Roderic fixa la notification, un immense sourire aux lèvres.
« En plus, il y a une récompense supplémentaire pour avoir percé, dit-il. Vous êtes d’humeur généreuse, aujourd’hui ! »
Il n’allait tout de même pas refuser dix mille pièces du Trône gratuites.
Mais, en réalité, ce n’était pas du tout ce qui l’intéressait !
Pour l’instant, il n’avait qu’une seule envie.
« Il faut que je teste ça, se dit-il. Voyons un peu à quel point je suis devenu fort ! »
Il ne lui fallut qu’une minute pour se rhabiller.
Après avoir attaché ses deux Lames à Crochet d’Azur à sa taille, il s’éloigna de la rivière et s’enfonça dans la forêt.
Son regard balaya rapidement un bosquet.
« Ça devrait faire l’affaire », marmonna-t-il en dégainant ses lames.
À l’instant où ses doigts se refermèrent sur la poignée, l’excitation l’envahit de nouveau.
Une aura bleue illumina aussitôt sa lame droite.
« Bon sang… »
Par rapport à avant, la couche d’aura était bien plus épaisse. Et, surtout, il la manipulait avec beaucoup plus de facilité !
Roderic sourit et leva sa lame.
« Inutile de commencer doucement, alors. »
Toute son aura se concentra autour du tranchant de sa lame, passant du bleu profond de l’océan à un or éclatant.
« Deuxième mouvement… »
Roderic abattit aussitôt sa lame.
« Entaille du Dragon ! »
FIOU !
Un immense arc doré jaillit de sa lame.
Roderic écarquilla aussitôt les yeux.
L’entaille d’aura ne cessa de grandir tandis qu’elle déchirait à toute vitesse la forêt devant lui.
CLAC ! CLAC ! CLAC !
Les arbres s’abattirent les uns après les autres, soulevant un nuage de poussière et de pollen.
Roderic contempla, muet de stupeur, l’arc doré qui finit par disparaître au loin.
« Ça faisait… dix mètres ? » songea-t-il, lentement.
Il déglutit avec peine et ne put s’empêcher de repenser à ce qu’il en était avant sa percée.
Son Entaille du Dragon ne parcourait alors que quatre mètres.
Et elle était loin d’être aussi grande que celle-ci !
« Avec ça… je pourrais abattre une bonne douzaine de soldats d’un coup, non ? »
Un large sourire se dessina peu à peu sur le visage de Roderic.
Après tout, il ne s’agissait que du deuxième mouvement.
Maintenant qu’il avait percé, il pouvait enfin commencer à s’entraîner aux troisième et quatrième mouvements.
« Le troisième mouvement s’appelait le Dragon lové », songea-t-il en hochant lentement la tête.
Contrairement aux autres mouvements, il ne visait pas à infliger un maximum de dégâts.
Il reposait plutôt sur un jeu de jambes extrêmement agile, qui permettait de renvoyer à l’adversaire la force de son attaque.
Il n’avait rien à voir avec tout ce que Roderic avait pratiqué jusqu’alors.
Et, franchement, cela ne faisait que lui donner encore plus envie de l’apprendre.
« Et puis, il y a le quatrième mouvement, songea-t-il. Le Rugissement du Dragon. »
Contrairement aux deux premiers mouvements, le Rugissement du Dragon s’appuyait à peine sur le tranchant de ses armes.
À la place, l’utilisateur retournait l’une de ses lames et frappait son adversaire avec le bas de la poignée.
Mais la véritable attaque venait de l’aura.
Une quantité énorme d’aura était comprimée en un seul point, avant d’exploser violemment au moment où la poignée frappait sa cible.
« Ça détruit quelqu’un de l’intérieur, songea-t-il en souriant, lui déchire les organes, lui broie le cœur, tout ça. »
Roderic eut un petit rire avant de baisser ses lames.
Il avait largement le temps d’apprendre ces deux mouvements avant la guerre.
Pour l’instant, Edmund et les autres l’attendaient encore.
« Je ferais mieux de ne pas les faire attendre toute la journée. Il nous reste encore quelques kilomètres à parcourir avant le coucher du soleil. »
Sur ce, Roderic rengaina ses lames et se mit en route à travers la forêt.
Le camp ne tarda pas à réapparaître dans son champ de vision.
La plupart des chevaliers et des serviteurs étaient déjà en train de déjeuner, tandis que les chevaux broutaient près des trois carrosses.
À peine une seconde s’écoula avant qu’Edmund ne le repère.
« Jeune maître, le salua-t-il en se relevant aussitôt. Vous tombez à pic. Votre repas doit être encore chaud. »
L’estomac de Roderic répondit immédiatement à sa place.
« Parfait, répondit-il avec désinvolture en s’approchant déjà. Je crève la dalle. »
Edmund tendit la main vers une assiette, mais Roderic avait déjà attrapé une brochette de lapin rôti près du feu.
« Ça ira très bien », dit-il en croquant aussitôt dedans.
La viande était encore assez chaude pour lui brûler la bouche, mais Roderic s’en soucia à peine.
Après tout ce que son corps venait d’endurer, on aurait pu lui servir une brochette en flammes qu’il l’aurait quand même dévorée.
Roderic arracha rapidement un autre morceau de viande à la brochette.
Il ne lui fallut pas longtemps pour tout finir.
À ce moment-là, la plupart des serviteurs avaient déjà commencé à ranger les provisions restantes.
« Très bien, marmonna Roderic en se relevant. En route. »
En quelques minutes, les feux furent éteints et les chevaux attelés de nouveau aux carrosses.
Roderic monta dans l’un d’eux, accompagné cette fois d’Edmund.
Peu après, les trois carrosses reprirent leur route.
…
Plusieurs heures passèrent sans que rien de notable ne se produise.
Roderic dormit presque tout le temps, encore épuisé par l’intense percée.
Lorsque le soleil disparut derrière l’horizon, ils avaient parcouru quelques dizaines de kilomètres de plus.
Le groupe finit par s’arrêter dans une vaste clairière, au bord de la route.
Cette fois, toutefois, ils ne repartiraient pas avant les premières lueurs de l’aube.
On dressa rapidement les tentes, on attacha les chevaux et plusieurs feux illuminèrent la clairière, plongée autrement dans l’obscurité.
Après avoir dîné avec Edmund, Roderic ne tarda pas à se diriger vers sa tente.
« Bon sang, cette migraine, songea-t-il en se tenant la tête. La percée a vraiment dû être intense… »
Il ne s’était pas senti aussi mal depuis l’époque où, sur Terre, il enchaînait trois petits boulots en ne dormant que quelques heures par nuit.
« Bonne nuit, jeune maître », lança Edmund derrière lui.
Roderic leva paresseusement une main.
« Bonne nuit. »
Il entra et s’affala sur sa paillasse.
En quelques minutes, Roderic sombra dans un profond sommeil.
Les heures s’écoulèrent lentement.
Dehors, les feux s’éteignirent peu à peu tandis que presque tout le camp tombait dans le silence.
Seuls les chevaliers affectés au guet nocturne restèrent éveillés.
Roderic continua de dormir paisiblement.
Peu à peu, cependant, de faibles bruits commencèrent à s’élever dans les ténèbres qui entouraient le camp.
FIOU ! CRAC !
Soudain, un cri retentit dans tout le camp.
« À L’EMBUSCADE ! »