Chapitre 575
Chu Feng se tenait dans les airs et contemplait la montagne en contrebas. Après l’avoir observée longuement, il ne parvint toujours pas à repérer l’Antre spirituel, encore moins les veines spirituelles et la conscience spirituelle.
Ne sachant que faire d’autre, Chu Feng n’eut pas le choix : il descendit et se mit à fouiller l’immense Montagne de l’Ivoire du Loup. Il voulait en examiner le moindre recoin pour trouver l’Antre spirituel.
Boum, boum, boum
Mais alors que Chu Feng atteignait le milieu de la chaîne montagneuse, en venant de son versant est, il entendit des explosions assourdissantes retentir sans discontinuer.
En s’approchant pour y regarder de plus près, Chu Feng découvrit qu’une Bête monstrueuse affrontait une personne.
La Bête monstrueuse mesurait vingt mètres de haut et des dizaines de mètres de long ; debout, elle ressemblait à une petite colline.
Elle avait l’apparence d’un pangolin. Son corps était entièrement recouvert d’une armure indestructible, mais surtout, elle cultivait au septième niveau du Royaume Céleste.
On ne pouvait pas la prendre à la légère. Chacun de ses pas faisait trembler tout ce qui se trouvait dans un rayon de cent lieues. Les arbres alentour avaient déjà été brisés par les secousses et gisaient au sol.
Le gigantesque marteau qu’elle tenait était d’une férocité sans pareille. À chaque fois qu’elle le faisait tournoyer, une violente bourrasque se levait. Quand elle l’abattait, il creusait un gouffre. La chaîne montagneuse était déjà criblée de milliers de trous, au point d’en être méconnaissable.
La personne qui l’affrontait n’était pas ordinaire non plus : elle cultivait elle aussi au septième niveau du Royaume Céleste. De plus, c’était une femme.
Elle avait dépassé la trentaine, peut-être de quelques années. Elle avait conservé son élégance, mais surtout, sa cultivation. À son âge, avoir atteint le septième niveau du Royaume Céleste était remarquable.
Après tout, sur le continent des Neuf Provinces, ceux qui avaient atteint le septième niveau du Royaume Céleste se comptaient sur les doigts d’une main, et pas un seul n’était jeune. Si elle avait pu atteindre ce niveau à son âge, cela ne signifiait pas pour autant qu’elle était puissante. Cela montrait simplement que les cultivateurs de la Région de la Mer orientale évoluaient à un tout autre niveau que ceux du continent des Neuf Provinces.
Boum, boum, boum
La Bête monstrueuse et la femme s’affrontaient, provoquant sans cesse de terrifiantes vagues de choc. Mais Chu Feng voyait bien que la femme allait perdre. Pour l’heure, elle ne cherchait qu’à sortir de la portée des attaques de la Bête monstrueuse, mais celle-ci la tenait fermement à sa portée et ne lui laissait aucune chance.
« Cette Bête monstrueuse a l’air bizarre, comme si elle avait perdu la raison. »
Chu Feng l’examina grâce à son puissant pouvoir spirituel et découvrit qu’elle était assoiffée de sang et furieuse. Bien que la femme lui demandât sans cesse pourquoi elle l’attaquait, la Bête monstrueuse ne répondait pas et se contentait de lancer contre elle des attaques meurtrières.
Soit la Bête monstrueuse était devenue folle, soit un problème était survenu. En outre, Chu Feng avait rapidement fait le tour de la chaîne montagneuse et découvert que, malgré la présence d’un certain nombre de Bêtes monstrueuses, celles qui avaient atteint le Royaume Céleste étaient rares. Pourquoi une créature aussi puissante était-elle apparue tout à coup ?
Toutes ces étrangetés étaient liées, et il devait bien y avoir une raison à cela. Mais, hélas, « cela ne te concerne pas, tu n’as pas à t’en mêler ». Chu Feng n’était ni assez irrité ni assez désœuvré pour se soucier de la vie d’autrui. Si la personne en face de lui avait été largement surpassée par son adversaire, ou si un cultivateur s’en était pris à un simple roturier, alors il serait sans hésiter intervenu.
Mais, en l’occurrence, deux adversaires de force comparable s’affrontaient. Il y avait peut-être un malentendu entre eux, une rancune, ou une autre raison encore ; Chu Feng ne voulait donc pas s’en mêler.
Dans le monde des cultivateurs, les forts régnaient en maîtres. Les combats et les massacres étaient trop nombreux. Si Chu Feng intervenait chaque fois qu’il en était témoin, il n’y arriverait tout simplement pas et n’en aurait jamais le temps.
« Attends, il y a d’autres personnes. » Mais alors que Chu Feng s’éloignait, il découvrit deux individus cachés dans une forêt proche.
