Chapitre 4 327
Après le départ de Chu Feng et de Long Nanxun, l’Ancien Lingtao et les autres, qui étaient restés agenouillés dans les airs tout ce temps, se relevèrent rapidement.
Ils étaient tous blêmes. Bien qu’ils fussent des Anciens du Clan du Dragon et des experts du Royaume martial exalté, leurs visages étaient à présent empreints d’effroi.
Comme s’ils venaient de voir un fantôme.
L’Ancien Lingtao fut le premier à se remettre du choc, et une expression troublée apparut dans ses yeux.
« Ancien Lingtao, que devons-nous faire ? Comment Long Nanxun a-t-il pu obtenir tout à coup le Jeton personnel du chef du Clan ? S’est-il passé quelque chose à notre insu ? » demanda un Ancien, inquiet.
Ils étaient tous au service de Long Mumu et de sa mère ; leur destin était donc déjà lié au leur. Si Long Mumu et sa mère perdaient leur pouvoir, ils seraient les prochains à en pâtir.
Aussi ne pouvaient-ils s’empêcher de s’inquiéter vivement de la façon dont le Jeton du chef du Clan avait fini entre les mains de Long Nanxun, d’autant plus que celui-ci était connu pour être un partisan de Long Xiaoxiao.
« C’est impossible, répondit l’Ancien Lingtao.
— Alors, qu’est-ce qui se passe, selon vous ? » demandèrent les autres Anciens.
« Long Nanxun est esclave de l’amour. Il serait prêt à tout pour Long Xiaoxiao. Mais quelqu’un de son rang ne devrait pas pouvoir obtenir le Jeton du chef du Clan… analysa l’Ancien Lingtao.
— Ancien Lingtao, voulez-vous dire que Long Nanxun a volé le Jeton du chef du Clan ? Mais avec sa force, il ne devrait pas pouvoir dérober le Jeton personnel du chef du Clan ! » s’exclamèrent les autres Anciens.
« Personne, au sein du Clan du Dragon, n’oserait manquer de respect au Jeton du chef du Clan. Aucun de vous n’a examiné le jeton de près, n’est-ce pas ? »
Au lieu de leur répondre directement, l’Ancien Lingtao leur posa une autre question.
« Vous voulez dire qu’il y a de fortes chances que le jeton ait été contrefait ? »
Les Anciens ouvrirent de grands yeux, comprenant soudain.
Le jeton leur avait paru authentique, mais, comme l’avait souligné l’Ancien Lingtao, ils n’avaient pas eu l’occasion de l’examiner de près.
À bien y réfléchir, il n’était pas impossible qu’il fût faux.
« Je n’écarterais pas cette possibilité, répondit l’Ancien Lingtao.
— Dans ce cas, Long Nanxun est perdu. Contrefaire l’insigne d’autorité du chef du Clan est un crime odieux qui mérite qu’on l’exécute, lui et toute sa famille directe ! » fit remarquer un Ancien.
« Rien ne prouve que Long Xiaoxiao ne soit pas la véritable instigatrice », ajouta l’Ancien Lingtao, un sourire sinistre aux lèvres.
Personne ne pouvait ignorer ce qu’il sous-entendait.
Si le jeton était vraiment faux, il y avait de fortes chances que Long Nanxun l’ait contrefait de son propre chef, par imprudence. Dans ce cas, ils ne pourraient pas incriminer Long Xiaoxiao.
Mais ils pourraient tout aussi bien prétendre que Long Nanxun avait agi sur ses ordres. S’ils s’en tenaient à cette version, il leur serait difficile de réfuter l’accusation.
Ils pourraient même profiter de l’occasion pour renverser définitivement Long Xiaoxiao.
« Ancien Lingtao, que devons-nous faire, alors ? » demanda quelqu’un.
« Rapportez l’affaire à la Princesse Mumu et à Son Altesse. Elles sauront quoi faire, répondit l’Ancien Lingtao.
— Compris ! »
À peine ces mots prononcés, quelqu’un fila aussitôt au loin pour informer Long Mumu et sa mère.
