Chapitre 488
« Ancien, puisque vous y êtes disposé, je représenterai mon École du Dragon Azur et signerai dès maintenant un accord d’alliance avec vous. À partir d’aujourd’hui, notre École du Dragon Azur partagera les mêmes gloire et honte que votre École du Vide, et nous avancerons et reculerons ensemble. » Sur ces mots, Chu Feng sortit une feuille de papier.
C’était un accord d’alliance. Les conditions de l’alliance entre l’École du Dragon Azur et l’École du Vide y étaient détaillées. En le voyant, le directeur de l’École du Vide, fou de joie, s’empressa d’écrire les deux grands caractères « École du Vide » sans même le lire, puis y apposa son empreinte.
À cet instant, dans toute l’École du Vide, pas une seule personne ne fut épargnée par une joie immense : tous savaient qu’à partir de ce jour, leur école allait connaître une ascension fulgurante. Avec l’École du Dragon Azur pour les protéger, ils n’auraient bientôt plus à craindre qu’on leur cherche querelle, même dans les Neuf Provinces, et pas seulement dans la petite Province d’Azur.
Mais si certains se réjouissaient, d’autres étaient accablés. Tandis que les membres de l’École du Vide célébraient l’événement, plusieurs centaines de milliers de disciples et d’Anciens qui avaient appartenu à l’école, mais choisi de rejoindre celle de la Fleur de Lotus, étaient rongés de chagrin, le visage empreint de regrets.
En cet instant, ils regrettaient tant leur décision qu’ils en avaient les entrailles nouées, et certains en venaient même à souhaiter mourir. Ils se reprochaient d’avoir été lâches et peureux, d’avoir trahi l’École du Vide et de s’être laissés tenter par les promesses du Vieil homme de la Fleur de Lotus.
Parce qu’ils n’avaient pas tenu bon, ils avaient perdu leur chance de s’élever dans les cieux. Une seule erreur de jugement, et ils avaient laissé passer une occasion inouïe.
Tout existait en ce monde, mais pas de remède aux regrets. Ils allaient devoir payer le prix de leurs choix.
« Vous êtes bien le directeur de l’École de la Fleur de Lotus ? » Après avoir signé l’accord d’alliance, Chu Feng se retourna avec un léger sourire et posa les yeux sur le Vieil homme de la Fleur de Lotus.
« C’est bien moi. Je suis Zhao Lianhua, directeur de l’École de la Fleur de Lotus », répondit précipitamment le Vieil homme de la Fleur de Lotus. Il était terrifié. Terrifié au plus haut point.
« Levez-vous pour me répondre. » Chu Feng avait parlé d’un ton très doux.
À ces mots, le Vieil homme de la Fleur de Lotus se réjouit en secret et ne put s’empêcher de pousser un soupir de soulagement : il avait l’impression que Chu Feng ne comptait pas lui rendre la vie difficile. Il se releva donc aussitôt et salua Chu Feng à plusieurs reprises. « Merci, Seigneur Chu Feng ! Merci, Seigneur Chu Feng ! »
« Vous ne manquez pas d’audace ! Vous osez vous emparer des terres de l’École du Vide et même lui prendre de force ses Anciens et ses disciples ! » Soudain, le visage de Chu Feng se glaça. Il pointa le Vieil homme de la Fleur de Lotus du doigt et le réprimanda avec fureur, puis désigna les centaines de milliers de personnes qui avaient trahi l’École du Vide. « Vous aimez donc vous entourer de ces ingrats qui oublient les faveurs reçues et trahissent leur propre école pour sauver leur peau ? »
« Très bien ! Aujourd’hui, vous les emmènerez tous. Ramenez-les à votre École de la Fleur de Lotus. Désormais, ils en feront partie et porteront toute leur vie le nom de votre école. »
« Mais retenez bien ceci : à partir d’aujourd’hui, les membres de votre École de la Fleur de Lotus feraient mieux de rester sur leurs minuscules terres. S’ils osent en sortir, ne serait-ce que d’un pas, je les tuerai sans autre forme de procès. »
« Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! J’ai été aveugle, je mérite la mort, je n’aurais pas dû céder à la cupidité ! »
« Mais, Seigneur Chu Feng, je vous en prie, laissez une chance à mon École de la Fleur de Lotus. Après tout, j’ignorais que l’École du Vide vous connaissait. Si je l’avais su, jamais je n’aurais osé m’opposer à elle ! » À cet instant, le Vieil homme de la Fleur de Lotus s’effondra à genoux dans un bruit sourd. Il se prosterna sans relâche, implorant Chu Feng de lui pardonner.
« Je vous laisse déjà la vie sauve en ne vous tuant pas tous aujourd’hui. Dégagez ! Ne vous avisez pas de me raconter des sottises. Si vous ne déguerpissez pas, je vous tue sur-le-champ ! »
La voix de Chu Feng éclata comme le tonnerre, en grondements successifs. En même temps, une aura sans limites et une effrayante intention meurtrière émanaient de lui.
« À vos ordres, je pars, je pars tout de suite ! » Le Vieil homme de la Fleur de Lotus paniqua complètement. Il se releva à la hâte et entraîna le groupe de son école, prêt à partir : il savait qu’en s’en allant sur-le-champ, il lui restait une chance de survivre, mais que s’il ne partait pas, il mourrait à coup sûr.
