À peine trois heures s’étaient écoulées depuis que Roderic s’était endormi.
BWOOOOOOOO !
Le son grave et retentissant d’une corne résonna dans toute la Ville de Whitemane.
« Ugh… »
Roderic gémit et enfouit davantage son visage dans son oreiller.
Ses oreilles tintaient tandis qu’une vive douleur lui traversait le crâne.
BWOOOOOOOO !
« Bon sang… »
Il ouvrit lentement les yeux.
Pendant un instant, il se contenta de fixer le plafond.
« Déjà… ? marmonna-t-il. Mon aura n’a même pas complètement récupéré. »
TOC ! TOC !
Avant qu’il ait pu formuler une autre plainte, une voix affolée retentit derrière sa porte.
« Jeune maître ! cria Edmund. L’ennemi s’est mis en marche ! »
Dans un soupir accablé, Roderic se força à sortir du lit.
« Je suis réveillé ! » cria-t-il en se frottant la tête. « J’arrive dès que possible ! »
Edmund ne répondit pas.
Tout ce que Roderic entendit, ce furent ses pas précipités dans le couloir.
« Pffff… »
Roderic expira profondément en se frottant le visage à deux mains.
On dirait ma vie sur Terre, pensa-t-il. Sauf que cette fois, mon corps n’est même pas habitué au manque de sommeil. Quelle vie de merde.
Se redressant avec effort, il se dirigea aussitôt vers la bassine.
Après s’être aspergé le visage d’eau froide, Roderic se sentit enfin frais.
Bon, pensa-t-il en s’étirant. Voyons ce que ces clowns nous réservent.
Il enfila rapidement des vêtements, puis se tourna vers l’endroit où reposaient d’habitude ses Lames à Crochet d’Azur.
Sauf qu’elles n’y étaient pas.
« Merde ! » jura-t-il, furieux. « J’avais complètement oublié. »
Pendant la poursuite, il avait lancé ses lames d’azur sur les cordes pour être sûr de les trancher.
Mais il n’avait jamais eu l’occasion de les récupérer !
« Ce fichu talent Rappel d’arme ne sert à rien non plus, marmonna-t-il en secouant la tête. Ce vieux chevalier que j’ai affronté au village a brisé le lien sans le moindre effort. »
Roderic y réfléchit encore un instant.
Ce n’était pas juste de qualifier le talent d’inutile, mais il avait bel et bien montré ses limites.
Enfin, peu importe.
Il pourrait chercher une meilleure solution plus tard.
Pour l’instant, il lui fallait vite remplacer ses armes.
D’une pensée, Roderic ouvrit la Boutique du système.
WHOOSH !
Un écran bleu familier apparut devant ses yeux.
Son regard se porta aussitôt sur la section des armes.
Voyons voir…
Après avoir ajouté deux filtres, plusieurs options familières s’affichèrent devant lui.
—————Équipement du Trône du Monde—————
Filtres : [Lames à crochet jumelles], [Technique du Crochet du Dragon Jumeau]
> Lames à Crochet des Deux Tigres - Rang mortel - 1 pièce du Trône
> Lames à Crochet Jumelles d’Azur - Rang terrestre - 250 pièces du Trône
> Lames à Crochet Jumelles Vermillon - Rang céleste - 2 800 pièces du Trône
> Lames à Crochet Jumelles draconiques - Rang royal - 11 500 pièces du Trône
> Verrouillé
- - -
Pendant un instant, le regard de Roderic s’attarda sur les lames de rang céleste.
Puis il secoua la tête.
Je dois garder mes pièces pour l’instant, pensa-t-il en plissant les yeux. Au cas où une poursuite du même genre se reproduirait sans pièges à proximité…
Sans hésiter davantage, il sélectionna les Lames à Crochet Jumelles d’Azur.
[Ding ! Achat réussi !]
Un instant plus tard, deux lames familières apparurent devant lui.
Roderic les saisit par leurs poignées.
FIOU ! FIOU !
Il les fit tournoyer quelques fois pour les essayer.
Très bien.
