Chapitre 58
« Le Sage du Ciel impérial ? » Les frères Dragon et Tigre furent extrêmement surpris ; de toute évidence, ils avaient entendu parler de cet homme.
« La Technique du Ciel impérial est sa technique suprême. Mais très peu de gens connaissent son nom. D’après ce que j’en sais, il s’agit à coup sûr de sa tombe », expliqua Su Mei.
« Je n’aurais jamais cru qu’il avait été enterré ici. Pas étonnant que personne n’ait su où il était parti », soupira Ye Taozi.
« Regardez ! Il y a quelque chose sous la stèle ! » s’écria soudain Zhang Tingzi, stupéfaite. Elle se précipita vers la pierre en parlant.
Les autres remarquèrent alors qu’un coffre en bois se trouvait sous la stèle. Ils l’ouvrirent et furent tous ravis.
Une lueur dorée jaillit du coffre, qui était rempli de perles spirituelles. Il n’était pas très grand, mais les perles étaient petites : il devait y en avoir au moins cent. Il y en avait donc une dizaine pour chacun, de quoi faire une belle récolte.
Tandis que les frères et les autres se partageaient frénétiquement les perles spirituelles, Chu Feng s’approcha du bord de la falaise et regarda en contrebas. Il ne put s’empêcher de froncer les sourcils.
La falaise plongeait très bas. Pourtant, plusieurs lianes descendaient le long de sa paroi, traversaient le brouillard et s’y perdaient.
Le brouillard recouvrait tout et l’empêchait de voir ce qui se trouvait en dessous. Mais Chu Feng percevait confusément, sous cette brume, d’innombrables intentions meurtrières.
« La Technique du Ciel impérial est une technique étrange. Le Sage du Ciel impérial s’en servait pour parcourir chaque jour des dizaines de milliers de kilomètres dans les airs. Bien qu’il n’ait pas atteint le Royaume Céleste, il en avait la prestance. Il était vraiment admirable.
« Hélas, le Sage du Ciel impérial avait un caractère plutôt étrange. Non seulement il ne rejoignit aucune faction, mais il n’eut pas non plus un seul ami. De nombreux jeunes talents voulurent devenir ses disciples, mais ils essuyèrent tous le même refus.
« La Technique du Ciel impérial est donc perdue depuis des centaines d’années. Certains estiment qu’il s’agit d’une technique martiale de rang 7. Mais il faut savoir que, dans notre Province d’Azur, les meilleures techniques ne sont que de rang 6, et que notre École du Dragon d’Azur n’en possède même pas une seule de ce rang.
« Si quelqu’un parvenait à obtenir la Technique du Ciel impérial, ce serait une véritable aubaine.
« Mais il faut reconnaître que nous avons eu une chance incroyable de tomber par hasard sur la tombe du Sage du Ciel impérial. Hélas, nous ne sommes pas assez puissants ; cette chance nous passera sous le nez. » Su Mei contempla le brouillard, les yeux brillants, puis pinça les lèvres, pleine de regrets.
« Ce Sage du Ciel impérial était vraiment si puissant ? »
Chu Feng n’avait jamais entendu parler de lui. Soudain, il se sentit comme un pauvre garçon qui aurait grandi dans un village perdu et ne saurait rien du monde.
Su Mei et les autres, en revanche, ressemblaient à de jeunes maîtres élevés en ville. Ils avaient beau avoir à peu près le même âge, leur entourage leur avait ouvert des horizons bien plus vastes qu’à lui. Et c’était effectivement le cas.
« Il était le plus grand expert de la Province d’Azur à l’époque. Tu crois que c’était une plaisanterie ?
« Si la nouvelle de la tombe du Sage du Ciel impérial se répandait, toute la Province d’Azur en serait bouleversée. Les factions de toutes parts enverraient aussitôt leurs meilleurs experts.
« Alors, non seulement nous ne pourrions pas en profiter, mais même l’École du Dragon d’Azur et l’École des Mille Vents n’auraient pas leur mot à dire. Ce serait le domaine des grandes écoles. Voilà pourquoi je dis que nous avons beaucoup de chance », expliqua Su Mei.
En entendant ses paroles, le regard de Chu Feng s’illumina de plus en plus. Il fixa intensément la mer de brouillard en contrebas, et une pensée folle lui traversa l’esprit.
