Chapitre 2
Ben retint son souffle, les yeux rivés vers le bas, oscillant entre peur et espoir.
La lumière s'estompa pour révéler son destin. C'était…
Un coin de papier arraché avec quelques gribouillis dessus.
« Bon… bien joué. »
Ben embrassa son funeste destin comme une vieille connaissance. Dans sa tête, il commença à dresser une liste des choses à faire durant ce dernier mois qui lui restait.
[Vous avez obtenu : Phrase d'accroche divine (Consommable, Qualité fine) x1]
« Attends. Divine ? Ça devrait être un truc génial, non ? Alors pourquoi ça ressemble à un mot qu'un gamin de primaire ferait passer en classe ? Le papier n'est même pas assez grand pour que j'écrive une lettre d'adieu à ma famille. »
Après un moment, Ben en déduisit que les humains ne pourraient tout simplement pas comprendre le sens artistique du dieu ou du démon qui avait créé ce système. Plutôt que de cogiter sur l'incompréhensible, il chercha à en savoir plus sur l'objet.
[Phrase d'accroche divine (Consommable, Qualité fine) x1 - À utiliser sur n'importe quelle femme pour augmenter rapidement son attirance envers vous de manière significative]
La respiration de Ben devint saccadée. « C'est ça... » Il aperçut une lueur d'espoir là-haut, une possibilité de s'extraire du gouffre dans lequel il était coincé. Ce petit bout de papier pourrait bien être sa corde de sauvetage.
*Grincement*
La porte s'ouvrit et un adolescent que Ben n'avait jamais vu entra dans la chambre. Le garçon haussa les sourcils en voyant que Ben était déjà là. Il posa ses bagages, se redressa et s'approcha de Ben avec une formalité toute protocolaire pour lui serrer la main. Ne voulant pas être impoli, Ben se leva et lui serra la main.
« Salut, je suppose que tu es Benjamin ? Je m'appelle Fariq, je viens d'Inde, et nous serons colocataires à partir de maintenant. Ravi de faire ta connaissance. Je ne m'attendais pas à partager une chambre avec un entrepreneur accompli, c'est un grand honneur pour moi. »
La condamnation à mort de Ben l'avait tellement accaparé qu'il en avait oublié l'arrivée de son colocataire. Pourtant, un détail dans les propos de Fariq le laissa perplexe.
« Entrepreneur ? » demanda Ben en plissant les yeux.
Fariq se redressa encore davantage. « J'ai vu le grand nombre de commandes devant notre porte. Je suis très impressionné. Ce n'est que le premier jour et tu as déjà lancé une affaire. Quel est ton modèle économique ? Un service de livraison de nourriture mexicaine ? » Il fixait Ben comme s'il regardait un mentor.
Fariq suivait un cursus en commerce, il avait donc besoin d'apprendre de start-ups concrètes comme celle-ci s'il voulait lancer sa propre boîte un jour.
Le visage de Ben était plus sombre que la page Facebook d'un nécromancien. « C'est rien de tout ça. C'est un malentendu. »
Fariq hocha la tête avec admiration. « La modestie est une vertu. Bien. Très bien. Je vois que j'ai beaucoup à apprendre de toi et j'ai hâte qu'on devienne amis. »
« ...Amis. » Pour Ben, ce mot était comme une expression dans une langue étrangère ; il en connaissait la traduction, mais n'en saisissait pas le sens profond. « C'était quand la dernière fois que j'ai eu un ami en dehors des salons de discussion ? »
Ben voyait bien que Fariq était sincère, ce qui lui remonta le moral. « C'est mon premier jour et je me suis déjà fait un ami. » Il retrouva un peu d'espoir. « C'est ça, c'est le début de mon avenir radieux. J'ai peut-être fait plein d'erreurs par le passé, mais je suis encore jeune et j'ai des possibilités infinies devant moi. Qui dit que je ne peux pas accomplir de grandes choses ? » C'était le printemps de sa jeunesse !