…
Chu Feng et Long Nanxun se hâtaient vers le Pavillon d’observation de la lune.
Au bord d’un lac se dressait une montagne. De magnifiques cerisiers y étaient en pleine floraison. Près de la falaise se trouvait un pavillon rose.
C’était le Pavillon d’observation de la lune.
À cet instant, une jeune femme était assise dans le pavillon, les yeux tournés vers le ciel, l’air plongé dans ses pensées.
Ce n’était autre que Long Xiaoxiao.
« Xiaoxiao ! »
Long Nanxun peinait à contenir son excitation en la retrouvant enfin. Alors qu’ils étaient encore loin, il l’appelait déjà à grands cris.
En entendant quelqu’un l’appeler, Long Xiaoxiao se retourna à son tour.
Mais dès que son visage apparut devant eux, Chu Feng et Long Nanxun furent bouleversés. Une profonde douleur leur serra le cœur.
Long Xiaoxiao avait le visage d’une pâleur cadavérique et le corps effroyablement amaigri. Même ses traits adorables semblaient avoir vieilli.
La jeunesse et la vitalité qui l’animaient autrefois avaient disparu sans laisser de trace, et ses yeux étaient complètement éteints.
À voir le rouge de ses yeux, on avait du mal à imaginer combien de fois elle avait pleuré seule ces derniers jours.
Mais une chose était sûre : son état actuel ne s’expliquait pas seulement par le chagrin.
« Petit bienfaiteur, que fais-tu ici ? »
Long Xiaoxiao fut surprise de voir Long Nanxun et Chu Feng. Ses lèvres s’incurvèrent même légèrement, trahissant sa joie.
Son sourire était toujours aussi doux et rendit un peu de sa jeunesse à son visage.
« Xiaoxiao, qu’est-ce qui t’est arrivé ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? » demanda Long Nanxun, horrifié.
Il était convaincu que Long Lingtao et les autres étaient responsables, et la colère qu’il ressentait fit jaillir de lui une intention meurtrière.
Chu Feng, lui, ne posa aucune question. Il s’approcha de Long Xiaoxiao, lui saisit le poignet et entreprit de diagnostiquer son état.
« Pourquoi as-tu pratiqué une technique martiale interdite ? Et tu as même consommé un médicament interdit ? » demanda-t-il à Long Xiaoxiao.
« Tu es toujours aussi impressionnant, petit bienfaiteur. Tu as vraiment réussi à le découvrir », répondit Long Xiaoxiao avec un sourire.
« Une technique martiale interdite ? Un médicament interdit ? »
À ces mots, Long Nanxun sembla comprendre et lança à Long Xiaoxiao un regard où se mêlaient reproche et douleur.
« Xiaoxiao, pourquoi es-tu aussi folle ? Même si tu veux sauver Dame Zhaoyue, tu ne peux pas te traiter de cette façon ! » s’écria Long Nanxun.
« Je pensais qu’en surpassant Long Mumu dans ma cultivation, je gagnerais peut-être les faveurs de mon père. Je pourrais implorer sa clémence pour ma mère et, peut-être, il finirait par la libérer. Mais je n’ai servi à rien », dit Long Xiaoxiao, pleine de remords.
« Xiaoxiao, tu n’as pas besoin de faire ça. Nous avons maintenant un moyen de sauver Dame Zhaoyue, dit Long Nanxun.
— Quel moyen pourrait-il bien y avoir ? » répondit Long Xiaoxiao d’un ton détaché.
Elle ne semblait pas avoir grande confiance en Long Nanxun. Non qu’elle le méprisât ; elle le connaissait simplement trop bien.
Même elle ne pouvait rien face à ce problème. Que pouvait donc faire Long Nanxun ?
Il n’en avait pas les moyens.
« Il y a vraiment une solution. Chu Feng pourra peut-être sauver Dame Zhaoyue ! » dit Long Nanxun.
« Petit bienfaiteur ? »
À ces mots, Long Xiaoxiao tourna aussitôt les yeux vers Chu Feng. Dans son regard éteint, une petite étincelle d’espoir s’alluma.