Chapitre 96
« Hou… »
Les paroles de Chu Feng provoquèrent un tollé. Tout se tut autour de lui. Les combattants cessèrent de se battre et le dévisagèrent, médusés.
À cet instant, ils comprirent l’incroyable vérité : si la famille Chu avait vaincu trois familles établies depuis des générations, ce n’était ni grâce à Chu Yuanba ni grâce à Chu Yuan. C’était grâce à ce jeune homme de quinze ans.
Après tout, même si la puissance de Chu Yuanba était bien supérieure, les gens estimaient qu’elle ne dépassait pas de beaucoup celle des trois autres maîtres de famille. Quant à Chu Yuan, ils avaient déjà pu constater qu’il était moins fort que Chu Yuanba.
La puissance de Chu Feng, en revanche, ils l’avaient vue de leurs propres yeux. Elle était si grande qu’ils n’arrivaient pas à l’accepter.
À cet instant, la plupart des gens ouvrirent de grands yeux et la bouche béante. Ne sachant que faire, ils ne parvenaient pas à croire que Chu Feng fût aussi puissant.
Un jeune homme de quinze ans pouvait décapiter sans effort des experts du premier niveau du Royaume de l’Origine. On aurait dit un conte fantastique, mais puisqu’ils venaient d’assister à la scène, ils n’avaient d’autre choix que de l’accepter. Il ne leur restait pas à manifester leur étonnement, mais à faire un choix.
« Ma famille Tian partage le point de vue de la famille Chu. À partir d’aujourd’hui, nous sommes prêts à respecter ses règles et à obéir à ses ordres. » Une voix prit l’initiative d’afficher son soutien. Il s’agissait d’une puissance qui entretenait depuis longtemps de bonnes relations avec la famille Chu.
« Ma famille Qiao est également prête à suivre la famille Chu. » À sa suite, les puissances restées neutres commencèrent à se soumettre à la famille Chu.
À la fin, même ceux qui s’étaient opposés à la famille Chu et l’avaient attaquée choisirent de se soumettre. Non qu’ils en eussent envie : face à la puissance absolue de Chu Feng, ils n’avaient pas le choix.
Nul ne savait quelle était la véritable puissance de Chu Feng. Mais le fait qu’il eût décapité sans effort deux experts du premier niveau du Royaume de l’Origine était incontestable. Tout comme le fait qu’il fût disciple de l’École du Dragon Azur.
Ainsi, tous comprirent que tant que Chu Feng serait aux côtés de la famille Chu, personne ne pourrait s’opposer à elle dans la région montagneuse. Ce jeune homme était vraiment terrifiant.
Ils avaient beau avoir entendu parler de génies, jamais ils n’en avaient vu un de leurs propres yeux. Mais aujourd’hui, ils avaient découvert ce qu’était un véritable génie : quelqu’un qui, sans se soucier de l’écart de cultivation qu’il semblait impossible de combler, pouvait tout de même tuer sans effort un adversaire d’un royaume supérieur.
Quand presque tout le monde se fut soumis à la famille Chu, Chu Feng monta lentement sur une estrade élevée, balaya la foule du regard et déclara :
« Puisque vous avez tous affiché votre position, je ne tournerai pas autour du pot. À partir d’aujourd’hui, tout ce qui concerne la région montagneuse sera décidé par ma famille Chu. Je n’exige qu’une chose : l’obéissance. »
« Je veux que vous obéissiez de tout cœur, pas seulement en paroles. Pour me prouver votre sincérité, mettez-vous tous à genoux. »
« Quoi ? Qu’est-ce que ça signifie ? » Les paroles de Chu Feng stupéfièrent la foule, qui ne sut que faire.
« Je n’ai pas été assez clair ? Alors je vais le répéter : je veux que vous vous mettiez tous à genoux. » Le visage de Chu Feng se durcit soudain. Une puissante intention meurtrière envahit l’air et submergea tout le terrain d’entraînement.
Fff !
À cet instant, tous tremblèrent de peur. Sans oser hésiter davantage, ils s’agenouillèrent. Sur presque tout le terrain d’entraînement, seuls les membres de la famille Chu restèrent debout.
Tous prêtèrent allégeance. Qu’ils eussent été proches de la famille Chu, neutres, ou qu’ils l’eussent attaquée, qu’il s’agît même des familles Zhao et Li, dont les maîtres avaient été décapités, tous s’agenouillèrent.
