Chapitre 1 262
« Oui. C’était moi. »
Le regard du Dieu Inconnu ne quitta pas Damon tandis qu’il parlait.
« Tout ce que je vois ici, ce sont la souffrance et la mort. Personne ne mérite ça. Personne ne devrait avoir à souffrir ainsi. Aucun de vous n’a choisi cette situation. Vous êtes tous venus au monde contre votre gré. Votre biologie, votre environnement et votre éducation vous ont façonnés et conditionnés. Aucun de vous n’a choisi ce qui lui est arrivé. C’était… »
Il marqua une pause.
« Le Destin. »
Puis il ouvrit la main.
« Je vais réparer cette injustice. Je vais mettre fin aux souffrances que vous avez tous endurées. »
Les mains de Damon tremblaient sans qu’il puisse les en empêcher. Il confia Ric, inconscient, à un drone de l’Ombre qui se trouvait près de lui. Ses doigts s’attardèrent un instant, puis il le lâcha enfin. Il releva alors la tête et foudroya le Dieu Inconnu du regard.
« Tu te rends compte à quel point tu es hypocrite ? » murmura-t-il.
Quelque chose commença lentement à lui pousser sur le crâne.
« C’est toi qui as provoqué la plupart de ces malheurs. Tous ces combats, c’est à cause de toi. Toutes ces morts… »
Sa corne démoniaque grandit.
Le désespoir et le ressentiment qui l’habitaient ne cessèrent de croître. La peur, l’angoisse, la haine et toutes les autres émotions négatives qu’il avait enfouies en lui remontèrent à la surface, noyant ce qui restait de son Étincelle divine sous un océan de ténèbres.
Le Dieu Inconnu le regarda en souriant.
« Oui. Laisse-toi aller à la dépravation. Déteste-moi. Abhorre-moi. Méprise-moi. »
Damon chargea.
Il tenait déjà son épée en main lorsqu’il franchit la distance qui les séparait, mais le Dieu Inconnu se contenta de tendre le bras vers un cadavre tout proche et d’en retirer une épée.
Un seul coup.
Les bras de Damon furent tranchés et son épée lui échappa.
L’attaque ne s’appuyait sur aucune puissance divine écrasante.
Elle ne reposait sur aucune technique grandiose.
Ce n’était que de l’escrime.
Le Dieu Inconnu avait atteint un degré de maîtrise de l’épée auquel Damon ne pouvait même pas prétendre. Il le sentit dès que le Dieu Inconnu empoigna l’arme. Chacun de ses mouvements était parfait, chaque angle précis, chaque geste témoignait d’une compréhension que Damon ne pouvait égaler.
Il n’avait tout simplement aucune chance de gagner.
Il ne restait que le désespoir.
Le Dieu Inconnu le propulsa d’un coup de pied.
Damon vola sur des dizaines de mètres avant de s’écraser au sol, juste devant Sylvia.
Son corps était couvert de sang. Ses cheveux, trempés, étaient emmêlés de boue. Il respirait avec difficulté en se redressant, mais, dès qu’il releva la tête et vit qui le regardait, son corps se figea.
C’était le visage d’une femme en armure aux cheveux roses.
« Iris », souffla-t-il.
Le Dieu Inconnu regarda Damon, puis sourit en prenant le visage de Ranar. Son sourire semblait inoffensif, adorable même, mais il n’avait rien d’innocent.
« Tu as tué beaucoup de gens, Damon Grey. Mais le plus triste, c’est Carmen Vale, que tu as assassiné de sang-froid. Et pour quoi ? Parce qu’elle avait osé faire preuve d’un peu de gentillesse envers toi. »
Les yeux de Damon s’écarquillèrent légèrement.
Il essaya de relever la tête, mais n’y parvint pas.
Il ne pouvait pas la regarder.
« Qu’as-tu fait ensuite ? Dis-moi, Damon Grey. Qu’as-tu fait après l’avoir tuée ? »
Les paroles du Dieu Inconnu étaient comme une loi qui obligeait Damon à parler.
