Quelqu’un était sur le point de le traiter de débile pour avoir couru derrière le grand-duc en hurlant « Papy », mais le grand-duc avait en fait acquiescé.
Et il le soutenait fermement.
Damon affichait un sourire suffisant. Il était en sécurité ici. Qui oserait le toucher maintenant ? Personne.
Un vieux noble à la peau profondément ridée s’avança, son expression calme et posée.
« Votre Excellence, si vous me permettez, » dit-il poliment. « Ne trouvez-vous pas qu’il est un peu déraisonnable de revendiquer ce garçon comme votre petit-fils pour un simple élixir ? »
Il s’inclina légèrement, son aura contenue.
« Veuillez considérer votre réputation. »
Damon leva les yeux vers le grand-duc, puis se pencha près de son oreille.
« Papy, ce type est en train de te traiter de menteur ? Il mérite de mourir. »
Les yeux du grand-duc devinrent froids.
Un éclair de lumière s’ensuivit.
Avant même que le vieux noble ne puisse réagir, ses deux bras avaient disparu. Juste comme ça. Il n’avait même pas eu la chance de résister.
Damon sourit comme un renard qui venait de réaliser que le tigre de la montagne l’avait pris pour l’un de ses petits.
Sauf que dans ce cas, il était vraiment l’un de ses petits.
« Le népotisme n’est mauvais que lorsque je n’en bénéficie pas. »
Cassian fronça les sourcils quand Damon dit cela.
« Il a dit tout haut ce qu’il fallait taire. »
Damon prit une profonde inspiration. Sa sœur le fixait, confuse. Elle était la seule personne présente à n’avoir aucune idée de ce qui se passait réellement.
Tout le monde réagit différemment à ce dont ils venaient d’être témoins, mais à ce stade, le grand-duc n’était même pas surpris que Damon ait compris.
Comme on pouvait s’y attendre de son petit-fils.
Un léger soupir s’échappa d’Aurelius Venn tandis qu’il se levait.
« J’ignorais que la Mort Dorée avait un fils, » dit-il, adressant spécifiquement ses paroles à Cassian.
Cassian soupira. Il s’était simplement occupé de ses affaires, et pourtant, ils avaient trouvé le moyen de l’entraîner dans des ennuis.
« Bien que vous puissiez voir une ressemblance troublante, je vous assure que je ne suis pas son père. »
Damon posa une main sur sa poitrine.
« Vous me brisez le cœur. »
Cassian soupira de nouveau. Il voulait vraiment que tout cela se termine pour qu’ils puissent enfin rentrer chez eux.
« Alors, quel est exactement son lien de parenté avec vous, Grand-Duc ? » insista Aurelius, cherchant la confirmation de ce qu’il soupçonnait déjà.
« Ce n’est pas important. C’est une affaire de famille, et les étrangers ne devraient pas s’en mêler, » répondit sèchement le grand-duc. Quelqu’un d’autre pourrait expliquer les choses au temple. Ce ne serait pas lui.
Damon laissa échapper un soupir de soulagement discret.
Il avait été en réel danger quelques instants auparavant, alors il avait simplement déclenché le piège qu’il avait préparé pour son grand-père. La vérité était que Damon n’avait jamais prévu de quitter cet endroit sans révéler leur relation.
Quant aux conséquences, c’était le problème du vieil homme.
Néanmoins, Damon devait insister sur son avantage.
Il désigna les personnes présentes.
« Comment osez-vous me traiter de la sorte ? Avez-vous oublié que c’est moi qui ai vaincu Amon ? Ne m’avait-on pas promis des récompenses ? Je me souviens distinctement que le temple m’a offert le titre illustre de héros. »
Il jeta ensuite un coup d’œil à l’empereur.
« Et l’empire m’a promis une somme d’argent colossale et un titre de noblesse. »
L’expression de l’empereur ne changea pas. Il n’avait pas oublié. Au contraire, il avait simplement observé tout ce temps.
« L’empire n’a pas oublié sa promesse envers vous. »
Damon regarda autour de lui, cherchant toute autre personne qui lui devait quelque chose. Son regard se posa sur Seras Blade.