[29 jours et 23 heures restants avant éradication]
« Oh mon Dieu, cette voix de malheur vit dans ma tête ! Je n'avais pas besoin d'entendre ça maintenant ! »
[Souhaitez-vous désactiver l'alarme horaire ?]
« On dirait que le système réagit aussi à mes pensées. Oui, désactive-moi cette merde. C'est pas comme si j'allais oublier que ma mort approche... » Ses divagations mentales furent interrompues par le bruit d'un animal sauvage.
*Gargouillis*
Ben regarda son estomac et réalisa qu'il n'avait pas mangé de la journée. Il avait pris le train le matin, puis avait passé la journée à s'inscrire et à organiser sa chambre. Après s'être débarrassé des détritus qui le recouvraient plus tôt, il décida que c'était le bon moment pour descendre tester la cafétéria du dortoir. Il se faisait tard, alors il espérait qu'elle n'était pas encore fermée.
Ben invita Fariq, qui ne put se joindre à lui car il devait contacter sa famille et défaire ses valises. Ben y alla donc seul.
En traversant les couloirs, le visage de Ben s'éclaircit un peu : quelqu'un avait retiré les mèmes à son effigie. « J'imagine qu'il y a encore des gens bien dans ce monde. » Il prit l'ascenseur jusqu'au rez-de-chaussée et se dirigea vers la cafétéria. Alors qu'il passait l'entrée, quelqu'un à côté de lui cria : « Hé, le roi du burrito ! »
Ben se tourna et tomba sur Tyler, l'un de ceux qui avaient placardé ces affiches partout. L'humeur de Ben retomba comme un soufflé. Il pensait avoir laissé derrière lui son sombre passé de souffre-douleur, mais il n'avait même pas fallu une journée pour que les gens le rabaissent, l'enterrant à nouveau dans le même trou sans lumière.
« Tu prends toujours les commandes ? » Tyler et un autre étudiant éclatèrent de rire au visage de Ben alors qu'ils prenaient des boissons au distributeur.
Ben voulait se défendre, mais il n'était pas du genre bagarreur. Il avait essayé une fois, quand il était plus jeune. C'est là qu'il avait appris à quel point la réalité était plus cruelle que dans les films. Le seul résultat de sa bravoure avait été une raclée qui l'avait cloué au lit pendant deux semaines. Depuis, il gardait toujours la tête basse, ayant compris qu'il valait mieux marcher dans la honte que de finir étalé par terre.
Alors que Ben s'apprêtait à partir, il fut enveloppé par un puissant parfum floral venant de derrière lui. Il se retourna et, en une fraction de seconde, ce qu'il vit le laissa bouche bée.
Une fille magnifique se tenait là. Elle avait un visage méditerranéen exotique, digne d'une femme fatale dans un James Bond. Sa peau olive mettait en valeur ses cheveux sombres arrivant au cou, qui ondulaient à chacun de ses mouvements comme des courants marins sous un clair de lune tamisé. Elle était au téléphone et n'avait pas encore remarqué que Ben bavait devant elle.
Ben déglutit. « Quelle beauté... »
*Ricanement* « Ne rêve même pas, espèce de minable », lança Tyler en voyant Ben fixer la fille, perdu dans sa transe.
Ben serra les poings, tremblant. « Je peux même pas rêvasser tranquille ?! »
Le souffle court, il sortit la Phrase d'accroche divine de sa poche et la fixa longuement...
Était-ce le moment ? Il n'avait pas vu une fille aussi belle depuis son arrivée à Manhattan, mais c'était sa vie qu'il jouait. Un échec signifiait probablement la mort. Son cœur s'accéléra en réalisant que c'était la décision la plus importante qu'il ait jamais eu à prendre. Une seule chance. C'était tout ce qu'il avait.
« Est-ce que je l'utilise maintenant ? »
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*Note de l'auteur : Si l'histoire vous plaît, n'oubliez pas de l'ajouter à votre bibliothèque pour la retrouver plus facilement plus tard.