Chapitre 653
« Qui êtes-vous ? Qu’est-ce qui vous autorise à m’arrêter ? » Chu Feng les toisa avec dédain.
« Qui nous sommes ? Nous avons reçu l’Insigne du Pic Brumeux », répondit l’un d’eux.
« Exactement. Voici le Palais des Plaisirs ! Ceux qui n’ont pas reçu l’Insigne du Pic Brumeux n’ont pas le droit d’entrer », ajouta l’autre avec tout autant d’arrogance.
« Que se passe-t-il ici ? » Voyant qu’un incident se produisait à l’entrée du palais, un autre homme, dont la cultivation avait atteint le deuxième niveau du royaume du Seigneur martial, s’approcha.
« Oh, c’est vous, maître Lin. Nous ignorons comment ce type est arrivé ici, mais il veut se faufiler dans le Palais des Plaisirs. Nous ne faisons que le mettre en garde », répondirent les deux hommes d’une même voix.
« Pourquoi perdre votre temps à discuter avec un individu pareil ? Appelez plutôt les gardes du Pic Brumeux et faites-le déguerpir. » Le soi-disant maître Lin ne daigna même pas regarder Chu Feng en face. Il se montrait plus arrogant encore que les deux autres.
Chu Feng ne craignait pas les gens de son espèce. Alors qu’il s’apprêtait à sortir l’Insigne du Pic Brumeux pour les humilier comme il se devait, ses yeux s’illuminèrent : quelqu’un approchait.
« Cadet Wuqing, te voilà ! » À ces mots, prononcés d’une voix mélodieuse, une personne passa devant les trois hommes comme un papillon virevoltant et vint se planter devant Chu Feng.
C’était une jeune femme d’une grande beauté. Non seulement elle avait de jolis traits, mais un sourire radieux illuminait son visage. Sa jupe rose le rendait plus éclatant encore. De plus, cette jeune femme avait atteint le quatrième niveau du royaume du Seigneur martial ; sa cultivation dépassait de loin celle des trois hommes.
« Dame Chun Wu, vous le connaissez ? » À sa vue, les trois hommes restèrent stupéfaits, le visage marqué par un choc plus ou moins intense.
En entendant leur question, Chu Feng ne put s’empêcher de laisser paraître son étonnement. Il venait de comprendre qui était cette femme : Chun Wu, l’une des quatre disciples les plus prometteuses de Dame Piaomiao.
« Voici le cadet Wuqing. Mon maître l’a invité ici. Qu’est-ce que vous trois êtes en train de faire ? » Chun Wu sourit et promena son regard sur les trois hommes, mais une lueur féroce brillait dans ses yeux. Rien à voir avec la douceur qu’elle réservait à Chu Feng.
« Euh, eh bien… »
À ces mots, leur expression changea. Ils ne savaient comment se justifier : jamais ils n’auraient imaginé que ce garçon à l’apparence ordinaire avait des origines si particulières — Dame Piaomiao l’avait invité en personne.
De plus, à voir la joie de Chun Wu, ils comprirent que son identité était loin d’être banale. Ils ne l’avaient jamais vue se montrer aussi enthousiaste avec qui que ce soit.
À cet instant, tous trois s’inclinèrent instinctivement. Ils savaient qu’ils avaient offensé quelqu’un qu’ils n’auraient pas dû.
« Ce n’est rien. Ces trois frères ont simplement cru que je n’avais pas d’Insigne du Pic Brumeux et que j’étais entré par hasard. Ils s’apprêtaient même à me chasser. » Chu Feng esquissa un léger sourire, comme s’il parlait d’une broutille. En réalité, il venait de révéler à Chun Wu leur mauvais comportement.
« N-non, c’est un malentendu ! Un malentendu ! » En entendant Chu Feng, les hommes blêmirent aussitôt. Terrifiés, ils tremblèrent violemment, tandis que des filets de sueur froide leur coulaient le long du visage. Ils ne savaient comment s’expliquer.
« Hmph. Trois arrogants ! Vous croyez pouvoir arrêter le cadet Wuqing ? » Chun Wu leur lança un regard glacial, sans toutefois s’attarder sur eux. Puis elle se tourna vers Chu Feng : « Cadet Wuqing, ne fais pas attention à eux. Viens vite, je vais te montrer le Lotus immortel des marques martiales. » Sur ces mots, elle l’entraîna vers le Palais des Plaisirs.
