Chapitre 5
Après le départ de Su Rou et des autres, le hall principal retomba dans le silence.
Un instant plus tard, des pas précipités retentirent à l’extérieur du hall, puis un disciple accourut.
C’était Duan Yuxuan. Pourtant, comparé à celui qu’il avait été auparavant, on aurait dit qu’il s’agissait de deux personnes complètement différentes.
Les cheveux en bataille, trempé de sueur, il haletait bruyamment et se précipitait vers l’estrade comme un fou.
« Haha ! Au final, c’est moi qui suis arrivé le premier ! Yang Tian Yu, petit morveux, tu crois pouvoir rivaliser avec moi ? »
« J’ai supporté en secret six années à la cour extérieure. Pour quoi faire ? Je vais te le dire tout de suite : pour tout ça ! »
Duan Yuxuan courait et exultait comme s’il était possédé par un démon. Les yeux rivés sur l’estrade, il ne remarqua même pas les cadavres des bêtes féroces dans le hall.
Fff ! Il bondit et atterrit sans difficulté sur l’estrade.
Mais alors qu’il affichait un large sourire, il baissa les yeux et reçut un véritable coup de foudre : il resta pétrifié de stupeur.
Car l’estrade était complètement vide ! Il n’y avait même pas un seul cheveu !
« Bon sang, qu’est-ce que c’est que ça ? »
Il lui fallut un long moment pour reprendre ses esprits. Ce n’est qu’alors qu’il remarqua le sang répandu partout et les cadavres de quarante bêtes féroces éparpillés dans le hall.
La mort de chacune d’elles avait été bouleversante et d’une extrême violence.
Cette scène le terrifia. Pouf ! Il s’assit sur l’estrade. Puis, il se retourna et constata que la porte permettant de quitter l’épreuve n’était pas ouverte.
« Que se passe-t-il ? » Duan Yuxuan ne savait plus quoi penser ; son esprit était en plein désordre.
Patatata… À ce moment-là, Yang Tian Yu accourut à son tour. Mais dès qu’il arriva à l’entrée du hall, il s’arrêta.
Après avoir contemplé la scène dans le hall, il leva les yeux vers Duan Yuxuan, sur l’estrade, et le dévisagea, abasourdi. « Ça… C’est toi qui as fait ça ? »
Duan Yuxuan eut un petit rire amer. « Si je te disais que non, tu me croirais ? »
« Bien sûr. Il te serait impossible d’être aussi puissant. » Yang Tian Yu lui lança un regard en entrant dans le hall. Il examina les cadavres des bêtes féroces. « Mon Dieu, il y a même une bête féroce de rang 4. Qui a fait ça ? »
Ils eurent beau observer les lieux, ils ne trouvèrent pas la réponse. Jamais ils n’auraient imaginé qu’un cultivateur aussi puissant se cachait parmi les disciples de la cour extérieure.
Finalement, ils soupçonnèrent même les Anciens d’avoir organisé tout cela et d’avoir remporté eux-mêmes la récompense réservée au premier arrivé.
Mais lorsque l’armée de disciples du troisième niveau du Royaume de l’Esprit arriva, la situation prit une tournure inattendue.
Tout le monde pensa que Yang Tian Yu et Duan Yuxuan avaient tué les bêtes féroces et s’étaient partagé la récompense.
Mais le plus drôle, c’était que, sous les regards admiratifs de la foule, Yang Tian Yu et Duan Yuxuan ne démentirent pas. Et c’est ainsi qu’ils devinrent miraculeusement les premiers.
La grande porte derrière eux s’ouvrit, et les acclamations retentirent. Tous étaient ravis : une fois cette porte franchie, ils deviendraient des disciples de la cour intérieure et une nouvelle vie s’offrirait à eux.
Mais tandis que la foule célébrait, un jeune homme s’avança et attira tous les regards.
