Chapitre 292
Après avoir lâché un juron, Charlotte retint son souffle, fixant Ben avec appréhension, terrifiée à l'idée de ce qu'il pouvait penser de son comportement vulgaire.
Pourtant, sa réaction fut tout l'inverse de ce qu'elle attendait. « C'était génial ! » lança-t-il en sortant la tête de derrière son appareil photo, un grand sourire aux lèvres.
Cela la fit cligner des yeux, confuse. Elle ne voyait pas ce qu'il y avait de génial là-dedans.
Ben précisa sa pensée : « Encore ! Tu as brillé, là ! Refais-le ! »
Elle cligna des yeux trois fois plus vite. « Vraiment ? »
« Oui ! T'étais incroyable ! Ce juron a allumé un feu en moi ! Parle-moi comme si j'étais un politicien en train de détruire New York ! »
« Espèce de sale ordure ! »
…
Charlotte se couvrit la bouche des deux mains dès que les mots eurent franchi ses lèvres, les yeux écarquillés, incapable de croire qu'elle venait de sortir des trucs pareils dans un parc public.
Sauf que, pour Ben…
*Clic* *Clic*
C'étaient des photos géniales ! Il observait son modèle à travers l'objectif et mitraillait avec enthousiasme, car il venait de découvrir quelque chose ! « Elle pétille… »
Quand l'innocente et timide Charlotte jurait, c'était comme si l'atmosphère se déformait et qu'une magie opérait. Même si Ben ne savait pas trop comment décrire ça, il savait que c'était le moment ! C'était ce qu'il cherchait ! Alors, il l'encouragea à continuer. « Charlotte ! Continue !
C'était trop mignon, ce que tu viens de dire ! »
…
Elle ne comprenait absolument pas de quoi il parlait…
Pourtant, elle comprit qu'il essayait de la rassurer. « Ben m'aide toujours… Pour une fois, je devrais faire quelque chose pour lui. Je ne peux plus hésiter ! » Prenant une profonde inspiration, Charlotte ferma les yeux, et quand elle les rouvrit, derrière ses lunettes, il y avait une lueur de détermination impitoyable !
Bien qu'elle ne comprenne pas ce qui se passait, ne voulant pas décevoir Ben, elle décida de continuer, et cette fois, elle lâcha les chevaux !
Ben la guida. « Charlotte, qu'est-ce que tu as pensé du film CATS ? »
« Une merde sans nom, glorifiée et débile ! »
*Clic*
« Et le fait que chaque nouvel iPhone nécessite de nouveaux accessoires ? »
« Des porcs capitalistes avides de fric ! »
*Clic*
« Tu aimes quand les entreprises technologiques volent nos infos ? »
« Ces fils de pute peuvent aller se faire foutre ! »
*Clic*
À mesure que Ben l'aidait en lançant des sujets énervants, elle se libérait de plus en plus dans ses expressions et ses mots. Il continuait donc à prendre des photos, le souffle court, car l'énergie qui se dégageait d'elle donnait l'impression qu'elle allait passer en mode Super Saiyan !
Ils continuèrent ainsi un moment jusqu'à ce que Charlotte soit à bout de souffle, épuisée et se demandant ce qui venait de se passer. Et elle n'était pas la seule : quelques passants effrayés avaient aussi entendu ses jurons…
Quoi qu'il en soit, en regardant les photos sur son appareil, Ben afficha un large sourire ! « Je l'ai ! » Charlotte avait un vrai talent pour les insultes, comme une jeune Dragonne de poison… et dans son esprit, il n'y avait rien de plus beau que l'évolution d'une personne de sa race !
D'une certaine manière, même si les photos ne pouvaient pas retranscrire ses paroles, elles avaient capturé son énergie, et le résultat était une œuvre d'art magnifique !
En vérité, Ben avait du mal à y croire, car les clichés étaient bien meilleurs que tout ce qu'il avait imaginé ! Et tout ça grâce à cette petite sœur mignonne ! Riant aux éclats, il courut vers Charlotte, épuisée, et lui fit un énorme câlin ! Il la souleva et la fit tourner dans les airs ! « On a réussi ! T'étais incroyable !
Tu jures comme une vraie pro ! »
Rouge comme une tomate, Charlotte ne savait pas comment réagir. Elle n'avait jamais laissé un homme la toucher comme ça depuis son enfance. Elle n'avait jamais pu, même avec son père. Pourtant, quand Ben le faisait, il n'y avait aucun sentiment négatif, aucun signe de cette peur habituelle.
Au contraire, même si elle était un peu gênée, elle ne ressentait que de la joie d'avoir aidé Ben et, d'une certaine manière, d'avoir fissuré sa carapace.
Alors, tandis que le décor du parc tournoyait, Charlotte plongea son regard dans le sien et esquissa un grand sourire, parvenant à répondre à son enthousiasme par deux mots marmonnés : « Putain… ouais… »
***
Après avoir dit au revoir à Charlotte, Ben retourna à son dortoir pour retoucher les photos et les soumettre au concours. Tout le long du chemin, il les fit défiler sur l'écran de son appareil, ravi du résultat. Même si tout dépendait des juges, avec ces photos, il était confiant quant à ses chances de décrocher la première place ! Et surtout, de mettre une claque à Darryl…
Submergé par l'excitation, ce n'est qu'en arrivant à l'entrée de son dortoir que Ben désactiva le mode silencieux de son téléphone. C'est là qu'il vit un SMS de Fariq : « Mec, ta meuf est passée te chercher et a dit qu'elle n'avait nulle part où aller, alors je l'ai laissée entrer. Je devais filer, mais elle t'attend à l'intérieur. J'espère que ça va. Salut, mec ! »
Ben eut le souffle coupé en lisant ça. « Une meuf. Quelle meuf ? Et il l'a juste laissée entrer ? » Il allait devoir avoir une discussion avec Fariq. Et puis, pourquoi le règlement du dortoir était-il aussi laxiste ? Ils laissent n'importe quelle jolie fille monter comme ça ?