En regardant Chu Feng et Chun Wu s’éloigner, les trois hommes restés à l’entrée virent leur expression changer à plusieurs reprises. Ils éprouvaient une rancœur indicible. Certes, ils avaient bien reçu l’Insigne du Pic Brumeux et l’approbation du Pic Brumeux, mais ils savaient pertinemment qu’ils n’étaient que de petites gens tout en bas de l’échelle. Ils avaient voulu chasser un intrus pour s’attirer quelques faveurs, mais les choses avaient pris une tournure inattendue et ils avaient fini par offenser gravement quelqu’un.
Ils savaient donc qu’ils étaient perdus. Ils avaient offensé Dame Chun Wu ; leur avenir au Pic Brumeux ne leur réservait certainement rien de bon.
Chu Feng ne se souciait pas le moins du monde de ce qui se passait dans leur tête. Chun Wu le guidait à présent vers la fresque du Lotus immortel des marques martiales.
En chemin, Chu Feng découvrit que le Palais des Plaisirs était immense et qu’il ne se composait pas d’un seul bâtiment. On y consignait principalement diverses informations sur le Royaume immortel des marques martiales, afin que les visiteurs puissent mieux le connaître. Seuls ceux qui avaient reçu l’Insigne du Pic Brumeux pouvaient toutefois y entrer.
Mais ces informations intéressaient moins Chu Feng que Chun Wu. Il ne l’avait jamais rencontrée, pourtant elle semblait déjà savoir qui il était. Elle se montrait même très amicale avec lui.
Les gens qu’ils croisaient et qui les voyaient marcher côte à côte ne pouvaient s’empêcher de leur jeter des regards étranges. Les hommes, surtout, dissimulaient mal leur jalousie et leur colère.
« Voilà, c’est le Lotus immortel des marques martiales. » Après avoir tourné un moment dans les couloirs, ils arrivèrent enfin devant une immense fresque.
On y avait représenté une fleur de lotus dorée. Elle était magnifique, mais aussi imposante : les pétales d’or étaient couverts de runes et de marques finement gravées. Elles aussi étaient dorées, mais se distinguaient nettement. Au premier regard, on voyait bien que ce n’était pas un objet ordinaire.
« Il est vraiment magnifique. Maintenant, moi aussi, j’ai envie de voir le véritable Lotus immortel des marques martiales de mes propres yeux. » Tandis que Chu Feng gravait dans sa mémoire les particularités du Lotus immortel des marques martiales, Chun Wu contemplait elle aussi la fresque. Mais contrairement à lui, elle se contentait de l’admirer, avec une pointe d’aspiration.
« Aînée Chun Wu, nous sommes-nous déjà rencontrés ? » Intrigué, Chu Feng finit par poser la question. Il se souvenait clairement de ne l’avoir jamais vue, et pourtant elle le reconnaissait manifestement.
Hi hi, gloussa doucement Chun Wu en couvrant sa bouche de la main. Son rire était charmant. Puis elle ouvrit sa main blanche comme le jade, la tendit devant Chu Feng et dit : « Puisque tu es entré ici et que mon maître t’a donné sa bénédiction, rends-moi mon Insigne du Pic Brumeux. »
Ces mots firent briller les yeux de Chu Feng, qui réexamina la belle jeune femme devant lui. Un instant plus tard, il demanda, stupéfait : « Aînée Chun Wu, ce ne serait pas vous… »
« Tu ne m’as vraiment pas reconnue ? On dirait que la pilule de transformation est vraiment efficace ! Hé hé.
« Eh oui. J’étais la femme crasseuse qui vendait de faux insignes, à l’époque. » Chun Wu sourit avec malice, le visage toujours empreint de satisfaction.
Ayant compris la vérité, Chu Feng ne put s’empêcher de pousser un soupir de soulagement. *Pas étonnant que Chun Wu se soit montrée si chaleureuse avec moi. C’était donc cette femme crasseuse !*
« Wuqing a été bien sot. Hier, je n’ai pas su reconnaître l’aînée Chun Wu. Je vous ai gravement offensée ; je vous prie de me pardonner. » Chu Feng s’inclina avec respect et rendit à Chun Wu l’Insigne du Pic Brumeux qu’elle lui avait offert la veille.