« Ne croyez pas que je vous ai oubliée non plus. »
Elle ricana.
« Tu es vraiment un cafard. Tu ne tiens certainement pas ça de ta mère. Je me demande si ça vient du côté de ton père. »
Le vieil homme de la famille Ravenscroft rit doucement.
« Ah, je vois. C’est donc le fils de Ranar. Vous auriez dû le dire. Le monde est petit. Dire que l’un des amis de Xander serait le fils de Ranar Brightwater. »
« Ranar Brightwater ? N’est-elle pas morte il y a des années ? »
« Oui, j’ai même assisté à ses funérailles. »
« Alors pourquoi le grand-duc mentirait-il ? »
Damon leva la main.
« Désolé d’interrompre, mais lui et moi ne sommes pas amis. Plutôt des camarades de classe qui se supportent mutuellement. »
Clap. Clap. Clap.
Le son résonna dans l’arène.
Damon se tourna vers elle.
Paimon.
Elle était restée silencieuse tout ce temps. Après avoir rassemblé les héritiers démons survivants sur son dromadaire, elle se tenait au sommet de la tête de la créature.
« Merci. Je n’avais jamais réalisé que les races de la déesse avaient autant de drames, » dit-elle légèrement. « J’ai été très divertie. Malheureusement, je n’ai pas toute la journée, et il se fait plutôt tard. Alors, si cela ne vous dérange pas, j’ai une petite déclaration à faire. »
Elle s’éclaircit la gorge tandis que des ailes sombres se déployaient derrière son dos.
« Je sais que ce n’est pas habituel, et qu’il n’y a eu qu’un seul précédent dans notre histoire, mais je fais une déclaration. Une déclaration de guerre à toutes les races de la déesse au nom du Continent Démon. »
Sa voix retentit.
« Au nom oublié du Dieu Inconnu, moi, Paimon, Grande Prêtresse du Temple du Serpent, vous déclare la guerre à tous. »
Son dromadaire s’éleva dans le ciel. Une faille spatiale s’ouvrit, et Paimon disparut.
Juste comme ça, le monde se retrouva de nouveau au bord de la guerre.
Dans tous les incidents passés, les races de la déesse avaient toujours été celles qui déclaraient la guerre. Quand elles le faisaient, les races démoniaques les réprimaient inévitablement et repoussaient le conflit vers les terres de la déesse.
Il n’y avait eu qu’un seul précédent où les démons avaient déclaré la guerre en premier.
C’était durant l’Ère d’Ashcroft, lorsque le Seigneur Démon de la Domination agissait en tant que Roi Démon et ordonnait à tous les démons, qui étaient traités comme une minorité à l’époque, de se soulever.
Ce fut l’ère où la suprématie démoniaque commença.
Soudain, tous les autres problèmes semblèrent insignifiants.
Les races de la déesse, autrefois divisées par d’innombrables différences, se tenaient maintenant plus proches que jamais.
C’était une étrange vérité.
La haine unissait les gens plus vite que l’amour ne le pourrait jamais.
« Nous devons nous préparer à la guerre. Ce n’est pas le moment d’hésiter, » crièrent certains nobles.
« Il va y avoir une autre guerre ? La dernière n’a eu lieu qu’il y a quelques années. »
« Les démons sont-ils devenus fous ? »
« Nous ne nous sommes même pas complètement remis de la dernière. »
« Est-ce la fin ? Ashcroft est-il de retour ? »
En un instant, la révélation dramatique de Damon n’eut plus d’importance.
La race démoniaque avait déclaré la guerre.
Damon resta silencieux, fixant la direction où Paimon avait disparu. Son sens du danger pulsait avec une intensité lointaine.
Il en était certain maintenant.
Sans-Mort allait le jeter quelque part de vraiment dangereux.
« Bon sang. Je ne veux pas mourir. »
La malédiction incrustée dans son cœur répondit instinctivement, forçant les réflexes de Damon à agir dans le seul intérêt de préserver sa vie.