En voyant le vigile obèse d'âge mûr lorgner sur les étudiantes qui passaient, il comprit tout de suite…
Ben plissa les yeux. « Ce vigile essaie de mettre en place un scénario de film pour adultes ! »
Mais peu importe le scénario, Ben devait gérer la situation. Il réfléchit intensément à qui pouvait bien l'attendre là-haut. Plusieurs filles étaient déjà venues voir Ben, mais il ne savait pas laquelle Fariq avait croisée. Si c'était Miyuki, ça irait, mais pourquoi n'aurait-elle nulle part où aller ? Si c'était Camila…
Ben imagina sa chambre saccagée et mise en pièces… Les yeux écarquillés, il se précipita à l'étage ! Il devait s'assurer qu'elle ne touche pas à son coffre au trésor otaku !
Quelques minutes plus tard… arrivé devant sa porte, il inséra la clé, la gorge nouée, espérant ne pas tomber sur un cadavre dont on l'accuserait…
Il pria aussi pour que ce ne soit pas Camila… même si c'était toujours mieux que l'autre option.
*Grincement*
Quand Ben ouvrit la porte et entendit la voix de Camila, reconnaissable à son accent mexicain, son cœur rata un battement…
Un instant plus tard, il réalisa quelque chose. « À qui elle parle ? » En entrant, il eut vite sa réponse.
Assise sur son lit, il y avait une beauté blonde à la poitrine généreuse dans une robe beige, quelqu'un qu'il n'avait pas vue depuis un moment : c'était Annabelle. En voyant l'Al Gorienne, les muscles de Ben se détendirent. Pourtant, ce n'était pas que des bonnes nouvelles. Assise juste à côté d'elle sur le lit, il y avait la fille qu'il ne voulait surtout pas voir : Camila.
Cependant, contrairement à ce qu'il craignait, elle n'était pas en train de fouiller dans ses affaires, mais affichait un sourire en coin tout en soufflant des techniques de drague à Annabelle. Ben ne savait pas trop quoi en penser, mais c'était toujours mieux que l'alternative.
En l'entendant entrer, Annabelle se tourna vers lui. « Ben, j'ai encore perdu mes clés, j'espère que ça ne te dérange pas si je reste avec toi. » La dernière fois qu'elle les avait égarées, elle était venue dormir ici. Et elle avait fini par les retrouver sur le chemin du retour, dans la poche de sa veste…
Cette fois, même si elle ne les avait pas retrouvées là, elle pensait que cet endroit portait chance, alors elle était venue quand elle avait eu besoin d'un toit.
Ben hocha la tête. « Pas de souci. Mi casa es tu casa. »
« Tch… ton espagnol est nul à chier ! » Camila, elle, n'était pas ravie de voir Ben. Même si elle était venue quelques minutes plus tôt pour lui parler de quelque chose, quand cette superbe blonde pulpeuse lui avait ouvert la porte, elle avait oublié tout ça et était passée au plan "séduction"… Alors pourquoi fallait-il que ce puto débarque maintenant ?
Quant à Ben, même s'il était soulagé de voir que sa chambre était en paix, il devait résoudre ce dilemme. Comment gérer les deux ici ? Annabelle fit le premier pas pour détendre l'atmosphère. Se levant, elle sortit quelque chose de son sac et s'avança vers lui.
Avec une expression paisible accentuée par ses yeux tombants pleins de douceur, elle les tendit à Ben. « Je les ai dessinés pour toi. » C'était une série de croquis.
Ce geste le stupéfia un instant… car c'était le premier cadeau qu'une fille lui faisait… Clignant des yeux, il les prit et commença à les feuilleter. Une demi-minute plus tard, il leva les yeux vers Annabelle et esquissa un sourire. « Merci. J'adore. » C'étaient des dessins de divers fruits en train de faire de la plongée sous-marine.
…
Faisant de gros efforts pour ne pas laisser ses yeux tressaillir, Ben contracta ses muscles faciaux pour garder le sourire, tout en se dépêchant de ranger les dessins dans son bureau comme s'il voulait protéger ses trésors…
Il appréciait tout de même le geste, jusqu'à ce que Camila gâche tout avec une remarque : « Tu es trop gentil avec lui. Il ne mérite pas ça. »
Cela fit froncer les sourcils à Ben, qui la regarda avec froideur.
« Oh ? Vous vous connaissez ? » Annabelle les regarda avec curiosité.
Ben cligna des yeux. « Comment on ne pourrait pas se connaître ? Elle est dans ma chambre. »
Annabelle se gratta la tête. « Je pensais que c'était une fille sympa qui distribuait des câlins de porte en porte ou un truc du genre, parce qu'elle m'a déjà fait quelques câlins… »
Il plissa les yeux vers Camila…
De son côté, elle fit la grimace. « Des câlins de porte en porte ? J'ai des principes, merde ! »
Secouant la tête, Ben ricana. « T'en fais pas pour elle. Elle a juste un petit béguin pour toi… »
En entendant ça, les sourcils d'Annabelle se haussèrent. « Oh, une lesbienne ? » Puis, elle pencha la tête en les regardant tour à tour. « Dans ce cas, vous deux, vous n'avez pas encore couché ensemble ? »