L’un était un homme, l’autre une femme, et tous deux étaient âgés. Leur cultivation n’était pas faible non plus : ils avaient atteint le huitième niveau du Royaume Céleste, dépassant même la femme qui affrontait la Bête. À en juger par leurs vêtements, ils étaient probablement de son camp.
Pourtant, non seulement ils ne l’aidaient pas à combattre la Bête monstrueuse, mais ils observaient la scène comme s’ils regardaient deux tigres se battre.
Ce retournement de situation éveilla l’intérêt de Chu Feng. Poussé par la curiosité, il dissimula toute trace de sa présence et s’approcha peu à peu. Dans le même temps, il concentra son pouvoir spirituel pour écouter leur conversation.
« Vieil homme, nous allons vraiment rester là à regarder la grande demoiselle se faire tuer par cette Bête monstrueuse ? Nous n’avons pas un cœur un peu trop noir ? Après tout, le chef de famille nous a toujours bien traités. » En observant la scène au loin, la vieille femme avait l’air contrariée.
« Tu crois que ça me fait plaisir ? Mais notre fichu garçon est prisonnier de la Famille Ma ! Si nous n’obéissons pas à leurs ordres et ne la tuons pas, c’est lui qui mourra ! Tu préfères que la grande demoiselle meure ou que notre gamin y passe ? » répliqua le vieil homme.
« Ce fichu gamin ! Il ne nous apporte que des ennuis. Si ça s’apprend, qu’est-ce qu’on va devenir ? » En entendant ces mots, la vieille femme se mit à jurer, sans toutefois souffler un mot sur la possibilité de sauver la grande demoiselle. On voyait bien qu’elle avait pris sa décision.
« Notre fichu gamin est un incapable, mais si quelqu’un doit être blâmé, c’est la grande demoiselle : elle est trop bornée. La Famille Li et la Famille Ma se sont déjà alliées, et chacune possède une clé permettant d’ouvrir ce trésor. Le moment est venu ; qu’y a-t-il de mal à l’ouvrir directement avec la Famille Ma ? »
« Pourtant, la grande demoiselle s’y est opposée coûte que coûte. Elle a tout fait pour contrecarrer leurs plans, et elle a même recruté des hommes à prix d’or et cherché des gens en qui elle pouvait avoir confiance. De toute évidence, elle voulait renforcer la Famille Li et ouvrir le trésor seule. »
« Évidemment, la Famille Ma ne peut pas apprécier ses agissements. Chercher un moyen de se débarrasser de la grande demoiselle est tout à fait raisonnable. Voilà pourquoi je dis qu’elle n’a fait que courir à sa perte ! »
« En d’autres termes, si la grande demoiselle continue ainsi, la Famille Li et la Famille Ma finiront tôt ou tard par se livrer une grande bataille. Et dans ce cas, beaucoup d’innocents seront entraînés dans le conflit. On peut donc dire que nos actes servent la Famille Li. Nous la sauvons ! Nous n’avons rien à nous reprocher. » Avec une éloquence remarquable, le vieil homme transforma la trahison de sa propre famille en un acte parfaitement noble.
« Un trésor ?! » À ces mots, les yeux de Chu Feng s’illuminèrent.
Si un trésor se trouvait sur la Montagne de l’Ivoire du Loup, de quel trésor s’agissait-il ? La première chose à laquelle Chu Feng pensa fut l’Être spirituel caché dans la montagne.
L’avaient-ils déjà découvert ?
« On dirait que je vais devoir intervenir aujourd’hui. »
Sur ces mots, Chu Feng pivota et s’envola vers le lieu où la femme et la Bête monstrueuse s’affrontaient. Les événements du jour étaient peut-être liés à l’Être spirituel et à la conscience spirituelle de la Montagne de l’Ivoire du Loup.
Même si cela n’avait aucun rapport avec la conscience spirituelle, Chu Feng n’allait certainement pas rester les bras croisés en sachant qu’un trésor était en jeu. Il décida de se mêler de l’affaire.
« Nous n’avons aucune inimitié. Pourquoi t’acharnes-tu contre moi et veux-tu me tuer ? » À cet instant, la femme était à bout de forces. La Bête monstrueuse la dominait complètement. Elle ne cessait de l’interroger, mais en vain : pour toute réponse, la créature poussait des rugissements assourdissants, animée d’une soif de sang sans limites.
Wouah ! À cet instant, un autre rugissement furieux retentit. Le gigantesque marteau que tenait la Bête monstrueuse s’abattit de nouveau sur elle.
La femme tenta instinctivement d’esquiver, mais elle ne pouvait rien faire : toute son énergie céleste était épuisée. Sa vitesse ne suivait pas ses pensées, et il lui était désormais impossible d’éviter le coup.