Chapitre 165
Épisode 165 : Pendant ce temps, à l’ouest (1)
Clang ! Clang ! Clang !
Un son métallique rafraîchissant résonnait avec régularité dans la chaleur étouffante.
Pschhh !
La cadence, qui semblait ne jamais devoir s’interrompre, s’apaisa un instant dans un jaillissement de vapeur…
« Concentre-toi ! Ne réfléchis pas trop ! Écoute le feu, ressens le cœur du métal et contente-toi de frapper ! »
La voix tonitruante de Zaonic retentit.
Ses consignes, toujours ponctuées de cris, n’avaient pas changé depuis le premier jour d’entraînement et continuaient de fuser, près d’un mois plus tard.
Howard avait cru s’être suffisamment préparé pour maîtriser une compétence, mais, aux yeux de Zaonic, un artisan nain, il n’avait que le niveau d’un bambin qui faisait ses premiers pas.
À vrai dire, il n’avait pas consacré assez de temps à s’entraîner ; il était donc tout naturel qu’il se fasse réprimander pendant les leçons.
Mais cet entraînement spartiate me fait vraiment progresser vite. Rien à voir avec l’époque où j’apprenais tout seul.
Après avoir jeté un coup d’œil au métal qu’il tenait avec ses pinces, il l’essuya de son front couvert de sueur avant de le remettre dans la forge.
L’enseignement de Zaonic… autrement dit, la méthode des nains, différait beaucoup des bases de la métallurgie qu’il avait apprises jusque-là.
Avant le début officiel des leçons, Howard avait parfaitement démontré les rudiments qu’il connaissait lors d’une épreuve destinée à évaluer son niveau.
Un processus de traitement du métal systématique, fondé sur les valeurs précises de la science moderne.
Mais Zaonic avait accueilli sa démonstration assurée avec tiédeur.
En un mot, c’était « trop compliqué » ; plus précisément, « trop humain, pas adapté à un nain ».
— « Bien sûr, je ne cherche pas à dénigrer les techniques que tu as apprises. C’est une méthode tout à fait valable. Enfin, si tu n’étais pas un nain ! »
Comme Howard l’avait déjà compris, les nains avaient des sens différents de ceux des humains.
Ils pouvaient même obtenir de meilleurs résultats en sautant bon nombre des étapes que les humains devaient suivre.
C’est comme pour les calculs mentaux : quand on peut résoudre un problème de tête, pas besoin de formules compliquées.
Et les nains ne se contentaient pas d’être capables de calculer de tête : c’était une race absurde, qui avait en quelque sorte des calculatrices d’ingénieur intégrées au cerveau.
Voilà pourquoi on les appelait la race des artisans et pourquoi ils affirmaient qu’imiter les méthodes des autres races était inefficace.
Ce que Zaonic s’appliquait donc à lui enseigner n’était pas quelque technique secrète.
— « Inutile de t’enseigner les bases. Ce dont tu as le plus besoin, pour l’instant, c’est d’une seule chose ! Réveiller comme il faut la “méthode naine” ! Le reste viendra après ! »
Il voulait lui apprendre à tirer pleinement parti des avantages d’un artisan nain.
Pour le dire simplement, il s’agissait davantage de se fier à son instinct que de suivre scrupuleusement un processus et de travailler méthodiquement comme il en avait l’habitude.
Ça n’a aucun sens, mais les résultats sont bien meilleurs, alors je ne peux rien dire. En y repensant, c’est ça, l’image qu’on se fait d’un artisan…
Après tout, les statistiques et les valeurs scientifiques n’étaient que des moyennes.
Le métal travaillé, le combustible utilisé pour alimenter le feu, et même le liquide de trempe : leurs caractéristiques variaient légèrement à chaque fois, et l’état de la personne qui les manipulait n’était pas constant non plus.
La quantification scientifique aidait à éviter les échecs, mais il fallait autre chose pour devenir un véritable « artisan » capable de créer des chefs-d’œuvre qui dépassaient un certain niveau.
Ça veut dire que je dois maintenant me concentrer sur le développement de mes propres capacités plutôt que de m’en remettre à des astuces. Je pourrai utiliser correctement les techniques avancées que j’ai rapportées de la Terre une fois que j’aurai atteint un certain niveau. C’est un peu décevant…
Clang ! Clang !
Tandis qu’Howard ruminait en silence, concentré sur son travail, Zaonic, qui l’observait derrière lui, ne savait plus combien de fois il avait dû réprimer sa surprise.
… Il m’impressionne à chaque fois. Il apprend à une vitesse incroyable. Ses bases étaient bonnes dès le départ, à part quelques mauvaises habitudes inutiles.
Howard avait déjà dépassé le niveau auquel Zaonic s’attendait, alors qu’il ne lui enseignait sérieusement que depuis peu.
