Chapitre 6 013
Huitième Zhao fit un pas en avant et disparut à son tour.
Lorsqu’il réapparut, il se trouvait déjà ailleurs. Il se retourna.
Au loin, quelqu’un filait dans sa direction : Ancien Song.
Ancien Song ne cessait de se retourner en avançant, de peur que Huitième Zhao ne se lance à sa poursuite. Avec ses sens aiguisés, il aurait dû pouvoir sentir sa présence sans regarder derrière lui, mais la peur et l’inquiétude l’en empêchaient. Il ignorait de quoi Huitième Zhao était capable.
La peur le poussait à agir de façon aussi irrationnelle.
Il éprouvait d’amers regrets.
Il avait craint que Chu Feng ne perce à jour le deuxième indice au sommet de la montagne de l’épée, alors il les avait emmenés de force. En vérité, lui-même n’avait pas réussi à déchiffrer entièrement la formation d’évasion.
À cause de cela, il ne pouvait s’échapper qu’à l’intérieur des limites de ce royaume, ce qui le plaçait dans une situation très défavorable. En fin de compte, il avait eu trop confiance en sa force et baissé sa garde, ce qui l’avait mis dans une aussi mauvaise posture.
Chu Feng, au contraire, avait compris qu’il était en danger et avait rapidement agi pour redresser la situation.
Plus il y pensait, plus ses regrets grandissaient.
Il avait pourtant pris toutes ses précautions, mais qui aurait pu croire qu’il commettrait une erreur aussi lourde aujourd’hui ?
« Qui peut bien être cet homme pour connaître le maître du Palais sacré de l’Épée céleste ? Quelle poisse ! Il n’y avait que trois personnes dans cet endroit, et je suis quand même tombé sur un ennemi juré. » Ancien Song était furieux.
Il avait cru avoir de la chance en rencontrant Chu Feng, mais il comprenait à présent que c’était tout le contraire. Lorsqu’il détourna le regard pour regarder devant lui, son visage blêmit aussitôt.
Huitième Zhao se tenait devant lui, le sourire aux lèvres, à l’attendre.
Huitième Zhao se trouvait déjà à portée de ses sens, mais Ancien Song comprit qu’il était incapable de percevoir l’autre. Sans le voir de ses propres yeux, il n’aurait même pas su qu’il était là.
Alarmé, Ancien Song changea rapidement de direction.
À peine l’eut-il fait que Huitième Zhao apparut là où il s’était tourné, toujours à la même distance de lui.
Ancien Song se retourna vivement pour regarder l’endroit où se trouvait Huitième Zhao un instant plus tôt : il n’y était déjà plus.
Cette téléportation instantanée le fit suer à grosses gouttes. Il était évident que Huitième Zhao était bien plus fort que lui. Impossible de fuir, ici.
Ancien Song plongea donc la main dans son Sac cosmique et en sortit une épée, un Armement divin. Son aura jaillit comme un ouragan furieux et fissura même le sol, pourtant fait d’une pierre extrêmement résistante.
Il dégageait une impression d’invincibilité.
Pourtant, Ancien Song ne passa pas à l’attaque. Il observa Huitième Zhao de loin, réprima sa panique et afficha un sourire méprisant avant de dire : « Même le Palais sacré de l’Épée céleste n’a pas pu m’arrêter. Qu’est-ce qui te fait croire que tu en es capable ? Je vais te montrer que je ne suis pas quelqu’un qu’on peut piétiner. Même si je ne fais pas le poids contre toi, je ferai en sorte que tu souffres autant que possible.
« Réfléchis bien. Nous n’avons aucun différend. Tu es sûr de vouloir nous entraîner tous les deux à notre perte à cause de tes soupçons ? Est-ce que ça en vaut la peine ? »
« Nous entraîner à notre perte ? Toi ? » La voix de Huitième Zhao résonna juste à l’oreille d’Ancien Song.
À l’insu d’Ancien Song, Huitième Zhao se tenait déjà à ses côtés.
Ancien Song se retourna aussitôt, entraînant dans son mouvement l’Armement divin qu’il tenait à la main.
Huitième Zhao ne fit rien pour esquiver. Il leva une main, plus large qu’une patte d’ours, et saisit l’Armement divin d’Ancien Song.
