Chapitre 78
Chu Feng affichait un sourire radieux, d’une chaleur telle qu’il aurait pu faire fondre les cœurs.
Mais ce qui attirait le plus le regard, c’était sa main droite. Il y tenait des fleurs fraîches, d’une grande beauté : chacune avait sept pétales, tous d’une couleur différente.
Sous les rayons du soleil, elles étaient resplendissantes. On aurait dit qu’un voile de lumière tamisée aux sept couleurs les enveloppait. Plusieurs papillons voletaient autour d’elles, preuve de leur parfum enivrant.
Les Fleurs aux sept couleurs étaient extrêmement rares. On n’en apercevait qu’une seule de temps à autre. Pourtant, Chu Feng en tenait une poignée dans ses mains.
« Bien sûr que les plantes spirituelles comptent pour moi. Mais ces Fleurs aux sept couleurs comptent encore davantage, parce que tu voulais les voir. Alors, j’ai dû les cueillir pour toi. » Chu Feng sourit doucement et déposa les fleurs dans les mains de Su Mei.
« Je… » Su Mei prit les fleurs sans savoir quoi faire. Son cœur battait de plus en plus vite. Elle avait le cœur à la fois serré et réchauffé, et les yeux lui piquaient.
« Ne me dis pas que tu es si émue que tu vas en pleurer ? » Voyant son trouble, Chu Feng gloussa.
« Je ne pleure pas. »
Su Mei lui lança un regard noir et retint bel et bien ses larmes. Puis elle approcha le nez des Fleurs aux sept couleurs et en huma profondément le parfum. Leur fragrance lui chatouilla les narines ; elle sourit de bonheur.
Son sourire était d’une douceur et d’une beauté extraordinaires, et il faisait chavirer les cœurs. Tous ceux qui le virent en furent charmés, Chu Feng compris.
Mais bien peu savaient que si Su Mei souriait avec tant de bonheur, ce n’était pas seulement grâce aux Fleurs aux sept couleurs qu’elle tenait dans ses mains : c’était aussi grâce à celui qui les avait cueillies pour elle.
« Allons-y. Le délai de quatre heures touche à sa fin ; nous allons bientôt échouer », rappela Su Mei, toujours souriante, après s’être réjouie comme une folle.
« Et eux, qu’est-ce qu’on en fait ? Ils sont grièvement blessés. S’ils ne sont pas soignés rapidement, ils ne vont pas mourir, au moins ? » Certains s’inquiétaient. Eux aussi avaient été blessés, mais la plupart n’avaient que des contusions. Rien à voir avec les membres de l’Alliance du Monde et de l’Alliance de l’Épée.
« Ne vous inquiétez pas. Je me suis retenu, ils ne mourront pas », expliqua Chu Feng.
« Hum, inutile de nous préoccuper d’eux. Quand l’épreuve sera terminée, ma sœur entrera dans le Jardin floral du Dragon d’Azur et elle les fera soigner. »
« De toute façon, ils étaient en tort, alors ma sœur ne nous en voudra pas. Le plus important, c’est de sortir de ce Jardin floral du Dragon d’Azur », dit Su Mei.
« Je sais où se trouve la sortie. Suivez-moi. » Chu Feng sourit et les guida d’un pas tranquille, comme s’il se promenait dans un parc.
« C’est pourtant la première fois que tu viens ici. Comment sais-tu où se trouve la sortie ? » Su Mei le suivit, quelque peu méfiante.
« J’ai parcouru tout le Jardin floral du Dragon d’Azur à la recherche des fleurs. Je connais l’endroit par cœur. Et je ne me suis pas contenté de repérer la sortie : j’ai aussi cueilli toutes les plantes spirituelles qui s’y trouvaient. » Chu Feng sourit et tapota son Sac cosmique.
« Espèce de fripon. »
En entendant Chu Feng, Su Mei fut à la fois surprise et émue. L’immensité du Jardin floral du Dragon d’Azur la stupéfiait : même en y marchant toute une journée, ils n’auraient peut-être pas pu en faire le tour. Pourtant, Chu Feng en avait exploré chaque recoin en si peu de temps. À quelle vitesse avait-il donc couru ?
