ai pas besoin de remplir des formulaires fiscaux ou un truc du genre ? »
« … Normalement si, mais je pense que ça ira, Monsieur. »
Il cligna des yeux. « Qu'est-ce que vous voulez dire ? »
« Eh bien, vous avez fait un don de 27 dollars et 36 cents, Monsieur… »
…
« Je vois… »
Ben donna une dernière caresse d'adieu au chien hirsute. « Je suis sûr que c'est dur d'être un chien, mais ne t'en fais pas, tu auras une forme humanoïde quand ton gimmick sera passé de mode… »
*Wouf*
Avant de partir, Ben vérifia la médaille de son ami canin. On pouvait y lire : « Le chien de Tchekhov. »
…
« Nom étrange. Tu appartenais à un Russe ? Enfin, je suis sûr qu'il t'a laissé là pour une raison… »
***
Ben était de retour dans sa chambre, assis à son bureau. Un stylo à la main, il écrivait quelque chose, un document qu'aucun jeune de 18 ans ne devrait avoir à rédiger : « Dernières volontés et testament. »
Ce n'était pas un truc qu'il pensait devoir écrire de sitôt, mais il devait regarder la réalité en face. Son histoire approchait de la fin… et si Ben mourait aujourd'hui, il ne croyait pas qu'il y aurait une deuxième partie pratique où il ressusciterait grâce au pouvoir des paradoxes temporels…
…
« D'abord, j'ai pas d'ami capable d'inventer une machine à remonter le temps en plein milieu de l'après-midi la plus pratique du monde… »
…
« En plus, la technologie dans le monde réel est trop à la traîne ; la pseudo-science de la culture pop n'en est pas encore là… »
…
Peu après, il finit son testament. Ce n'était pas un long document, mais il listait quand même ses quelques précieux héritages. Même si ses affaires ne valaient pas grand-chose, pour la bonne personne, ce serait le coffre au trésor d'un otaku…
En bon otaku, Ben gardait une certaine fierté de son statut d'ancêtre… À ce titre, il ne voulait pas que son héritage soit découvert par le prochain protagoniste bâtard qui hériterait de ce système et tomberait sur ses os…
« J'aimerais pouvoir laisser mon âme résiduelle dans un vieux manga hentai pour prendre le contrôle du corps du prochain bâtard qui le violerait… »
Au lieu de ça, toutes les affaires de Ben iraient à sa famille. « En parlant de ça, je devrais leur passer un coup de fil. » Il attrapa son portable.
*Dring* *Dring*
« Allô ? » Sa mère répondit.
« Maman, c'est Ben. »
« Oh ! Benny ! Mon chéri, tu manges bien ? Tu as besoin de quelque chose ? Tout va bien ? »
Ben sentit une chaleur dans sa poitrine… parce qu'il venait de renverser du café brûlant dessus…
...
Un peu plus tard. « Désolé, maman. Tout va super bien. » Ben ne voulait pas inquiéter ses parents, même si ça ne leur donnait qu'un jour de paix en plus… Il se sentait terriblement mal à l'idée de ce qu'ils allaient traverser quand il serait parti.
Ils discutèrent quelques minutes avant que sa mère ne dise : « Attends, je te passe ton père. »
Ben entendit des pas et des voix, puis son père prit le téléphone. « Benjamin ? »
« Salut, papa. »
« Ça fait plaisir d'avoir de tes nouvelles, fiston. Comment ça se passe à l'école ? »
« Ça va… »
Puis son père regarda autour de lui pour s'assurer que sa mère n'était pas dans le coin. « Écoute, fiston. J'ai oublié d'avoir cette discussion avec toi avant que tu partes pour l'école, mais la saison des Jets approchait… Tu comprends… Enfin bref, je voulais m'assurer que pendant que tu es là-bas, tu fais les choses correctement. Alors, dis-moi, tu utilises des préservatifs ? »
…
« Il essaie vraiment de me faire "la discussion" maintenant ? » Ben ne répondit pas.
« Je sens ton hésitation au téléphone, fiston… Bon, on ne peut pas changer le passé. Ce qui est fait est fait…
Je sais que là-bas, tu vas à des fêtes, tu rencontres des filles. Parfois, peut-être que tu oublies d'emmener une capote… Ça arrive aux meilleurs d'entre nous. Enfin, pour cette situation, laisse-moi te parler d'un petit système que j'ai découvert quand j'étais à la fac… Je l'ai utilisé sans faille pendant des décennies jusqu'à ce que tu naisses. Ça s'appelle la méthode du retrait… »
« Papa ! Passe Lucas au téléphone s'il te plaît ! »
…
« D'accord, d'accord fiston. On continuera cette discussion plus tard. »
Un moment plus tard…
« Fiston, j'ai Lucas ici. »
« Merci, papa. Oh et… je voulais juste dire… je vous aime… dis à maman que je le dis pour elle aussi. »
« Bien sûr, fiston. On t'aime aussi. Je passe le téléphone à ton petit frère maintenant. »
« Allô ? » Une voix d'adolescent répondit.
« Lucas, c'est Ben… »
« Ouais… »
« Ouais… je sais que je ne t'ai jamais dit ça avant… alors je voulais juste te faire savoir… que je t'aime… »
…
« Pédé… »
…
« Il a raccroché… » Ben fixa son téléphone pendant quelques secondes.
Puis, il se dirigea vers son testament, prit son stylo, le finalisa et le signa. La dernière action fut d'écrire le nom de son cousin, Antonio. En dessous, il raya un nom : Lucas.
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*Note de l'auteur : 1er dans les classements de popularité. Merci à tous ! Ce volume approche de son apogée.