Chapitre 6 155
Dans l’Espace des Esprits du Monde, Eggy fusillait du regard une épée noire.
C’était l’Épée Asura qui venait de parler.
Eggy avait déjà mentionné que l’Épée Asura était l’une des trois épées sans pareilles du Monde des Esprits Asura.
« Tu sais ce qu’il y a dans la perle ? » demanda Chu Feng.
L’Épée Asura était extrêmement arrogante et faisait souvent semblant de ne pas entendre Chu Feng quand il l’appelait. Il était rare qu’elle prît la parole de son propre chef ; Chu Feng en profita donc pour l’interroger.
« J’aime bien la perle du milieu. Récupère-la pour ce roi. »
« La ferme, tas de ferraille noire puant ! » le rabroua Eggy. Elle se tourna vers Chu Feng et ajouta : « Ne fais pas attention à cette épée ! »
L’Épée Asura ne prêta aucune attention à Eggy et poursuivit : « Gamin, qui peux-tu protéger si tu n’es même pas capable d’accomplir une chose aussi insignifiante ? »
« Qu’est-ce que tu me donnes en échange ? » demanda Chu Feng.
« Ha… » L’Épée Asura rit avec mépris. « Chu Feng, tu devrais savoir qu’il s’agit d’une épreuve. Les épreuves sont faites pour être relevées et surmontées. Elles peuvent être difficiles, mais elles ne sont jamais insurmontables. Si tu n’es pas à la hauteur, quelqu’un d’autre le sera un jour. Mais alors, tu n’atteindras jamais les sommets du monde de la cultivation, et encore moins ne deviendras le cultivateur le plus puissant. C’est tout ce que j’ai à dire. Fais ce que tu veux, mais ne viens pas me reprocher de ne pas t’avoir donné ta chance. »
L’Épée Asura se montrait catégorique, mais ses paroles touchèrent Chu Feng. Elles ébranlèrent certaines de ses convictions.
Il releva les yeux vers les trois perles de la septième marche. Celle du milieu portait une rune qui ressemblait à un bouclier.
D’ordinaire, il ne se laissait pas provoquer, mais les paroles de l’Épée Asura lui semblaient sensées.
« Désolé, Eggy. Je vais devoir revenir sur ma promesse », dit Chu Feng.
« Fais-le si tu le veux, Chu Feng. J’ai confiance en toi », répondit Eggy sans lui faire de reproches.
Elle avait tenté de dissuader Chu Feng parce qu’elle s’inquiétait pour lui, mais s’il avait pris sa décision, elle ne voulait pas se mettre en travers de son chemin.
Fff !
Chu Feng bondit sur la septième marche.
Rien ne se produisit à son arrivée : il ne fit aucun bruit et son environnement ne changea pas non plus. Pourtant, Eggy garda nerveusement le silence pour ne pas le déconcentrer.
« Eggy, je ne sens rien », dit Chu Feng d’un ton détendu.
« Hein ? Il ne se passe rien ? » s’étonna Eggy.
« Oui, je ne sens absolument rien. La septième marche… ne serait-elle qu’un épouvantail ? Voilà pourquoi l’Épée Asura m’a dit d’avancer. Elle avait compris ce qui se passait ? » Chu Feng était fou de joie.
« C’est merveilleux ! Chu Feng, prenons vite cette perle et partons ! » Eggy était ravie, elle aussi.
Au moment où Chu Feng s’apprêtait à saisir la deuxième perle, une aura noire se matérialisa soudain devant lui et s’étendit rapidement jusqu’à former une sphère de cent mètres de large. Elle s’ouvrit comme pour l’inviter à entrer.
À travers l’ouverture, Chu Feng aperçut une salle de torture dont les murs étaient couverts d’instruments de supplice. Il fronça les sourcils.
Les instruments de torture ordinaires ne pouvaient pas lui faire de mal, mais il savait que les choses ne seraient pas si simples.
Boum !
Un rayon de lumière descendit du ciel et se divisa en deux, formant une barrière transparente qui partageait la septième marche. La salle de torture enveloppée d’aura noire et les trois perles se trouvaient d’un côté ; Chu Feng, de l’autre. 𝐑
« Chu Feng, et si on laissait tomber ? » lui conseilla Eggy.
La barrière était transparente, mais des mots y étaient inscrits.
En résumé, Chu Feng obtiendrait un corps immortel s’il franchissait la barrière, mais sa cultivation et tout le reste reviendraient à leur état initial. Autrement dit, il deviendrait un mortel.
Pour un mortel, les instruments de torture de cette salle seraient un véritable cauchemar. Puisqu’il ne pouvait pas mourir, le supplice pourrait durer éternellement et le condamner à un sort pire que la mort.
« Ça va, Eggy. J’ai moi aussi commencé comme un mortel, et je suis d’accord avec l’Épée Asura. Même si je renonce ici, quelqu’un finira par surmonter cette épreuve. Je ne peux pas accepter que d’autres soient capables de faire ce que je ne peux pas, surtout dans une épreuve comme celle-ci. »
Chu Feng franchit la barrière transparente et sentit un flot d’énergie envahir son corps. Au même instant, la barrière lui déroba sa cultivation, le transformant en mortel immortel.
Il jeta un regard en arrière, conscient qu’il pouvait encore renoncer. Pourtant, il eut un petit rire, fit volte-face d’un air résolu et pénétra dans la salle de torture enveloppée d’aura noire.
Il ferma aussitôt les yeux, ne voulant pas qu’Eggy le voie dans un état aussi pitoyable.
La salle de torture se referma.
Dix fouets jaillirent de leurs râteliers et s’abattirent sur lui, lui déchirant la chair. Son sang et sa chair éclaboussèrent le sol, mais aussi les murs. Les coups étaient si violents qu’ils mettaient ses os à nu.
La douleur était atroce. Cela faisait longtemps que Chu Feng ne s’était pas senti aussi faible.
Une vague d’énergie guérit aussitôt ses terribles blessures, mais d’autres apparurent rapidement sous les coups de fouet qui continuaient de pleuvoir à vive allure.
Chaque coup lui arrachait une douleur aiguë, qui ne disparaissait pas avec la guérison des blessures. Au contraire, elle s’accumulait sans fin. Même si son corps restait intact, la souffrance qu’il devait endurer devint vite insupportable.
Malgré son incroyable endurance, Chu Feng ruisselait de sueur.
Ce n’était pas parce qu’il supportait la douleur qu’il y était insensible. Il serra les dents, se demandant si l’épreuve prendrait fin une fois les fouets arrêtés.
Mais lorsque les dix fouets cessèrent de bouger et se dissipèrent, dix fers rouges jaillirent des râteliers et foncèrent sur lui.
« Je savais que ce ne serait pas si simple. Allez-y ! J’ai peut-être perdu ma cultivation, mais les épreuves que j’ai traversées au cours de mon parcours ne l’ont pas été en vain ! » rugit Chu Feng.
Une fumée s’éleva de son corps tandis qu’une odeur de chair grillée se répandait. Ça sentait bon, mais la douleur était atroce !