Elles étaient exactement comme ses armes précédentes.
Je les améliorerai quand j’aurai trouvé une solution de rechange pour Rappel d’arme, pensa-t-il. J’ai horreur de jeter trois mille pièces par les fenêtres, après tout.
Satisfait, Roderic accrocha les lames à sa ceinture.
Puis, alors qu’il s’apprêtait à se diriger vers la porte, son regard s’égara vers la fenêtre.
Bon, histoire de rattraper un peu le temps perdu…
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
Il se précipita vers la fenêtre et passa une jambe par-dessus le rebord.
BOUM !
La fenêtre fut arrachée de ses gonds et le bois vola en éclats.
Je vais prendre le chemin facile pour sortir !
Sans réfléchir davantage, Roderic grimpa sur l’appui de fenêtre et sauta.
WHOOSH !
L’air froid du matin lui fouetta le visage tandis qu’il chutait de deux étages.
Il atterrit fermement au sol et se mit aussitôt à courir.
« Héhéhé… »
Roderic gloussa en filant vers les remparts.
Il atteignit bientôt le rempart est.
Même à distance, il entendait les soldats crier.
« Dépêchez-vous ! Montez ces flèches là-haut ! »
« Il en faut davantage sur la section nord ! »
Des dizaines d’hommes faisaient la navette, portant de lourdes bottes de flèches et d’autres provisions dans les escaliers de pierre.
Roderic se fraya rapidement un chemin parmi eux.
Lorsqu’il atteignit le sommet, un spectacle grandiose s’offrit à lui.
WHOOSH ! WHOOSH ! WHOOSH !
Des centaines de flèches fusaient dans les airs et s’abattaient sur l’armée Deres qui approchait.
La plupart étaient toutefois arrêtées par les énormes boucliers que les soldats ennemis tenaient au-dessus de leur tête.
Merde…
Roderic plissa les yeux.
Au-delà des remparts, des milliers de soldats avançaient lentement à travers les champs.
Certains portaient des échelles, tandis que d’autres poussaient d’immenses machines de siège en bois vers la ville.
Et derrière eux ?
Des milliers d’autres soldats et chevaliers avançaient lentement en formation.
Ils ont réussi à se réorganiser sacrément vite, pensa-t-il.
Son expression se fit peu à peu grave.
Jusqu’ici, tout s’était bien passé, et il avait presque fini par se croire invincible.
Ce n’est pas une plaisanterie, pensa-t-il en se donnant une gifle sur chaque joue. Réveille-toi, bordel.
À cet instant, une voix familière retentit près de lui.
« Roderic ! »
En se retournant, Roderic aperçut Arthur qui se tenait à quelque distance.
Le visage grave, Arthur leva le bras et lui fit signe d’approcher.
Roderic le rejoignit sans hésiter.
« Messieurs, salua-t-il d’un hochement de tête. Où en est la situation ? »
« Ça pourrait aller mieux, répondit Arthur, les yeux rivés sur le champ de bataille. Mais ça pourrait être pire. »
Il marqua une pause avant de poursuivre.
« Aldric et ses chevaliers n’ont toujours pas montré le bout de leur nez. Pour l’instant, ils n’ont envoyé que leur infanterie. »
Roderic haussa un sourcil.
Lui aussi reporta lentement son regard au-dehors.
« Et le matériel de siège ? demanda-t-il d’un ton posé.
— Six tours de siège et quatre béliers, répondit le capitaine Harris. Pour l’instant, ils les gardent derrière leurs formations de boucliers. »
Roderic resta silencieux un instant.
Les intentions d’Aldric étaient parfaitement claires pour lui, comme pour tous les autres.
Ils gardent leurs combattants les plus puissants en réserve tout en mettant nos défenses à l’épreuve, pensa-t-il. Ce siège ne sera pas de tout repos…
Il claqua la langue, agacé.
À cet instant, une autre corne retentit sur le champ de bataille.
BWOOOOO !
Les formations ennemies accélérèrent le pas.
Roderic plissa aussitôt les yeux.
Attendons de voir…