Chapitre 9
La supérette du coin ressemblait déjà à un champ de bataille. Les étagères étaient en train d'être pillées par des clients paniqués qui s'arrachaient les boîtes de conserve et les bouteilles d'eau comme s'il s'agissait de lingots d'or.
En entrant dans le magasin, absorbé par le chaos ambiant, je bousculai malencontreusement une fille de mon âge. Je m'excusai machinalement avant de baisser les yeux sur son chariot. Mes sourcils se levèrent d'un coup : elle avait, elle aussi, accumulé des montagnes de rations de survie.
Elle est au courant pour l'apocalypse, elle aussi ? Ça commence à faire beaucoup d'élus dans le même quartier...
— Tu regardes quoi ? me demanda Bora en plissant les yeux.
— Cette fille. Elle est bizarre.
— Tout le monde est bizarre à tes yeux, à ce que je vois. Pas vrai ? Moi par exemple ?
— Oui, toi tu es bizarre et relou.
— D'accord, d'accord... Je passe au rayon électronique, on aura besoin de quoi communiquer si l'infrastructure s'effondre. Quant à toi, je te laisse te charger des rations dont on aura besoin.
— Ne me donne pas d'ordres, grognai-je.
— Oui, oui, fit-elle en tournant les talons pour s'éloigner en direction des câbles et des radios.
Je soufflai un bon coup et commençai à remplir mon caddie : des barres énergétiques, des packs d'eau, des vivres déshydratées, des sachets de graines à planter au cas où la fin du monde durerait plus longtemps que prévu, et enfin, un solide couteau de cuisine pour me défendre.
Soudain, un violent tremblement de terre secoua le sol. Les néons au plafond se mirent à clignoter frénétiquement tandis que les boîtes de conserve dégringolaient des étagères dans un vacarme assourdissant.
— Bora !! On doit sortir d'ici ! criai-je à travers le magasin.
Elle est où, bon sang ?
Je partis à sa recherche en slalomant entre les clients en panique, et finis par la trouver recroquevillée à terre, complètement tétanisée au rayon des piles électriques.
— HEY !! Ressaie-toi !! On doit ficher le camp d'ici ! hurlai-je en la secouant par les épaules.
Elle sursauta, reprenant peu à peu ses esprits en ouvrant de grands yeux écarquillés.
— Ahhhhhhhhhhh !
— Faites chier !
N'ayant pas de temps à perdre, je la saisis et la chargeai sur mon dos, tout en tenant mon sac de courses d'une main et celui de Bora de l'autre.
— Tiens bon ! J'ai absolument besoin de toi, après tout, tu pourras toujours servir de diversion en cas de pépin !
Poc !
Elle me décrocha un coup de pied dans le tibia.
— Espèce d'idiot ! s'indigna-t-elle tout en s'accrochant à mon cou.
Nous réussîmes à nous extirper du magasin, mais dehors, le paysage était tout simplement apocalyptique. La foule courait dans tous les sens au milieu de nuages de poussière. Au loin, deux voitures venaient de se télescoper avant d'exploser.
BOUM !
— Il est où, ton entrepôt ?! C'est par où ?! criai-je à travers le vacarme.
— P-pas par là, la route est effondrée ! paniqua Bora.
— Venez, montez !!
Une voix féminine retentit juste à côté de nous. C'était la fille de la supérette celle qui avait le chariot plein de rations. Sa portière était grande ouverte.
— Merci !
Sans réfléchir, je jetai Bora et nos sacs à l'arrière avant de m'engouffrer à l'avant. La conductrice démarra en trombe, slaloms serrés à l'appui, évitant les véhicules abandonnés avec une aisance déconcertante. C'était tellement brusque que j'eus l'impression que j'allais vomir mon petit-déjeuner.
— Je m'appelle Chae-won, et vous ? demanda la conductrice en gardant les yeux fixés sur la route.
— Bora, répondit cette dernière depuis l'arrière en reprenant son souffle.
— Et moi, c'est Baek-ryeon, ajoutai-je en essayant de calmer mes nausées.
— À gauche ! hurla soudain Bora en indiquant la direction de la main à travers le pare-brise. C'est par là pour l'entrepôt !