La Technique du Ciel impérial, perdue depuis des centaines d’années, se trouvait très probablement sous cette brume. Il n’allait tout de même pas la laisser lui passer sous le nez ?
Bang ! Mais à cet instant, un fracas retentit à l’entrée. Quand Su Mei et les autres se retournèrent, leurs visages changèrent radicalement. Chu Feng fronça lui aussi les sourcils.
Six hommes grands et robustes, tous beaux et à l’aura remarquable, se tenaient là. Ils portaient des robes bleues et dégageaient la puissance de cultivateurs du huitième niveau du Royaume de l’Esprit. C’étaient des disciples principaux de l’École du Dragon d’Azur. Parmi eux se trouvait quelqu’un qu’ils connaissaient : Zhou Zhiyuan, qui s’était disputé avec Chu Feng un peu plus tôt.
« Oh ? Je ne pensais pas que quelqu’un serait arrivé ici avant nous. À les voir, on dirait des gamins qui n’ont pas encore grandi. Qu’est-ce qu’ils font là ?
« On dirait que nous avons sous-estimé les gens d’ici. En effet, d’autres que nous connaissaient le chemin pour traverser les cadavres sanglants. »
En apercevant Chu Feng et les autres, les disciples principaux furent surpris. Mais, à en juger par leurs paroles, ils ne leur accordaient pas la moindre importance.
« Le monde est petit ! Su Mei, nous nous retrouvons », lança Zhou Zhiyuan avec un sourire mauvais.
« Su Mei ? C’est la sœur de Su Rou et celle qui t’a manqué de respect tout à l’heure ? » demanda quelqu’un en les voyant.
« C’est bien eux. Surtout ce garçon, là-bas. Il a un culot monstre. » Zhou Zhiyuan désigna Chu Feng, qui se tenait au bord de la falaise, un sourire glacial aux lèvres.
« Zhiyuan, qu’est-ce que tu veux faire de ce garçon ? On va t’aider. » Les regards des autres se firent plus sombres et plus froids. Des disciples de la cour intérieure avaient osé les offenser, eux, des disciples principaux. Ils ne pouvaient pas le tolérer.
« Nous sommes ici sur ordre de l’aîné Leng pour récupérer les perles spirituelles près des falaises. Quiconque nous fera obstacle mourra sans exception », déclara Zhou Zhiyuan.
« Zhou Zhiyuan, nous fréquentons la même école et tu oses nous tuer ? » s’indigna Su Mei.
« La même école ? Alors pourquoi ne portes-tu pas l’uniforme de l’École du Dragon d’Azur ? Ceux qui ne portent pas les vêtements de l’école ne la respectent pas et ne se considèrent pas comme ses disciples. Il faut se débarrasser de gens comme eux.
« Mais Su Mei, n’aie pas peur. Comment pourrais-je me résoudre à te tuer ? Je vais plutôt m’amuser avec toi, héhé… » À ces mots, un sourire éhonté se dessina sur le visage de Zhou Zhiyuan.
« Tu… » En entendant cela, Su Mei pâlit de colère. Elle était furieuse : elle n’aurait jamais cru Zhou Zhiyuan aussi éhonté.
« Zhiyuan, ce n’est pas très correct, non ? Après tout, c’est la sœur de Su Rou. » Un autre disciple principal prit la parole. Pourtant, ses yeux ne cessaient de parcourir le corps de Su Mei.
« Vous savez tous que Su Rou est la plus belle de notre École du Dragon d’Azur. Mais elle est trop fière, et nous ne pouvons même pas l’approcher. Nous n’avons aucune chance avec elle, c’est le destin.
« Mais sa sœur, Su Mei… Qu’il s’agisse de son visage ou de son corps, elle n’a rien à envier à Su Rou. Elle aussi deviendra une beauté. Aujourd’hui, une telle occasion se présente : vous ne voudriez pas goûter à cette jolie fille ? » Zhou Zhiyuan alla droit au but et exprima sans détour ses pensées.
« Ha ha, Zhiyuan, puisque tu le dis, qu’attendons-nous ? La jeunesse ne dure qu’un instant, et vaut son pesant d’or ! » L’un d’eux, impatient, s’avança enfin pour foncer sur Chu Feng et les autres.
À cette vue, Bai Tong et les autres se crispèrent. Même Su Mei fronça les sourcils, soudain terriblement nerveuse. Ils n’étaient pas de taille à affronter six disciples principaux.