Il assimilait tout son enseignement en un instant et progressait de jour en jour ; Zaonic, lui aussi, prenait plaisir à lui en apprendre toujours davantage.
Et, curieusement, je me sens proche de lui. Serait-il un parent éloigné ?
Son zèle avait aussi une petite explication sentimentale.
Il ne pouvait s’empêcher de vouloir prendre soin de lui : Howard ne lui semblait pas être un étranger.
Il ne découvrirait jamais pourquoi.
Clang !
Hein ?
Et, après près d’un mois d’entraînement,
Howard, qui maniait son marteau comme en transe, comprit enfin qu’il avait atteint un certain seuil.
Je vois. C’est donc ça…
Rien n’avait changé.
Ses sens étaient aussi aiguisés que d’habitude et le bout de ses doigts aussi délicat que toujours.
Mais quelque chose était différent.
Les flammes ardentes lui parlaient.
Elles lui demandaient s’il voulait augmenter un peu la chaleur.
Il ressentait sur sa peau les vibrations du métal.
Il savait instinctivement où et avec quelle force le frapper pour le rendre plus parfait.
C’est incroyable. Je n’arrive pas à croire que je ressens vraiment ça.
Ses pensées parasites s’évanouirent.
Comme possédé par cette sensation, Howard entra en transe et se laissa guider par la volonté du feu et du métal…
Et, au moment où il acheva un « chef-d’œuvre »…
[L’individu a atteint l’illumination grâce à un entraînement répété. Vous avez acquis la compétence spéciale « Logique de création naine ».]
Il venait enfin de faire ses premiers pas en tant que véritable artisan nain.
Et, comme pour bénir cet événement, les messages qui apparurent ne s’arrêtèrent pas là.
[Titan pose son regard sur vous.]
[L’individu remplit les conditions requises et atteint l’illumination. Vous avez acquis la compétence spéciale « Chant du feu et du métal ».]
Au même instant, les flammes qui brûlaient paisiblement dans la forge vacillèrent avec violence. Une langue de feu jaillit, s’enroula doucement autour de lui, puis disparut.
Hébété par cette situation soudaine, Howard cligna des yeux avant de se remémorer ce qu’il savait.
Titan, c’est…
C’était le nom officiel du « Dieu du Feu et du Métal », la divinité vénérée par les nains.
Ce nom était si révéré dans la société naine que le royaume des nains du Continent d’Émail s’appelait « Titania ». En général, toutefois, ils employaient d’autres termes, car prononcer directement le nom d’un dieu était considéré comme un blasphème.
J’ai rempli les conditions pour attirer son attention grâce à ce qui vient de se passer ?
Sinon, il n’y avait aucune raison qu’il se manifeste à cet instant.
Quoi qu’il en soit, un nouveau protecteur était toujours le bienvenu.
Clap, clap, clap !
« Félicitations, Howard ! Je n’aurais jamais cru que tu l’éveillerais si vite ! Et la bénédiction de la forge… On dirait que Dieu veille lui aussi sur ton talent. »
Zaonic s’approcha en applaudissant et lui tapota l’épaule avec un sourire satisfait.
D’après ce qu’il avait entendu, les nains prometteurs vivaient plusieurs fois un phénomène de ce genre.
C’était une marque d’intérêt qui apparaissait généralement quand ils créaient quelque chose d’important devant la forge, ou quand un artisan qui avait su plaire à Dieu franchissait un cap et progressait.
Howard baissa les yeux sur ses paumes, émerveillé par cette nouvelle sensation, et les ouvrit et les referma à plusieurs reprises.
La chaleur qui emplissait l’atelier se déplaçait au gré de ses gestes, et l’énergie du feu qu’il respirait lui semblait plus familière.
Sans même regarder, il percevait où se trouvait le métal alentour et dans quel état il était.
Le « Chant du feu et du métal » renforce littéralement mon affinité avec ces deux éléments. On dirait qu’il se passe autre chose quand la maîtrise augmente, mais pour l’instant, c’est tout ce que j’en tire.
Ses compétences progressaient, et c’était déjà une bonne chose.
Tandis qu’il savourait les fruits de son entraînement et hochait la tête, satisfait…
« Bien ! Maintenant que tu as les bases, je peux enfin t’enseigner correctement ! Je ne te ménagerai plus, alors tiens bon ! Hahaha ! »
Howard ne put s’empêcher d’esquisser un sourire gêné lorsque Zaonic éclata de rire.
Ce n’est pas comme s’il m’avait ménagé jusque-là…
Mais cela n’avait pas grande importance : il pouvait endurer n’importe quelles conditions difficiles.
Non, c’était même ce qu’il voulait.
Dans l’artisanat, l’expérience était essentielle ; le temps y comptait donc davantage que dans d’autres domaines…
Et pour dépasser cette limite et atteindre le sommet, il devait fournir plusieurs fois plus d’efforts que les autres.