Le visage d’Ancien Song devint livide. Son dernier espoir venait de s’évanouir.
C’était un Armement divin !
Et pourtant, Huitième Zhao était indemne après l’avoir arrêté à main nue, sans même la recouvrir de puissance martiale. L’Armement divin grinça, comme si sa résistance était inférieure à celle de sa main.
Ancien Song lâcha son Armement divin, recula d’un pas et s’inclina.
« Seigneur, j’ai dû perdre la tête pour nourrir des pensées cupides à votre égard, mais vous savez que le monde de la cultivation est un endroit où les forts dévorent les faibles. Il en a toujours été ainsi depuis l’Ère antique. Je n’aurais jamais osé agir de la sorte si j’avais su que vous étiez si puissant. Ce n’est pas que je ne vous respecte pas, c’est simplement que vous avez trop bien dissimulé votre force. »
Voyant qu’il n’avait aucune chance, Ancien Song renonça à se défendre et tenta plutôt de raisonner son adversaire.
« Song Xianji, qu’y a-t-il dans ce lac ? » demanda Huitième Zhao.
« Des Bêtes monstrueuses du niveau de Dieu céleste. Elles sont bien plus dangereuses que ces Bêtes monstrueuses chauves-souris, probablement au-dessus du premier niveau de Dieu céleste. Elles sont aussi nombreuses que les Bêtes monstrueuses chauves-souris », répondit Ancien Song.
Huitième Zhao agrippa l’épaule d’Ancien Song et fila au loin.
En un instant, ils arrivèrent au-dessus du lac.
Sans la moindre hésitation, tous deux plongèrent dans les profondeurs du lac.
« S-Seigneur ! Inutile de prendre un tel risque. Il y a peut-être une autre issue ! »
Ancien Song paniqua. Il avait senti à quel point les Bêtes monstrueuses du lac étaient terrifiantes, alors même qu’il n’avait auparavant envoyé que des humains talismans.
Huitième Zhao ne se laissa pourtant pas dissuader. Il avançait si vite qu’ils atteignirent le fond du lac en quelques instants. Là, ils aperçurent une Porte de formation spirituelle.
Les yeux d’Ancien Song s’illuminèrent.
C’était la Porte de formation spirituelle qui leur permettrait de s’enfoncer davantage dans l’Ère des Dieux.
Ils ne croisèrent aucune Bête monstrueuse en chemin, mais c’était sans doute parce que Huitième Zhao avait avancé si vite qu’elles ne les avaient remarqués qu’à l’instant même, trop tard pour les arrêter.
À la stupéfaction d’Ancien Song, Huitième Zhao s’arrêta pourtant devant la Porte de formation spirituelle.
« Seigneur, pourquoi vous arrêtez-vous ? » paniqua Ancien Song.
Huitième Zhao eut un petit rire.
Fff !
Le lac se mit soudain à bouillonner avec furie. Une aura terrifiante monta des profondeurs.
Tout autour d’eux apparurent d’innombrables yeux rouge sang, chacun dégageant une aura supérieure à celle d’Ancien Song. Les Bêtes monstrueuses du lac les avaient encerclés.
Huitième Zhao irradia une lumière éclatante, semblable à celle du soleil, puis libéra une lame de lumière.
Tous les yeux rouge sang disparurent. Les auras terrifiantes se dissipèrent elles aussi.
Huitième Zhao avait tué toutes les Bêtes monstrueuses.
Ancien Song remarqua une marque sur le front de Huitième Zhao, et soudain, il comprit. Il savait enfin qui était Huitième Zhao. Pourtant, cette révélation ne fit que l’épouvanter davantage : les yeux écarquillés, il tomba à genoux.
« J’étais aveugle. Je ne savais pas que vous étiez… »
Oua !
Avant qu’Ancien Song ait pu terminer, Huitième Zhao lui serra le cou entre deux doigts. « Ne prononce pas mon nom. Tu n’en es pas digne. »
Dans un craquement, le cou d’Ancien Song se brisa et du sang frais s’écoula de sa tête. Il n’était toutefois pas encore mort.
Huitième Zhao n’avait pas encore l’intention de le tuer.