Ce n’était pas qu’ils manquaient de dignité. Mais face à la menace de mort, ils étaient contraints de renoncer à la leur.
En voyant toute la foule agenouillée autour d’eux, les membres de la famille Chu ne purent retenir leur étonnement.
Parmi ceux qui étaient à genoux, beaucoup les avaient attaqués plus tôt et avaient voulu leur mort. Et voilà qu’en un clin d’œil, ils s’inclinaient devant eux. C’était difficile à croire.
Quant à Chu Yuan, debout à côté de Chu Feng, il regarda son fils de quinze ans, le cœur empli d’émotions contradictoires. Il avait l’impression que Chu Feng était davantage un maître de famille que lui.
Non. Pas un maître de famille. L’aura que dégageait Chu Feng ne ressemblait pas à celle d’un simple chef de famille. C’était celle d’un véritable roi.
« La famille Chu a l’air bien puissante. Vous croyez vraiment que la région montagneuse vous appartient ? »
« Et vous, vous êtes tous bien pitoyables. Vous vous agenouillez devant un gamin qui n’a même pas de poils au menton ? Vous n’avez donc aucune dignité ? »
Mais à cet instant, une voix claire retentit soudain. En se tournant, ils virent un groupe de personnes pénétrer lentement sur le terrain d’entraînement. Celui qui venait de parler était un vieil homme à l’allure robuste.
Tous reconnurent les nouveaux venus. C’était une puissance de la région montagneuse appelée le Bureau d’escorte du Tigre Féroce. Le vieil homme était le gérant du bureau, et tout le monde l’appelait gérant Lin.
Le gérant Lin venait d’une famille étrangère à la région. Grâce à sa puissance du neuvième niveau du Royaume de l’Esprit, il conduisait ses hommes pour escorter les marchandises de diverses familles et avait obtenu des terres dans la région montagneuse.
Cependant, comparé à la famille Chu, le Bureau d’escorte du Tigre Féroce était d’un rang inférieur. D’ordinaire, Lin se montrait extrêmement poli envers la famille Chu. Pourtant, il osait tenir de tels propos aujourd’hui. Tous en furent déconcertés.
« Espèce de salaud ! Un vulgaire étranger ose tenir de tels propos ? On dirait que tu en as assez de vivre. »
« Exactement ! Si tu refuses d’obéir à la famille Chu, tu ne fais que chercher la mort. »
Sans même laisser la famille Chu prendre la parole, plusieurs puissances qui s’étaient soumises à elle s’emportèrent et foncèrent sur les hommes du Bureau d’escorte du Tigre Féroce.
Naturellement, ils voulaient gagner les faveurs de la famille Chu. Après tout, il était désormais certain qu’elle unirait la région montagneuse. Tant que Chu Feng serait là, son avenir serait sans limites. C’était le moment idéal pour lui lécher les bottes.
Pourtant, face à la foule qui se ruait sur lui, animée d’une intention meurtrière, le gérant Lin ne montra pas la moindre peur. Il sortit de sa poche un insigne de commandement, le brandit bien haut et cria : « J’ai ici l’insigne de commandement or et violet ! Qui osera me toucher ? »
« Quoi ? L’insigne de commandement or et violet ?! »
[Note de traduction : je n’ai vraiment pas trouvé de meilleure traduction que « insigne », mais voici quelques images pour vous donner une idée plus générale.]
À ces mots, tous furent stupéfaits. Ceux qui étaient prêts à en découdre s’arrêtèrent net et fixèrent l’insigne de commandement.
À voir leurs regards, on aurait pu croire qu’il n’avait rien d’extraordinaire. Pourtant, leurs visages blêmirent aussitôt. Une peur indicible leur envahit le cœur. Non seulement ils renoncèrent à s’en prendre au Bureau d’escorte du Tigre Féroce, mais certains commencèrent à reculer.
À deux cent cinquante kilomètres de la région montagneuse se trouvait une ville appelée la Cité or et violet. Sa puissance était considérable et elle contrôlait toutes les terres dans un rayon de cinq cents kilomètres. Elle était le véritable maître de la région montagneuse.
Cependant, comme elle était éloignée et que la région montagneuse ne possédait que peu de ressources, la Cité or et violet ne s’en occupait pas. C’était pour cela que tant de familles y régnaient.
Seuls les proches de confiance du seigneur de la Cité or et violet possédaient un insigne de commandement or et violet. Le voir, c’était comme voir le seigneur de la ville lui-même : tout le monde devait s’agenouiller.