Chapitre 41
« Quel super-héros ? T'as aucun super-pouvoir ! » a crié Antonio.
« Batman non plus ! » a répliqué Ben.
« Le super-pouvoir de Batman, c'est l'oseille ! »
« Vous ressemblez plus à des méchants ! Vous faites fuir mes clients ! Dégagez !!! » a hurlé le vendeur de hot-dogs sur le trottoir. Leurs cris ont fait fuir tous les passants. Ben et Antonio ont repris leur marche, heureux d'échapper à l'odeur de fumée du chariot.
Antonio a dit : « Mec, le but du message sur le bébé dans l'immeuble en feu, c'était d'attirer l'attention de cette nana. Elle ne pouvait pas ne pas répondre, juste pour savoir de quoi il s'agissait. Mais le truc, c'est que tu as inversé les rôles : au lieu que ce soit elle qui te pose un lapin, c'est toi qui lui en poses un ! Tu as repris le contrôle ! »
Ben a serré le poing et l'a fixé. Il sentait la puissance couler dans ses veines !
« N'oublie pas qu'elle ne sait pas que tu as attendu deux heures au resto pour elle. Alors pourquoi ne pas faire comme si c'était toi qui avais annulé ? Même si c'est faux, tu as déjà gagné. Si elle te répond : "Oh non, en fait j'avais oublié", ça sonnera comme si elle était sur la défensive et qu'elle mentait par désespoir. Les filles captent très bien ce genre de nuances. Donc elle ne dira pas ça.
Ton coup aux dames l'a piégée, tu vois ? Tu dois toujours garder le contrôle sur la perception des choses comme ça. »
Ben hochait la tête avec enthousiasme, comme un gamin de 5 ans qui écoute son héros.
« Retiens bien ça : tu es comme un expert en communication politique. Tout doit se terminer avec toi aux commandes, en position de force. Ça veut dire que c'est toi qui pars en premier, toi qui raccroches en premier, et si tu penses qu'elle va te poser un lapin, tu le fais avant elle. Reste en position de force. Sinon, c'est elle qui le fera, c'est dans sa psychologie naturelle... Ce jeu est inévitable, alors autant le gagner. »
« Pigé. Pigé. Et maintenant ? Je fixe un autre rendez-vous ? »
Antonio a secoué la tête. « Regarde ça. »
Il a pris le téléphone de Ben et a envoyé un autre message : « peux pas. occupé là. on se parle plus tard. »
Il a demandé à Ben : « Tu vois ce que j'ai fait ? »
« Tu as ruiné ma vie amoureuse ? » Ben a froncé les sourcils. « Katie ne venait pas de proposer de reprogrammer ? Pourquoi ne pas accepter ? »
« C'est de l'appât pour pigeons. Souvent, quand tu sautes sur la première invitation, les filles perdent tout intérêt. Et là ? Maintenant, c'est toi l'homme occupé. C'est TOI qui dis quand tu peux te voir. Les filles sont changeantes, pas vrai ?
Mais c'est pas parce qu'elles sont occupées. La plupart du temps, elles ne foutent rien ! Elles sont juste "occupées" pour les 95 % de mecs auxquels elles posent des lapins... »
La sirène hurlante d'une voiture de police a interrompu Antonio.
« Pour les 5 % de mecs au top, les filles se rendent disponibles tant qu'elles pensent que tu es plus occupé qu'elles. Alors avec celle-là, laisse-la mariner quelques jours. Tu veux renforcer l'idée que tu es occupé à sauver des bébés et tout le tralala. Plus tard, elle sera beaucoup plus réceptive. »
Ben a regardé son cousin avec curiosité. Quand ils abordaient des filles en vrai, Antonio ne semblait pas beaucoup plus doué que lui, mais par message, c'était un virtuose ! « D'accord, merci mec ! »
« Pas de souci ! Ok, oublie tout ça. On a de plus grosses mauvaises herbes à arracher. C'est pour ça que je t'ai emmené ici. » Antonio a pointé une boutique sur le côté.
« Un salon de coiffure ? » a demandé Ben.
Antonio a hoché la tête et a commencé à s'étirer les jambes. Pourquoi ? Parce qu'il avait de la prévoyance.
C'est à ce moment-là que Ben a pris la fuite en courant.
***
« Cousin, c'est juste une coupe de cheveux ! » a crié Antonio en rattrapant Ben pour une prise de catch.
« Pourquoi j'ai besoin de ça ?!? » a hurlé Ben.
« Tu ressembles à Colin Kaepernick s'il avait lâché la NFL pour jouer à Madden en pro ! »
« Il est riche ! »
« Les pros de l'e-sport, ça gagne que dalle ! »
***
Quelques minutes plus tard, un Ben renfrogné était assis sur le fauteuil du barbier, tandis qu'Antonio feuilletait des magazines à côté.
Ce n'est pas que Ben aimait sa coiffure, c'est qu'il détestait se faire couper les cheveux. Il avait vu un film de mafia où un gangster se faisait trancher la gorge par un barbier, et depuis, il ne faisait pas confiance à un inconnu pour approcher sa tête avec des objets tranchants. Son père lui coupait toujours les cheveux, et Ben avait dû passer ce type au crible pendant plus d'une décennie...
Le bourdonnement métallique de la tondeuse. Le froid du métal des ciseaux sur sa peau. Le spray humide du barbier qui le traitait comme une plante...
Tout ça mettait Ben mal à l'aise. Pourtant, il savait qu'une coupe pourrait améliorer son apparence, et dans 7 jours, le système lui infligerait de toute façon une coupe au bol au niveau du cou, le soulageant du fardeau d'avoir une tête...
Antonio a levé les yeux quand le barbier est sorti. « Carlos, vois ce que tu peux faire pour lui. »
Le vieux barbier à la barbiche a examiné Ben sous tous les angles avant de se tourner vers Antonio. « Désolé. Je ne peux pas faire grand-chose pour lui. »
…
« Je suis là pour une coupe ou pour guérir un cancer en phase terminale ? » Ben a tiré une tête de six pieds de long.
Le barbier a dit : « Nino, tu ressembles à Bob Ross... Tes cheveux sont plus frisés que les poils pubiens d'un Bigfoot. »
…
Ben a répondu : « Si je suis Bob Ross, tu es Jeff Ross ? C'est quoi ce roast improvisé ?!? »
Si cette coupe n'avait pas une chance d'améliorer son look, Ben serait déjà parti en trombe !