« J… J’ai dévoré son corps et tourné son idéal en dérision. »
Sylvia jeta un regard au Dieu Inconnu.
Puis elle abaissa lentement sa barrière et forma un sceau magique autour de sa main.
« Tu n’es pas invincible dans ce corps. Tu essaies seulement de donner cette impression. En réalité, tu es à peine plus puissant que les Outsiders. »
Elle fit un pas de plus.
« Tu te limites aussi toi-même. Tu as peur que la Déesse découvre ta présence ? Tu as beau être puissant, tu te retiens malgré tout. »
Damon regarda Sylvia, puis le Dieu Inconnu, avant de détourner la tête d’Iris.
« Ça veut dire que tant que tu ne seras pas pleinement assimilé à ce corps, on peut encore t’expulser de cette enveloppe charnelle. »
Le Dieu Inconnu resta silencieux un bref instant.
Puis il jeta un regard à Sylvia.
« Tu as raison. Même si cela paraît difficile, il reste une chance. Sans espoir, le désespoir ne peut exister. Il y a une chance infime que tu remplisses toutes les conditions. »
Il continua de sourire.
« Je considérerai cela comme ma défaite. Hélas, toi, tu ne le verras pas ainsi. Tout ce que je vois pour vous tous, c’est la mort. »
Un sceau magique alimenté par les lignes telluriques apparut sous ses pieds. Il débordait de la puissance magique de Sylvia, qui pointait la main vers lui.
Le Dieu Inconnu ferma les yeux.
« Alors tu seras la première à mourir. »
Un vide blanc engloutit le Dieu Inconnu et se referma sur lui en un immense dôme.
Sylvia s’approcha de Damon, qui tenait à peine debout. Elle le regarda un instant avant de parler.
« Je vais mourir. »
Voilà ce qu’elle dit.
L’expression de Damon changea.
Il essaya de tendre la main pour saisir la sienne, mais Sylvia sourit.
« J’ai essayé. Vraiment. Mais il n’y a aucun moyen de le vaincre. Même si la Déesse venait ici, il est tout simplement trop puissant. Beaucoup trop. »
Elle baissa les yeux.
« C’est la fin. »
Puis elle le regarda de nouveau.
« J’ai changé l’avenir d’une façon infime, et tout ce qu’il me reste à faire, c’est mourir. »
« Sylvia… » haleta Damon.
Il se força à se relever et la saisit.
« Non. Je ne te laisserai pas faire. C’est mon combat. Je t’en prie… »
« Se battre, c’est tellement Damon Grey. Tu as toujours été comme ça, même à l’Académie. »
« Mais ce Damon Grey-là ne peut pas gagner ce combat. Tu ne peux pas gagner. Alors, cesse d’être toi-même. »
Damon tendit la main pour prendre la sienne, mais ses doigts bougeaient à peine.
« Quoi qu’il arrive… quoi qu’il arrive, ne désespère pas. »
Sylvia se retourna.
Puis elle entra dans le dôme pour y mourir.
Damon essaya de la suivre, mais une force invisible le repoussa.
Quand il se retourna, il vit une épée pointée droit vers sa poitrine.
Iris se tenait devant lui.
Ses yeux étaient pleins de larmes.
Damon lui sourit en la voyant.
« Salut, Iris. »
« Dis-moi pourquoi… » murmura-t-elle, les mains tremblantes autour de son épée. « Comment as-tu pu faire ça ? »
« C’était facile. »
C’était tout ce que Damon pouvait lui répondre.
Peut-être était-ce la vérité.
Tuer son père avait été facile.
C’était tout.
À ce moment-là, alors que son ombre lui avait échappé et que tout avait mal tourné, c’était le seul choix facile qui s’était présenté à lui.
Iris leva son épée en poussant un cri, les larmes ruisselant sur son visage.
Une épée transperça Damon.
Le sang jaillit de la blessure.