Chapitre 8
— Récupérer ta maison ? Mais tu es complètement timbré ! s'écria Bora en se dépoussiérant tant bien que mal. La police bloque tout le quartier de l'autoroute et l'alerte nationale vient d'être déclenchée !
— J'en ai rien à faire de leur alerte ! Mes cinq paquets de céréales aux fraises et mes bouteilles de lait sont encore dans le frigo ! Et j'ai payé mon loyer jusqu'à la fin du mois, alors le propriétaire va devoir me rendre mes clés, apocalypse ou pas !
Je ramassai ma valise couverte de boue, ignorant le regard complètement désabusé de la lycéenne.
BIP !
[ AVERTISSEMENT DU SYSTÈME ]
[ Le temps presse. Il reste 14 jours, 23 heures et 50 minutes avant le chaos total. ]
[ Suggestion : Coopérez avec l'hôte "Bora" pour débloquer le refuge partagé. ]
— Tais-toi, rectangle bleu, grognai-je entre mes dents.
— À qui tu parles ? demanda Bora en fronçant les sourcils.
— À personne. Bref, puisque tu me suis comme un ombre depuis deux jours, c'est quoi ton plan ? Tu as un abri anti-zombies sous ton lit ?
Bora rajusta sa frange sombre, retrouvant un peu de son assurance habituelle malgré la trace de terre sur sa joue.
— Mon Système m'a indiqué un ancien entrepôt désaffecté près de la rivière Han, dit-elle. C'est en hauteur, facile à barricader, et il y a une réserve d'eau potable. Mais toute seule, je ne peux pas transporter les rations ni sécuriser les accès.
Je la dévisageai. Un entrepôt ? Ça voulait dire... pas de lit confortable, pas de douche chaude, et potentiellement de la poussière partout.
— Pas question. Je préfère encore négocier avec mon proprio.
— Ton proprio a probablement déjà pris la fuite en voyant la fumée sur l'autoroute, monsieur le juriste, répliqua-t-elle d'un ton sec. Regarde autour de toi.
Je levai les yeux. Dans la rue adjacente, les sirènes d'ambulances hulaient sans s'arrêter. Les vitrines des magasins commençaient à fermer précipitamment, et les passants couraient, le nez collé à leurs téléphones où défilaient des bannières d'alerte rouge.
Le monde était bel et bien en train de basculer, exactement comme dans mon ancienne vie.
— Bon... admis-je en poussant un long soupir de défaite. Mais si on va dans ton entrepôt, je choisis le meilleur coin, et c'est toi qui fais les courses de stock.
— Deal, répondit-elle sans hésiter. Mais d'abord, on doit passer au supermarché.
— Pour acheter quoi ?
— Tes cinq kilos de fraises, évidemment. Mon Système m'a affiché ta quête secondaire, gros bêta.
Mon regard se figea. Elle peut aussi voir mes quêtes ridicules ?!
— Ce Système est une ordure, murmurai-je en emboîtant le pas à la lycéenne, traînant ma valise crottée sur le trottoir. Une vraie ordure.