Chapitre 2
Une fois le cours de Droit Constitutionnel enfin terminé, je m’éclipsai dans une ruelle en retrait du campus, loin du tumulte des étudiants. Je tenais fermement ma brique de lait à la fraise, paille entre les dents, tout en fixant l'écran bleu persistant qui flottait devant mes yeux.
— Donc, si je comprends bien... je suis revenu en arrière pour bien me préparer à l'apocalypse qui se prépare dans les prochains mois ? dis-je entre deux gorgées.
L’écran clignota brièvement avant d’afficher sa réponse en lettres dorées.
[ Précisément. Votre seconde chance est un privilège accordé par le Système. ]
— Tant pis. Je n'ai pas voté pour revenir, soupirai-je en levant les yeux au ciel. J'étais très bien là où j'étais. Le néant, c'était reposant. Pas de révisions, pas de loyer à payer, pas de zombies à éviter.
[ Si vous ne vous préparez pas à l'apocalypse, vous mourrez. ]
— J'étais déjà mort, je te rappelle ! répliquai-je en voix interne, exaspéré par la logique bancale de cette interface lumineuse. Mourir une seconde fois, ça s'appelle juste de la régularité.
Soudain, un bruit de bousculade et des éclats de voix stridents brisèrent le silence de la ruelle. Une voix féminine tremblante, clairement celle d'une fille en détresse, retentit au fond de l'impasse.
Je détournai immédiatement le regard, aspirant la dernière goutte de mon lait à la fraise avec un petit bruit de succion.
— J'entends rien, je vois rien, murmurai-je pour moi-même en faisant demi-tour. Je suis un avocat en devenir, pas un super-héros.
[ NOUVELLE QUÊTE SECONDAIRE ! ]
[ Objectif : Sauver la fille en détresse. ]
[ Récompense : +100 Points d'Expérience (XP) & Bonus d'Endurance. ]
[ Pénalité en cas de refus : Suppression définitive du rayon fraises de votre supermarché habituel. ]
Je me stoppai net. La paille faillit se tordre entre mes dents.
— Tu rajoutes des quêtes quand ça t'arrange, toi ! Et c'est quoi cette obsession avec ma nourriture ?!
[ Il faut savoir motiver ses troupes, Hôte. ]
Bon, tant pis. De toute façon, cette vie est ma deuxième. Autant rentabiliser l'expérience si ça peut m'éviter de me faire dévorer vivant dans trois mois.
Je jetai la brique vide dans une poubelle et m'avançai d'un pas lent et mesuré vers le fond de la ruelle.
Le spectacle n'était guère glorieux : un groupe de trois filles au look soigné harcelait une pauvre élève acculée contre un mur en briques. En jetant un coup d'œil plus attentif, je remarquai la victime : des cheveux noirs corbeau qui lui tombaient sur le visage, en cachant la moitié, et des bras couverts de bleus et d'égratignures.
Je glissai mes mains dans les poches de mon manteau long, ajustant ma posture. Visage impassible, regard de glace, charisme naturel réhaussé par cette aura d'étudiant brillant et inaccessible que tout le monde me prêtait.
— Hey ! lancai-je d'une voix grave et parfaitement calme. Bande de voyous, arrêtez de l'embêter.
La chef de la bande une fille aux cheveux teints en blond avec beaucoup trop de maquillage se retourna, prête à m'insulter, mais elle se figea en découvrant mon visage. Ses yeux s'agrandirent d'un coup.
— T'es qui, toi ?! demanda-t-elle, cherchant à garder une contenance malgré un ton nettement moins agressif.
— Moi ? Eh bien... je suis... son frère.
Désolé, mais je ne sais absolument pas mentir, pensai-je aussitôt. C'est le pire mensonge de l'histoire du droit civil.
Les trois filles se regardèrent un instant, interloquées, puis éclatèrent d'un rire moqueur et exagéré.
— Laisse-moi rire ! lancera la cheffe en croisant les bras. Un gars aussi beau que toi ne peut pas être le frère d'un monstre comme elle ! Regarde-la, elle est affreuse !
Je conservai mon masque d'indifférence absolue, posant sur elles un regard si froid qu'il aurait pu faire geler l'eau du robinet.
— Merci pour le compliment, répondis-je d'un ton monocorde et détaché. Mais je la préfère nettement à vous. Au moins, elle ne casse pas les oreilles des gens à quatorze heures.
La cheffe devint instantanément rouge de honte, incapable de répliquer face à tant d'assurance et de mépris élégant. Ses amies chuchotèrent entre elles, visiblement déstabilisées par mon attitude.
— Allez, dégagez, ajoutai-je simplement, sans même élever la voix.
Il n'en fallut pas plus. Vexées et intimidées par mon charisme glacial, les trois filles tournèrent les talons et partirent en trombe vers la rue principale.
Une fois la tranquillité revenue dans la ruelle, je poussai un léger soupir.
[ Quête terminée ! Vous avez gagné +100 XP. ]
Ignorant la notification du Système, je m'avançai vers la fille toujours prostrée à terre. Je me penchai légèrement et lui tendis la main pour l'aider à se relever.
Mais au lieu d'attraper ma main, elle la repoussa d'un coup de manche violent, me fixant à travers sa frange sombre avec des yeux remplis de méfiance et de colère.
— Pour qui tu te prends ?! cracha-t-elle d'une voix rauque.
Je retirai lentement ma main, remettant mes doigts dans mes poches sans perdre un millimètre de mon calme stoïque.
— Je viens de te sauver, me contentai-je de répondre. Un "merci" aurait suffi, mais visiblement, la politesse s'est volatilisée avec ton sens de la répartie.