Quant à ce qui la touchait, c’était évidemment qu’il ait parcouru tout le jardin avec tant d’application pour lui cueillir les Fleurs aux sept couleurs. Pour une jeune fille aussi pure que Su Mei, l’émotion l’emportait naturellement sur la surprise.
En effet, guidés par Chu Feng, ils arrivèrent rapidement devant un vaste palais. C’était la sortie du Jardin floral du Dragon d’Azur et l’entrée de la zone centrale.
Une fois dans le palais, ils découvrirent devant eux une immense salle. Au milieu se dressait une estrade de pierre, sur laquelle reposait un rocher triangulaire d’un mètre de haut. De bas en haut, il était divisé en trois sections : verte, jaune et rouge. Le résultat était plutôt joli.
Mais surtout, six vieillards étaient assis près du rocher. Tous avaient les cheveux gris et blancs, le visage couvert de rides. À première vue, ils approchaient de la centaine.
Malgré leur grand âge, l’aura qui émanait de leur corps était extrêmement puissante. Chu Feng ne parvenait pas à sonder leur force avec son pouvoir spirituel ; il était évident qu’ils n’étaient pas des gens ordinaires.
Ils se reposaient les yeux fermés. En entendant du bruit, ils les ouvrirent lentement. Mais lorsqu’ils virent Chu Feng et les autres, la surprise se mêla à leurs vieux regards.
Les blessures au visage et au corps de Situ Yu et des autres ne pouvaient manifestement pas avoir été causées par les mécanismes. Elles étaient clairement l’œuvre de quelqu’un, mais les anciens ne posèrent aucune question. Après tout, ils avaient déjà assisté à bien trop de combats entre disciples.
« Ce sont des Fleurs aux sept couleurs, et il y en a tant ! Avez-vous cueilli toutes celles du Jardin floral du Dragon d’Azur ? » Quand une vieille dame aperçut les fleurs dans les mains de Su Mei, elle en fut très étonnée.
Su Mei se contenta de sourire à la vieille dame, ne sachant que répondre. Son cœur était simplement rempli de joie.
« Bien. Approchez et faites le test », dit un autre ancien.
À ces mots, Chu Feng et les autres s’avancèrent sans hésiter, l’un après l’autre, devant le mystérieux rocher aux trois couleurs.
En réalité, ce prétendu test servait à mesurer leur valeur de talent. Celle-ci serait annoncée publiquement dans la zone centrale, où tous les anciens et disciples de la cour intérieure en prendraient connaissance. Leur avenir dépendrait étroitement du résultat.
Pour passer le test, il fallait insuffler un peu d’énergie spirituelle au centre du rocher aux trois couleurs. Dès que la quantité serait suffisante, il s’activerait et irradierait d’une vive lumière.
Le vert correspondait à un talent de bas rang, le jaune à un talent de rang intermédiaire et le rouge à un talent de haut rang.
La plupart des disciples de la cour intérieure avaient un talent de bas rang. Rares étaient ceux capables d’allumer la section jaune et d’obtenir un talent de rang intermédiaire. Quant au talent de haut rang signalé par le rouge, seules deux personnes avaient réussi à l’activer jusqu’alors.
La première était Zhang Tianyi, le disciple numéro un de l’année précédente. L’autre était Gong Luyun, le disciple numéro un actuel.
« Je passe le premier. »
En tant que chef de l’Alliance des Ailes, Situ Yu s’avança le premier. Il avait pleinement confiance en son talent et pensait ne pas avoir de mal à activer la section jaune. Après tout, avant l’arrivée de Chu Feng, il était le meilleur des disciples de la cour intérieure.
Quand Situ Yu posa la main sur la pierre de test, les autres se tendirent, Su Mei comprise. Après tout, cette épreuve déterminait leur avenir et influait sur leurs perspectives.
Hum.
À mesure que l’énergie spirituelle pénétrait la pierre, celle-ci se mit à vibrer. Puis la section inférieure, la verte, s’illumina.