Tôt le lendemain matin, Roderic ouvrit lentement les yeux.
Pendant quelques secondes, il resta allongé dans son lit.
Puis il se souvint de ce qu’il avait fait la veille au soir.
« Ah oui, songea-t-il. « Il est temps d’aller voir Victor. »
Roderic se redressa aussitôt et jeta un coup d’œil vers la fenêtre. Le soleil venait tout juste de se lever sur Ravenport.
Il voulait retourner à la Guilde marchande du Voyageur le plus tôt possible.
Cependant, une autre pensée l’arrêta avant qu’il ait pu sortir du lit.
« La récompense de la Quête principale… »
Roderic hésita un instant.
Une partie de lui voulait partir immédiatement pour s’occuper d’abord de Victor. Il avait déjà attendu tout ce temps avant de réclamer sa récompense ; quelques heures de plus n’y changeraient rien.
Mais cette récompense avait l’air tellement alléchante…
« Et puis merde, pensa-t-il en serrant le poing. « Je l’ai bien méritée. »
« Système, donne-moi mes récompenses ! »
Plusieurs fenêtres apparurent aussitôt devant lui.
[Quête principale 2 terminée.]
[Attribution des récompenses en cours…]
[+20 000 pièces du Trône.]
[Intégration de l’Œil d’évaluation doré en cours…]
À l’apparition de la dernière phrase, l’œil droit de Roderic se mit soudain à brûler.
« Putain ! »
Il porta aussitôt la main à son visage.
Une douleur lancinante lui envahit l’œil, comme si des milliers de fourmis y rampaient.
Roderic serra les dents, maudissant intérieurement tout et tout le monde.
Heureusement, la douleur ne dura pas longtemps.
Au bout de quelques secondes, la sensation de brûlure s’atténua rapidement, jusqu’à laisser place à une légère gêne.
Roderic baissa lentement la main et cligna plusieurs fois des yeux.
« C’est tout ? »
Presque aussitôt, son regard se posa sur la petite table en bois près de son lit.
Avant qu’il ait pu réagir, plusieurs lignes de texte apparurent soudain dans son champ de vision.
[Table en bois]
[Rang : mortel]
[Durabilité : 70/100]
[Table ordinaire fabriquée par le menuisier David.]
Roderic écarquilla légèrement les yeux.
« Oh ? » songea-t-il. « Pas mal, ça. »
Son regard se porta sur la chaise en dessous.
[Chaise en bois]
[Rang : commun]
[Durabilité : 53/100]
[Chaise ordinaire fabriquée par le menuisier David.]
Roderic ne put s’empêcher de hocher la tête, très impressionné par cet œil.
Sans plus réfléchir, il balaya la pièce du regard.
Ce fut une très mauvaise idée.
[Lit une place]
[Plancher en bois]
[Fenêtre]
[Sac en cuir]
[Chandelier en fer]
Les informations défilèrent à toute vitesse dans son champ de vision.
« Holà, holà, holà ! »
Roderic ferma aussitôt les yeux.
« Je retire ce que j’ai dit ! » cria-t-il. « Ce n’est pas du tout agréable ! »
Pendant plusieurs longues secondes, Roderic garda les yeux fermement clos.
Son esprit tournait à plein régime, cherchant un moyen de mettre fin à cette folie.
« Il doit bien y avoir un moyen de le contrôler, songea-t-il. « Sinon, je vais devoir m’arracher l’œil ! »
Le temps lui étant compté, Roderic se força à rouvrir lentement les yeux.
Les informations se mirent aussitôt à apparaître dans son champ de vision.
« Arrête ! »
Comme si l’œil avait réagi à sa pensée, toutes les informations disparurent.
Roderic cligna une fois des yeux, surpris.
« Oh ? »
Il jeta de nouveau un coup d’œil à la table en bois.
Mais cette fois, rien n’apparut.
Il se concentra alors sur elle avec une intention claire.