« Arrêtez. » Mais après quelques pas, Chu Feng poussa de nouveau un cri tonitruant. Il les désigna du doigt. « Qui vous a dit de marcher ? Je vous ai dit de dégager en roulant, alors roulez ! Dévalez la montagne ! » [1]
« Chu Feng, ne pousse pas le bouchon trop loin ! Tu n’es qu’un gamin, et tu oses nous parler comme ça ? » À cet instant, un Ancien chargé de l’administration de l’École de la Fleur de Lotus pointa Chu Feng du doigt et l’injuria avec colère.
Boum ! Pourtant, à peine eut-il parlé qu’il se transforma en un nuage de sang. La scène s’était déroulée si vite que personne ne sut qui avait frappé, mais les membres de l’École de la Fleur de Lotus furent complètement terrifiés.
« Seigneur, épargnez-nous ! Nous allons rouler, tout de suite ! » Enfin, plus personne n’osa hésiter. Menés par le Vieil homme de la Fleur de Lotus, les membres de son école se mirent à dévaler en roulant les marches qui grimpaient la montagne.
« Qu’est-ce que vous regardez ? Pourquoi vous ne déguerpissez pas, vous aussi ? » Alors que le Vieil homme de la Fleur de Lotus s’éloignait de plus en plus en roulant, Chu Feng pointa de nouveau du doigt les centaines de milliers de personnes qui étaient toujours à genoux dans l’enceinte de l’École du Vide.
« Directeur, ayez pitié ! Directeur, ayez pitié ! »
« Directeur, nous reconnaissons nos torts ! Donnez-nous une chance ! »
« Seigneur directeur d’école, vous m’avez vu grandir ! Vous êtes comme un père pour moi. Les enfants font des erreurs ; je vous en supplie, donnez-moi une chance de repartir à zéro ! »
Ces gens se regardèrent les uns les autres, mais personne ne fit le moindre pas. Au lieu de cela, ils se tournèrent vers le directeur de l’École du Vide et le supplièrent de leur pardonner.
Les paroles de Chu Feng, plus tôt, avaient été on ne peut plus claires. Il n’avait pas condamné l’École de la Fleur de Lotus à mort, mais il ne leur avait pas non plus laissé la vie sauve.
Si l’on venait à apprendre que l’École de la Fleur de Lotus avait offensé l’École du Dragon Azur, il était probable que de nombreuses puissances désireuses de se rapprocher de cette dernière se porteraient volontaires pour exterminer l’École de la Fleur de Lotus, même sans qu’elle ait à intervenir.
S’ils suivaient vraiment le Vieil homme de la Fleur de Lotus jusqu’à son école, la mort les attendait à coup sûr.
« Ça… » Face aux supplications désespérées des centaines de milliers d’Anciens et de disciples, le directeur de l’École du Vide se retrouva dans l’embarras. Son cœur s’attendrit. Vraiment. Après tout, ces Anciens et ces disciples l’avaient suivi pendant de nombreuses années.
Il se retourna donc, posa les yeux sur Chu Feng et voulut plaider en leur faveur.
Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! Boum !
Mais avant qu’il ait pu parler, Chu Feng agita largement sa manche et lança plusieurs coups de poing. Des explosions retentirent au milieu de cette foule immense. Chacune faisait naître des vagues d’énergie déchaînées.
Ceux que ces vagues atteignaient se transformaient aussitôt en nuages de sang. Même ceux qu’elles n’atteignaient pas de plein fouet furent frappés par les répercussions. Les uns moururent, les autres furent blessés. En un clin d’œil, plusieurs dizaines de milliers de personnes s’étaient effondrées, mortes misérablement sous les coups de Chu Feng.
À cet instant, les membres de l’École du Vide furent stupéfaits et terrifiés, car ils venaient enfin de découvrir la puissance de Chu Feng : celle dont on disait qu’elle lui permettait de tuer des experts du Royaume Céleste.
« Seigneur, ayez pitié ! Seigneur, ayez pitié ! Nous allons rouler, tout de suite ! »
Quand les grondements cessèrent, pas un seul survivant n’osa encore implorer leur pardon. Le visage ravagé par la peur, ils s’enfuirent et, dès qu’ils atteignirent les marches qui descendaient de la montagne, se mirent à les dévaler en roulant. Ils partirent en roulant vers le bas.
Ainsi, un spectacle singulier s’offrit sur la Chaîne de montagnes du Vide : plusieurs centaines de milliers de personnes dévalaient les montagnes en roulant, dans une détresse indescriptible.
Ce ne fut qu’après le départ du dernier disciple de la place de l’école, alors qu’il roulait vers le sentier qui gravissait la montagne, que Chu Feng posa la main sur l’épaule du directeur de l’École du Vide. « Ancien, ceux qui vous trahissent aujourd’hui pourront encore vous trahir demain. Si vous éprouvez de la compassion même pour des gens pareils, comment pourrez-vous vous faire une place dans ce monde où les forts dévorent les faibles ? »
À ces mots, le directeur de l’École du Vide ne put s’empêcher de trembler. Dans le regard qu’il posa sur Chu Feng, il n’y avait pas seulement un respect absolu, mais aussi une admiration sincère.
En réalité, il comprenait le raisonnement de Chu Feng, mais le cœur humain grandissait avec le corps. Rares étaient ceux qui savaient distinguer clairement le bien du mal et tuer sans hésiter. Lui-même en était incapable, du moins pour l’instant.
Mais Chu Feng, ce jeune homme de tout juste dix-sept ans, en était capable. Comment aurait-il pu ne pas le respecter ?
Le caractère utilisé pour « dégager en roulant » signifie bien « dégager », au sens figuré, mais se traduit littéralement par « rouler ».