Il était complètement nu et pleurait. Rongé par le ressentiment, il jura : « Qui a pu être aussi cruel ? Non seulement il m’a assommé, mais il m’a aussi pris mes vêtements ! C’est quoi, cette folie ?! »
À cette vue, les gens furent stupéfaits. Seul Chu Feng sourit ; il s’éloigna lentement de la foule en contemplant ses vêtements, parfaitement intacts.
L’examen d’entrée dans la cour intérieure prit fin. Plus de dix mille personnes y avaient participé, mais seules deux mille d’entre elles l’avaient réussi. Cela représentait tout de même un nombre considérable.
On ne devenait un véritable disciple de l’École du Dragon Azur qu’après être entré dans la cour intérieure. On bénéficiait alors également d’un traitement bien plus avantageux.
Pour accueillir les nouveaux disciples entrés dans la cour intérieure, les Anciens organisèrent même un banquet.
La pleine lune brillait haut dans le ciel nocturne. Dans la cour intérieure, les chants et les danses allaient bon train, et l’ambiance festive atteignit son paroxysme.
Mais Chu Feng ne se joignit pas au banquet. Il resta dans sa nouvelle résidence et contempla la blessure sur son torse nu.
La plaie cicatrisait à une vitesse stupéfiante. Si elle continuait ainsi, quelques jours suffiraient pour qu’elle guérisse complètement. Ce pouvoir de guérison lui venait de la Foudre divine.
« Qu’es-tu donc ? Pourquoi m’avoir choisi ? »
Ce n’était pas la première fois que Chu Feng posait cette question. Il l’avait posée un nombre incalculable de fois, mais n’avait jamais obtenu de réponse.
Il se souvenait encore de la nuit, cinq ans plus tôt, où la Foudre aux neuf couleurs avait enveloppé le ciel de la Province d’Azur.
Le ciel était aussi lumineux qu’en plein jour et les éclairs dansaient comme des dragons. Le tonnerre grondait dans les cieux, le sol tremblait. Les gens crurent même que le monde touchait à sa fin ; la panique semait le chaos partout.
Pourtant, Chu Feng, qui n’avait alors que dix ans, n’avait pu s’empêcher de franchir la porte en courant et de se diriger vers un vaste terrain.
À ce jour, il ne savait toujours pas pourquoi il avait agi ainsi. C’était comme si une force mystérieuse l’avait attiré vers cet endroit.
Ensuite, la Foudre divine s’attacha à son corps.
Personne ne l’avait vue, mais lui savait que la Foudre aux neuf couleurs qui avait ébranlé le monde entier se trouvait dans son dantian.
Cette Foudre divine avait doté Chu Feng d’un corps incroyablement puissant. Pourtant, il ne comprenait pas pourquoi une chose aussi puissante s’était attachée à lui.
« Peu importe. Si tu ne réponds pas, je ne te poserai plus la question. Après tout, toi et moi ne faisons qu’un. »
Chu Feng sourit, l’esprit apaisé. La chance n’était pas un malheur ; et si c’en était un, il ne pourrait de toute façon pas y échapper. Si cette Foudre divine voulait vraiment lui nuire, il n’aurait aucune chance de lui résister avec sa force actuelle.
Mais jusqu’à présent, la Foudre divine ne lui avait apporté que des avantages. Il cessa donc de s’en préoccuper.
Chu Feng remit ses vêtements et tourna le regard vers le livre posé près de la tête de son lit. Trois grands caractères y étaient inscrits : « Trois Styles du Tonnerre ».
Il prit le livre et se mit à le feuilleter. C’était la première fois qu’il consultait un manuel de technique martiale, et il était quelque peu fébrile.