« Alors, on commence tout de suite ? »
« Oui, maître ! »
Ainsi, dans un atelier à la périphérie de la ville, un artisan nain progressait à toute allure sous la tutelle de son maître.
Il avait un esprit indomptable, que même le gouffre ne pouvait ébranler, et un corps aussi solide que l’acier, renforcé par le dopage au Karma.
Au plus profond du manoir de la maison ducale Bright, dans le Royaume de Talia.
Toc, toc.
« Seigneur, c’est Theodore. »
« Entrez. »
Heinz, qui écoutait Mulo lui faire le point sur la situation du continent, tourna discrètement la tête vers l’homme qui entrait dans le bureau.
Celui-ci s’inclina profondément dès son entrée, puis échangea avec gêne quelques salutations avec Mulo, qui se tenait à côté de lui.
Leurs clans avaient été ennemis, mais ils étaient désormais réunis sous la bannière d’« Hybride ». Il leur était toutefois difficile de se sentir à l’aise : la guerre totale qu’ils s’étaient livrée était encore récente.
Leurs rangs et leurs positions étaient similaires ; ils étaient donc aussi rivaux.
Heinz, bien sûr, ne se souciait pas de leurs tensions à demi voilées.
« Alors, Theodore. Tout est terminé ? »
« Oui. Ceux qui arriveront bientôt sont les derniers de chaque région. À l’exception de ceux que nous n’avons pas pu joindre pour une raison ou une autre, toutes les forces restantes des Ufersh seront bientôt rassemblées dans le Royaume de Talia. »
La relocalisation du Clan Ufersh était en cours depuis un bon moment.
Elle avait pris plus de temps que prévu, car il s’agissait du plus grand clan vampire, dont les membres étaient dispersés sur tout le continent.
« Bon travail, Theodore. Tu as fourni beaucoup d’efforts. »
« Ce n’est rien en comparaison de l’occasion que vous nous avez offerte, Seigneur. Et c’est aussi pour le bien de tous les vampires, n’est-ce pas ? »
Theodore s’empressa de le flatter dès qu’il en eut l’occasion.
Contrairement à Mulo, qui restait un peu raide en ancien seigneur de clan, Theodore laissait naturellement transparaître son expérience de second.
Heinz ferma les yeux et s’adossa à son fauteuil, sans prêter attention à leur lutte d’influence à peine voilée.
La tâche consistant à renforcer les forces d’Hybride grâce à l’« Essence de sang raffinée » et à consolider le système de gouvernement touchait enfin à sa fin.
Il avait consommé une quantité considérable d’Essence de sang au cours de l’opération, mais heureusement, les réserves de Sang de dragon qu’il avait constituées lui avaient évité tout problème majeur.
Une fois l’« Essence de sang raffinée » injectée à ceux qui arrivent cette fois, la première étape sera terminée. Je pourrai alors passer à la suivante.
Le but de Heinz II.
Au départ, il s’agissait simplement de bâtir un réseau d’information à l’échelle du continent, mais, à un moment donné, il s’était fixé un autre objectif.
Nous sommes enfin prêts à nous montrer au grand jour.
Il voulait sortir les vampires de l’ombre et leur permettre d’agir ouvertement.
Ils appartenaient à une race qui devait forcément vivre en parasitant les autres, surtout les humains, qui étaient majoritaires.
Naturellement, le regard que portait le continent sur eux différait de celui qu’il portait aux autres races non humaines, comme les elfes et les nains.
À vrai dire, il est même difficile de les considérer comme une race ordinaire. Je comprends qu’ils boivent du sang, mais le fait qu’ils ne puissent pas se reproduire naturellement et ne puissent augmenter leurs effectifs que par infection pose problème.
C’est pourquoi les vampires étaient, par nature, les ennemis de l’humanité.
Heinz en avait lui-même fait l’expérience : la soif de sang ne se maîtrisait pas par la seule volonté, et les humains, leurs ennemis de longue date, se méfiaient toujours d’eux.
Le conflit était inévitable lorsqu’ils se rencontraient ; même les vampires les plus puissants devaient donc toujours se cacher et chasser les humains.
Bien sûr, une coexistence n’était pas tout à fait impossible.
Si je suis là.
Une discipline et un contrôle stricts en interne, des négociations et des manœuvres politiques à l’échelle du continent en externe.
Dans ce monde, seul Heinz II pouvait s’en charger.
« Tous les deux, arrêtez ça et asseyez-vous. Nous commencerons la réunion dès que Briki arrivera. »
« Oui ! Bien compris. »
« Je vais apporter les boissons. »
« … »
Ainsi, les vampires, qui vivaient depuis longtemps dans l’ombre, à l’extrémité occidentale du Continent d’Ion, commencèrent discrètement à s’agiter.
Sous le nom d’« Hybride », l’Alliance des clans vampires.
Et, bien entendu…
Ce fut également un événement majeur, qui allait changer l’histoire du continent.