Le lendemain, lorsque le groupe s’arrêta pour se reposer, Roderic avait déjà disparu dans la forêt voisine.
Bam !
L’une de ses Lames à Crochet d’Azur fendit de part en part le tronc d’un jeune arbre.
Roderic pivota et abattit aussitôt sa seconde lame.
Fouuuch !
Un large arc d’aura dorée jaillit de sa lame.
Crac ! Crac ! Crac !
Trois arbres se brisèrent l’un après l’autre.
L’aura bleue continuait de ruisseler autour des armes de Roderic, qui passait d’une cible à l’autre.
Ses mouvements se succédaient à toute vitesse dans la forêt.
À chaque fois, son aura bleue habituelle prenait brièvement une teinte dorée et brillante.
Roderic ne s’entraînait pourtant à rien de compliqué.
Son seul but était d’épuiser son aura.
Crac ! Crac ! Crac !
Plusieurs autres arbres s’effondrèrent.
Bientôt, il ne lui resta presque plus d’aura.
Roderic s’arrêta aussitôt, le souffle court et les vêtements trempés de sueur.
Mais ce n’était pas du tout ce qui retenait son attention.
Il était entièrement absorbé par le grand sceau d’aura sur sa poitrine.
« Presque », marmonna-t-il en expirant profondément. « Encore un jour… »
Depuis quelque temps, un étrange sentiment d’accomplissement l’envahissait.
Mais à présent, il s’était intensifié.
C’était comme s’il avait assez mangé, tout en sentant de minuscules creux dans son estomac qui réclamaient encore à être comblés.
Roderic essuya la sueur de son front.
Puis il rengaina ses Lames à Crochet d’Azur et reprit lentement le chemin du camp.
À son retour, plusieurs feux avaient déjà été allumés.
Roderic s’assit près de l’un d’eux.
La sueur continuait de couler sur son visage tandis qu’il contemplait les flammes en silence.
Pendant un moment, il se perdit dans ses pensées.
Former son deuxième sceau d’aura n’était pas aussi simple qu’on aurait pu le croire.
Contrairement au premier, cette fois, ce serait à lui de choisir où graver le sceau sur son corps.
Et le processus lui-même était réputé atrocement douloureux.
Assez douloureux pour que certains chevaliers perdent leur concentration en cours de route et échouent complètement.
Un tel échec pouvait faire régresser considérablement leur progression.
L’expression de Roderic se crispa l’espace d’un instant.
Clac !
Il se frappa soudain les deux joues.
Son appréhension s’évanouit presque aussitôt.
« Hors de question que j’échoue, marmonna-t-il. J’ai déjà traversé pas mal d’épreuves douloureuses, et j’ai même un trait qui augmente ma résistance à la douleur. »
S’inquiéter de l’échec ne servait à rien.
Il ferait mieux de réfléchir à quelque chose de bien plus important.
« Quelle taille est-ce que je peux lui donner ? »
Plus le sceau qu’il formait au départ était grand, plus il pourrait ensuite se développer. Et plus il grandirait, plus il pourrait contenir d’aura.
C’était ça, l’essentiel.
« L’aura détermine presque l’issue de tous les combats, dit-il en plissant les yeux. Si je veux accomplir des techniques prodigieuses à l’avenir, il m’en faut autant que possible. »
La sécurité de Roderic ne le préoccupait pas non plus.
S’il allait se lancer, il comptait pousser son corps à ses limites.
C’était ainsi qu’il se démarquerait des autres chevaliers au deuxième sceau.
« Je vais probablement graver le sceau dans mon dos, marmonna-t-il. C’est la plus grande zone libre, puisque j’en ai déjà un sur la poitrine. »
Les autres parties du corps, plus petites, exigeaient des sceaux bien plus complexes et comprimés pour contenir la même quantité d’aura.
Et il n’avait tout simplement pas envie de se brûler les mains pour ça, pas encore.
Roderic s’adossa un instant.
Son regard remonta vers le ciel lumineux, constellé d’étoiles.
Contrairement à la Terre, où la pollution lumineuse gâchait terriblement le spectacle, le ciel était ici d’une beauté saisissante.
À cet instant, des pas approchèrent derrière lui.
« Vous avez faim, jeune maître ? »
Roderic baissa les yeux et se retourna.
Edmund s’avançait vers lui, deux grosses pièces de chevreuil rôti à la main.
Son regard se fixa presque aussitôt sur la viande.
« Terriblement », répondit-il en se léchant les lèvres.
Edmund eut un petit rire et lui en tendit une.
Roderic la prit sans hésiter et mordit dedans tandis qu’Edmund s’asseyait près du feu.
Pendant un moment, aucun des deux ne parla.
Seuls le crépitement des flammes et les conversations lointaines des chevaliers rompaient le silence.
Puis Edmund se racla soudain la gorge.
« Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous remercier, jeune maître.
Roderic s’interrompit, la viande à mi-chemin de sa bouche.
Il lui jeta un regard en coin et haussa lentement un sourcil.
« Pour quoi ? » marmonna-t-il, sans cesser de mâcher.
Edmund ne s’en formalisa pas.
Il se contenta… de contempler le feu, une expression étrange dans les yeux.
« Pour avoir pris ma défense lors de la réunion, répondit-il. Seigneur Gareth m’humiliait devant tout le monde, et pourtant vous n’avez pas hésité un seul instant. »
Roderic le dévisagea sans comprendre, puis retira lentement la viande de sa bouche.
« Tu me remercies pour ça ?
Edmund acquiesça aussitôt.
« Bien sûr, répondit-il avec fermeté. La plupart des nobles ne risqueraient pas de s’attirer les foudres d’une autre maison pour quelqu’un comme moi. »
Roderic le fixa un instant.
Puis un grand sourire illumina son visage.
Clap !
Il flanqua une grande tape dans le dos d’Edmund et secoua la tête en riant.
« Je te l’ai déjà dit, non ? Tu es de ma famille.
L’homme d’âge mûr et corpulent cligna des yeux.
« Tu as pris soin de moi depuis que j’étais gamin, poursuivit Roderic. Même quand je m’égarais, tu étais à mes côtés.
Il marqua une pause.
« Je serais vraiment minable si je laissais quelqu’un t’humilier après tout ça. »
Sur ces mots, Roderic mordit dans la viande de chevreuil.
Il en arracha une énorme bouchée et poursuivit tranquillement son repas.
À côté de lui, le sourire d’Edmund s’adoucit.
Pendant un instant, de petites larmes perlèrent même au coin de ses yeux.
Mais elles disparurent tout aussi vite.
« Merci, jeune maître.
Roderic hocha une fois la tête, concentré sur sa viande.
« Je t’en prie. »
Cela sembla lui suffire.
Les deux hommes restèrent quelque temps près du feu, terminant leur repas tout en discutant de temps à autre du voyage de retour.
Finalement, la fatigue due à l’entraînement de Roderic commença à se faire sentir.
Il se leva et étira les bras au-dessus de sa tête.
« Je vais dormir.
Edmund acquiesça.
« Reposez-vous bien, jeune maître.
Roderic lui adressa un petit signe de la main, puis se dirigea vers sa tente de toile.
…
Roderic se laissa tomber sur l’épaisse paillasse à l’intérieur et poussa un profond soupir.
Sa conversation avec Edmund lui était déjà sortie de l’esprit.
Ses pensées ne revenaient qu’à une seule chose.
« Demain, songea-t-il en se roulant sur le dos. Ça y est enfin. »
« Je vais percer, et je vais faire la meilleure putain de percée que quiconque ait jamais vue ! »