« Technique de rang 4 : les Trois Styles du Tonnerre. Créée par le fondateur de l’École du Dragon Azur. »
« Une fois maîtrisée : vitesse de l’éclair, puissance du tonnerre. Aussi puissante qu’une technique de rang 5. »
Après avoir lu cette brève description, Chu Feng inspira profondément et s’exclama, stupéfait : « Cette technique a été créée par l’ancêtre qui a fondé l’école ! »
Le fondateur de l’École du Dragon Azur était l’homme qui l’avait fondée. Mille ans plus tôt, il avait été sans égal et avait parcouru le monde. Il pouvait voler dans le ciel, s’enfoncer sous terre, déplacer des montagnes et soulever les océans. C’était un véritable maître de la cultivation martiale.
À cette époque, sous la direction du fondateur, l’École du Dragon Azur était sans conteste la première école de toutes les Neuf Provinces.
La seule force capable de lui tenir tête était la cour impériale, qui dominait aujourd’hui les Neuf Provinces.
Mais cette époque glorieuse ne dura pas. Après la mort du fondateur, l’École du Dragon Azur commença à décliner et sortit rapidement du cercle des meilleures écoles des Neuf Provinces.
À présent, même dans les frontières de la Province d’Azur, elle n’était plus qu’une école de second ordre. Cela ne faisait que souligner davantage la puissance du fondateur.
La technique qu’il avait créée était forcément un joyau parmi les manuels de techniques martiales. On ne pouvait pas l’obtenir en la réclamant à genoux : il fallait avoir la chance de tomber dessus.
Tout excité, Chu Feng parcourut rapidement les méthodes d’entraînement et se jura de réussir à maîtriser les Trois Styles du Tonnerre.
Chu Feng ne dormit pas de la nuit, mais il comprit au moins comment s’entraîner aux Trois Styles du Tonnerre.
Le premier style reposait sur la forme. Le deuxième, sur l’intention. Le troisième pouvait créer la foudre. En somme, maîtriser les Trois Styles du Tonnerre était extrêmement difficile, mais Chu Feng voulait tenter sa chance.
Après s’être lavé le visage et rincé la bouche, Chu Feng n’avait pas sommeil. Il se dirigea donc vers le Pavillon des Compétences martiales de la cour intérieure.
Tout d’abord, le Pavillon des Compétences martiales disposait d’installations conçues pour l’entraînement aux techniques martiales. De plus, comme il ne pouvait pas révéler qu’il s’exerçait aux Trois Styles du Tonnerre, il devait apprendre une autre technique martiale pour tromper les gens.
« Il y a du monde, ici. » À peine était-il entré dans le Pavillon des Compétences martiales qu’il découvrit un vaste hall principal bondé de monde.
Ce n’était pas étonnant. Après tout, près de deux mille disciples avaient rejoint la cour intérieure la veille. Ces nouveaux venus voulaient sans doute apprendre des techniques martiales.
Le Pavillon des Compétences martiales comptait six étages. Le premier était consacré aux techniques de rang 1, le deuxième à celles de rang 2 et le troisième à celles de rang 3. Les quatrième, cinquième et sixième étages étaient, eux, réservés à l’entraînement aux techniques martiales.
Chu Feng continua de monter. Il constata que le premier étage était bondé. Il y avait bien moins de monde au deuxième et très peu au troisième.
C’était prévisible. Les techniques martiales de rangs différents avaient beau être inégalement puissantes, leur difficulté d’apprentissage variait elle aussi.
C’est pourquoi beaucoup de disciples fraîchement entrés dans la cour intérieure commençaient par s’entraîner aux techniques de rang 1. Une fois celles-ci maîtrisées, ils passaient aux techniques de rang 2, puis enfin à celles de rang 3.
Mais Chu Feng avait un objectif très clair. Même s’il ne s’agissait que d’une technique martiale défensive, il devait choisir la plus puissante.
« Jeune homme, je te conseille de ne pas viser trop haut. Les techniques d’ici ne sont pas faites pour toi. » Mais au moment où Chu Feng posa le pied au troisième étage, une voix âgée résonna à ses oreilles.