Chapitre 3
La pluie de sang continuait de tomber, fine et collante, tachetant les vêtements et le sol déjà gorgé d’une boue rougeâtre. Le groupe de huit personnes s’était regroupé sous l’auvent d’un bâtiment en ruine, dont les murs craquelés laissaient passer un vent glacial. L’odeur de fer et de peur flottait dans l’air.
« Où vais-je trouver la foi… ? »
La voix était basse, presque murmurée. Un homme vêtu d’une soutane noire déchirée, le col romain encore accroché autour de son cou, fixait le ciel d’un air perdu. Ses mains tremblaient légèrement.
Un prêtre. Quelle ironie.
« Tu vas te taire, oui ?!!! »
Corbeau, le jeune homme qui avait tenté de calmer la fille aux allures enfantines plus tôt, s’avança d’un pas agressif. Ses yeux étaient injectés de sang, ses poings serrés.
« On n’a pas besoin de tes prières ici. Ta foi, elle peut crever avec le reste. »
Le prêtre baissa la tête sans répondre. Personne d’autre ne releva.
Je restai en retrait, les bras croisés, observant la scène avec le même détachement que j’avais face à un écran. Si je voulais survivre dans ce jeu, je ne pouvais pas me contenter de suivre le troupeau. Il fallait trouver le boss final. Le plus vite possible. Tout le reste n’était que du bruit de fond.
Je levai la main.
« Maintenant qu’on y est… on doit bien avoir des armes, non ? »
Tous les regards se tournèrent vers moi. Même la petite Luciole cessa de se cacher derrière la jambe de quelqu’un.
Un homme à la carrure solide, celui qui avait pris la parole plus tôt, fronça les sourcils.
« Ouais… elle n’a pas tort. Tu peux me rappeler ton nom de code ? »
« Miss Smile. »
Il hocha la tête.
« Ok. Moi c’est Hunter. On va se séparer en groupes de quatre pour chercher des armes. Si on doit tuer un de ces monstres, autant pas le faire à mains nues. »
Un gros type aux joues rondes et à l’air perpétuellement offensé Balance éclata immédiatement.
« T’es débile ou quoi ?! On est dans un jeu d’horreur ! La règle principale d’un jeu d’horreur, ou d’un film d’horreur, c’est de "ne pas" se séparer ! Et toi tu veux qu’on se sépare ?! »
Hunter croisa les bras, le regard dur.
« Et si ces monstres débarquent, tu vas les combattre avec quoi, hein ? Réfléchis deux secondes avant de parler, Balance. »
« Toi… ! »
« Allez, détendez-vous. »
La voix était calme, presque lasse. Heart, une jeune femme aux cheveux courts et au regard froid que personne n’avait encore entendu parler, s’avança d’un pas. Jusqu’ici, elle s’était contentée d’observer. Maintenant, elle prenait la parole comme si le commandement lui revenait de droit.
« On est huit. C’est possible de se séparer. Toi, toi et toi… »
Elle désigna trois personnes d’un geste précis.
« …vous êtes avec nous. Les autres, débrouillez-vous. »
Balance ouvrit la bouche, scandalisé.
« Comment oses-tu... »
« C’est bon. »
Je coupai net. Pas besoin d’en faire plus. Heart avait déjà choisi. En un coup d’œil, j’avais compris qu’elle n’avait emmené avec elle que des profils de survie. Elle ne savait pas encore que j’étais pire qu’elle.
Hunter acquiesça.
« Allez-y à droite. Nous, à gauche. On se retrouve ici dans trois heures. Si quelqu’un est en danger… il se défend. »
Belle logique.
Heart jeta un dernier regard par-dessus son épaule en s’éloignant déjà, un sourire sans joie aux lèvres.
« À plus, les nazes. »
Le groupe se scinda dans un silence tendu. Les pas s’éloignèrent dans deux directions opposées, avalés par la brume rougeâtre et le bruit sourd de la pluie de sang.
Je restai un instant immobile, les yeux fixés sur le compte à rebours de ma montre noire.
Trois heures.
Dans ce jeu, le temps n’était jamais qu’un luxe temporaire.