[Table en bois]
[Rang : mortel]
[Durabilité : 70/100]
[Table ordinaire fabriquée par le menuisier David.]
Un sourire reparut aussitôt sur le visage de Roderic.
« Voilà qui est mieux. »
Il ne put retenir un soupir de soulagement.
Il avait déjà connu son lot de souffrances, dans ce monde comme dans le précédent, mais s’arracher le globe oculaire ne figurait PAS sur sa liste de choses à faire avant de mourir.
Roderic observa plusieurs autres objets dans la pièce et mit son nouvel œil à l’épreuve encore quelques fois.
Tant qu’il ne se concentrait pas délibérément sur quelque chose, rien n’apparaissait.
« Parfait, marmonna-t-il. Je peux sortir comme ça. »
Une fois ce problème réglé, Roderic sortit enfin du lit et commença à s’habiller.
Il avait déjà perdu assez de temps à s’amuser avec son nouvel œil.
« Maintenant, il est temps d’aller au bout de ce que je préparais. »
Roderic finit rapidement de s’habiller, puis fixa ses deux lames à crochet à ses flancs.
Quelques minutes plus tard, il quitta sa chambre et descendit l’escalier.
Sans surprise, Edmund était déjà réveillé.
L’homme d’âge mûr était assis à une table, avec les deux chevaliers à proximité, et prenait son petit-déjeuner.
« Jeune maître, salua Edmund en se levant prestement. Vous êtes debout bien tôt. »
« Toi aussi, répondit Roderic.
Son regard se posa sur leur repas, et il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire.
« Finissez. Nous partons pour la Guilde marchande du Voyageur. »
Edmund haussa un sourcil, mais ne posa pas de questions.
« Bien sûr, jeune maître. »
Heureusement, ils avaient presque terminé.
Moins de cinq minutes plus tard, tous quatre quittèrent l’auberge.
Roderic traversa d’un pas vif les rues animées de Ravenport, réfléchissant déjà à ce qu’il dirait à Victor.
« Il doit déjà savoir que l’argent a disparu, songea-t-il. « Il suffira de quelques phrases bien choisies pour lui faire soupçonner son meilleur ami. »
Avec un peu de chance, la suite ne prendrait pas trop de temps.
La Guilde marchande du Voyageur apparut bientôt au loin.
Roderic ralentit aussitôt, les yeux légèrement écarquillés.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Plusieurs carrosses lourdement chargés se tenaient devant le bâtiment, entourés d’un groupe d’hommes visiblement furieux.
Victor se trouvait parmi eux, mais son expression était bien différente.
« Je vous ai dit qu’il s’était passé quelque chose hier soir ! » lança-t-il d’une voix désespérée.
« Et je vous ai répondu que ce n’était pas notre problème ! » répliqua sèchement un marchand âgé. « Vous avez signé un contrat qui garantissait notre paiement à la livraison. Maintenant, nous voulons notre argent ! »
Roderic s’arrêta.
Son regard passa des carrosses aux caisses, puis aux hommes furieux et à Victor.
« Oh, merde. »
Il avait apparemment choisi une bien mauvaise nuit pour dérober toute la fortune de Victor.
« Donnez-moi jusqu’à demain, supplia Victor. Je trouverai votre argent. »
« Certainement pas. »
Le visage du marchand âgé se durcit.
« Payez-nous aujourd’hui, ou nous repartons avec la cargaison. Et je vous garantis que tous les marchands de Ravenport seront au courant. »
Victor se tut aussitôt.
Roderic aurait presque pu voir la panique sur son visage.
Il était venu dans l’intention d’amener peu à peu Victor à soupçonner son meilleur ami.
À la place, Victor était sur le point de voir sa réputation réduite en miettes avant même que Roderic en ait eu l’occasion.
Pendant un instant, Roderic se contenta d’observer la scène.
Puis une idée lui vint soudain.
« Attendez un peu… »
De toute façon, il voulait que Victor lui soit redevable.
Pourquoi ne pas rendre cette dette un peu plus concrète ?