Chapitre 219
« En temps normal, ce qui pénètre dans le Royaume illusoire de l’Étendue sauvage primordiale n’est qu’un fragment de conscience séparé de celle du pratiquant. Même si l’on s’égare dans l’illusion, on ne subit tout au plus que quelques dégâts. Cela ne devrait absolument pas mettre en danger la vie du corps principal. »
« Pourtant, dans le monde réel, les corps principaux sont restés inconscients tout ce temps et ont fini par n’être rien de plus que des cadavres vivants… »
L’expression de Li Shun s’assombrit peu à peu.
Une fois piégé dans une illusion, impossible de savoir ce qui se passait à l’extérieur.
Dans des circonstances normales, ceux qui s’y retrouvaient prisonniers finissaient par sombrer dans le désespoir. À bout de ressources, ils cherchaient à s’échapper, perdaient peu à peu la raison et se montraient prêts à tout sacrifier.
C’était l’instinct de survie qui dictait cette réaction.
À moins d’avoir résolu dès le départ de mourir, il était inévitable que de telles pensées leur viennent.
Mais, après tout, ceux qui pouvaient participer au grand rassemblement des Cent Écoles et pénétrer dans le Royaume illusoire de l’Étendue sauvage primordiale étaient tous des talents d’élite, soigneusement sélectionnés par leurs écoles respectives.
Leur avenir était sans limites et leurs perspectives brillantes.
Et tous étaient dans la fleur de l’âge.
Comment auraient-ils pu accepter de rester là sans rien faire, à attendre tranquillement la mort ?
Après sa première inquiétude, Li Shun retrouva pourtant bien vite son calme.
« Contrairement aux gens ordinaires, je suis protégé par l’Espace Fangcun. En théorie, que ce fragment de conscience vive ou meure ne devrait pas avoir d’effet concret sur mon corps principal. »
« Même sans Li Shun, il y a Fang Han. Et les autres marionnettes. »
À cette pensée, Li Shun cessa de s’inquiéter.
« Cette structure en forme de filet est entrée dans mon corps. Elle semble vouloir se servir de moi comme d’un réceptacle, quitter cet endroit et retourner dans le Grand Qian du monde réel. »
« Hmph… »
« Elle a de bien beaux rêves. Alors, pourrissons ici ensemble. »
Voilà ce que pensa Li Shun.
Et c’est exactement ce qu’il fit.
À partir du jour où il prit sa décision, Li Shun ne fit plus un seul pas.
Il resta simplement allongé au milieu des immenses ruines de la Cour céleste.
Dans son esprit, les souvenirs de toute sa vie défilèrent comme les images d’une lanterne tournante.
En se retournant soudain sur son passé, Li Shun se rendit compte qu’il ne s’était jamais vraiment fixé d’objectif précis.
Il s’était contenté de suivre le courant, poussé par une succession d’événements majeurs.
« Au début, j’ai transmigré dans ce monde et suis devenu un travailleur au comté de Lengshan. »
« Au départ, j’en ai voulu au sort. Mais peu à peu, je m’y suis habitué. J’ai même fini par trouver que la vie n’était pas si mauvaise. Après tout, j’avais des marionnettes pour faire le travail à ma place. »
« Avec le recul, ces années au comté de Lengshan étaient monotones, mais aussi paisibles et confortables. »
« Je n’ai jamais eu de grandes ambitions. Je voulais seulement vivre tranquillement ma vie. »
« Même après avoir obtenu Fangcun, je n’ai jamais nourri d’ambition particulièrement grande. »
« Mais ensuite, la tribulation de L’Avidité de Richesse Corrompt le Sceau de Zhou Xunzhen a tout détruit. »
« Puis il y a eu le Mausolée Impérial, Yunguan, la ville de Dongshan et toutes sortes d’autres bouleversements. »
« J’ai toujours été poussé en avant par les affaires du monde, l’une après l’autre… »
« Qu’est-ce que je veux vraiment ? »
Coupé du monde extérieur, il avait l’impression d’être revenu à l’époque où il s’était retrouvé prisonnier dans la terre scellée du Mausolée Impérial.
À l’époque, enfermé dans cette terre scellée, il avait parcouru les territoires des anciens royaumes.
La terre scellée du Mausolée Impérial, tout comme cette antique Cour céleste, était dépourvue de vie et plongée dans un silence absolu.
Pendant vingt-cinq ans, le cheval de bois offert par l’Aîné Mu avait été son seul compagnon.
Pourtant, Li Shun ne s’était jamais senti particulièrement seul.
Tous les tumultes du monde extérieur lui avaient été entièrement coupés.
Li Shun avait tout le temps nécessaire pour réfléchir à cette question.
Il ne s’y cramponnait pas non plus comme un fou, à tenter désespérément de forcer une réponse.
Il se contentait d’y réfléchir à ses heures perdues.
Par exemple, la Triple Auto-Réflexion, le Codex de l’Être Céleste, le Vaisseau Vide, Dépouillé de Soi, les Paroles subtiles du Printemps et de l’Automne, l’Art de l’Épée Régicide, et ainsi de suite.
Par exemple, la Triple Auto-Réflexion, le Codex de l’Être Céleste, le Vaisseau Vide, Dépouillé de Soi, les Paroles subtiles du Printemps et de l’Automne, l’Épée Régicide, et ainsi de suite.
Plongé dans son univers spirituel, il ne s’ennuyait pas le moins du monde.
« Manger un peu et boire de l’eau, se reposer sur son bras replié comme sur un oreiller : on peut encore y trouver de la joie. Avec un bol de riz et une louche d’eau, vivre dans une ruelle misérable sans que sa joie en soit altérée… »
« Les paroles du Sage sont vraiment justes. »
Dans les ruines de la Cour céleste, le temps semblait ne pas exister.
Et lorsque Li Shun renonça complètement à l’idée de rentrer, il cessa de compter le temps.
Le temps n’avait plus aucun sens pour lui.
Nul ne savait combien de temps s’était écoulé.
Un jour, Li Shun réfléchissait dans son esprit aux moyens d’améliorer l’Épée Régicide.
Bien qu’il ne fît que réfléchir seul, sans personne pour le guider, il avait véritablement réussi à entrevoir quelques pistes après y avoir consacré tant de temps.
« L’Aîné Wei a dit un jour qu’il s’était servi de cette technique d’épée pour assassiner l’Empereur Qian. Mais il avait échoué. »
« C’était parce que le dernier mouvement, [Vieil ami], devait lui aussi dissimuler toute intention meurtrière. »
« À l’époque, il n’avait pas réussi à contenir l’intention meurtrière dans son cœur. Elle s’était échappée, et toute la tentative avait échoué au dernier instant. »
« À première vue, cette explication semble contradictoire. Si l’on n’a aucune intention meurtrière dans le cœur, comment peut-on porter cette dernière épée, fatale ? »
« Avant, je n’arrivais pas à comprendre. Mais après tant de jours de réflexion, j’ai enfin compris. »
« Le dernier mouvement de l’Épée Régicide ne devrait pas être Tuer. »
« Il devrait être Retourner. »
Ayant pleinement saisi le nœud du problème, Li Shun vit une lueur d’illumination et de joie dans ses yeux.
« Les vingt-huit épées de l’Épée Régicide. Les vingt-sept premiers mouvements ne servent qu’à préparer le terrain, en liant l’adversaire aux souvenirs de leur passé commun. »
« D’abord aussi proches que des frères, ils finissent peu à peu par se retourner l’un contre l’autre, jusqu’à se retrouver face à face dans un combat à mort. »
« Si cette technique d’épée peut troubler l’esprit de l’Empereur Qian, c’est entièrement grâce à l’ancienne amitié qu’elle ravive. Mais le dernier mouvement rompt tous les liens, les transformant en une seule épée capable d’ébranler le ciel. »
« Même si l’adversaire est son ami le plus proche, il ne restera pas simplement là à se laisser tuer. »
« Il faut donc modifier ce dernier mouvement. »
« Il devrait être… »
À cet instant, Li Shun sembla se changer en pierre.
Son esprit tout entier paraissait figé, entièrement absorbé par sa réflexion.
Qui sait combien de temps s’écoula avant qu’il ne revienne soudain à lui.
Transporté d’enthousiasme, il se frappa la cuisse.
« Voilà ! Le dernier mouvement devrait être [Réunir] ! »
« Je n’essaie pas de te tuer. »
« Je veux que toi, mon vieil ami, tu retournes à notre point de départ. »
« Trancher toutes les rancunes et tous les attachements accumulés au fil des ans, et mettre un terme définitif à toute cette histoire. »
« Une fois [Réunir] lancé, ni celui qui manie l’épée ni celui qui la reçoit ne peut survivre… »
Plus Li Shun y pensait, plus son enthousiasme grandissait.
Il se leva aussitôt d’un bond et se mit à danser dans les airs, une épée imaginaire à la main.
Bien que le dernier mouvement, [Réunir], fût une technique conçue pour entraîner la mort des deux adversaires, et qu’une pratique ordinaire ne puisse donc jamais en révéler la véritable puissance, Li Shun sentait clairement que l’Art de l’Épée Régicide qu’il avait perfectionné était plus efficace que la version originale créée par l’Aîné Wei.
« Dommage que cette technique d’épée ne convienne qu’à tuer l’Empereur Qian, et qu’à l’Aîné Wei lui-même. »
« Si les deux adversaires n’ont pas des années de liens accumulés, la puissance de cette technique d’épée s’en trouve grandement diminuée. »
Au bout d’un moment, Li Shun cessa de s’exercer.
Il avait encore du mal à s’arrêter.
Soudain, il se figea.
Il contempla ses propres mains d’un air hébété.
« L’Épée Régicide est une capacité divine du royaume Ciel-Terre. »
« Qu’ai-je donc accompli pour pouvoir l’améliorer ? »
« Et j’y suis vraiment arrivé ? »
Li Shun savait parfaitement que l’épée [Réunir] qu’il avait déduite était bel et bien supérieure d’un degré à la création originale de l’Aîné Wei.
C’était peut-être la forme ultime de l’Épée Régicide.
Malgré sa cultivation et son niveau de compréhension, l’Aîné Wei n’avait pas réussi à la saisir pleinement, même après avoir été piégé tant d’années dans le Mausolée Impérial.
Et lui, il l’avait pourtant complétée à partir de ses seules déductions, qui semblaient si hasardeuses ?
Comment était-ce possible ?
Un profond sentiment d’absurdité envahit soudain le cœur de Li Shun.
Il savait parfaitement qu’il n’était en aucun cas un génie.
Avec le savoir qu’il avait accumulé jusqu’ici, il lui était tout simplement impossible de déduire ou d’améliorer une capacité divine du royaume Ciel-Terre.
À moins que…
Après tant d’années, Li Shun se souvint de nouveau du motif en forme de filet qui était entré dans son corps.