Chapitre 4 270
« Qui est-ce ? »
« D’où sort cet affreux personnage ? »
À la vue de ce vieil homme au nez de bœuf, à l’air misérable et au regard fuyant, tous les spectateurs se détournèrent, dégoûtés. Beaucoup se mirent même en colère.
Dans la foule, d’innombrables personnes souhaitaient prendre Chu Feng comme disciple.
Mais, hormis le Vénérable céleste au Visage fantomatique, Grandmaster Luo Tuo et la Fée céleste Muzhi, pratiquement personne n’osait déclarer aussi ouvertement qu’il voulait devenir le maître de Chu Feng.
La plupart lui transmettaient leur voix ou s’adressaient à lui à voix basse. Après tout, chacun connaissait sa propre valeur.
D’un côté, ils n’osaient pas exprimer ouvertement leur désir de prendre Chu Feng comme disciple. De l’autre, ils manquaient d’assurance et estimaient ne pas être dignes de devenir le maître d’un jeune prodige aussi exceptionnel.
Pourtant, voilà qu’un parfait inconnu, d’une laideur incomparable, sorti de nulle part, osait proclamer aussi effrontément et ouvertement que Chu Feng était son disciple.
Il était tout naturel que la foule en soit mécontente.
« D’où est-ce que tu sors, espèce de déchet imprudent ? Dégage immédiatement de mon champ de vision, vieil homme, ou je te prends la vie. »
Déjà mécontent, Grandmaster Luo Tuo menaça férocement le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Beaucoup d’autres personnes présentes le raillèrent également.
À leurs yeux, le Vieux Daoïste au nez de bœuf était un fou, un inconscient qui courait à sa perte en osant se comporter ainsi en un tel lieu et à un tel moment.
« Vous… »
Voyant que la foule se moquait ouvertement du Vieux Daoïste au nez de bœuf, Grandmaster Tang Chen se mit aussitôt en colère. Il s’apprêtait à les remettre à leur place.
Les autres ignoraient qui était le Vieux Daoïste au nez de bœuf, mais lui le savait parfaitement.
À vrai dire, pratiquement personne ici n’était digne de se moquer de lui.
Après tout, le Vieux Daoïste au nez de bœuf avait autrefois été reconnu par tous comme le plus puissant spiritualiste du monde de la Galaxie de la Sainte Lumière.
Mais, avant que Grandmaster Tang Chen ait pu dire quoi que ce soit, une transmission vocale lui parvint.
« Frère Tang Chen, n’interviens pas. Laisse-moi régler ça. »
La voix venait du Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Grandmaster Tang Chen le regarda et le vit sourire, tout en lui faisant un clin d’œil de son œil plissé par les rides.
Son apparence était vraiment indécente. Pourtant, c’était précisément le genre de choses que faisait le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
« Ce vieux bougre va enfin s’y mettre ? »
En le voyant agir ainsi, Grandmaster Tang Chen ne put dissimuler sa joie.
Après toutes ces années passées à endurer en silence et à devoir tout reprendre depuis le début, le Vieux Daoïste au nez de bœuf avait souffert comme peu de gens auraient pu l’imaginer.
Mais Tang Chen savait que le Vieux Daoïste au nez de bœuf… allait enfin revenir.
« Tout le monde, vous pouvez vous taire, maintenant. »
« Je vous ai déjà expliqué que Chu Feng était mon disciple. Vous osez crier sur mon disciple et lui demander de devenir le vôtre… Vous faites vraiment peu de cas de ma présence, non ? »
« J’ai beau être d’un naturel conciliant, ma patience n’est pas sans limites. Évitez de me mettre en colère. »
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf reprit la parole.
Cette fois, ses paroles suscitèrent une vive indignation dans la foule.
« Ce vieux débris a vraiment perdu la tête. Il ose prétendre être le maître de Chu Feng ? »
« Espèce de déchet hideux, retourne vite d’où tu viens ! »
Les spectateurs se contentaient de railler le Vieux Daoïste au nez de bœuf et d’essayer de le chasser.
Mais Grandmaster Luo Tuo ne se contenta pas d’une telle réaction.
Une lueur meurtrière apparut dans ses yeux perçants et vieillis.
« Vieux mendiant, tu ne manques vraiment pas de culot. »
« Tu cherches vraiment à mourir ici ? »
Grandmaster Luo Tuo estimait qu’un homme comme le Vieux Daoïste au nez de bœuf n’avait aucune chance de rivaliser avec lui pour s’attacher Chu Feng. S’il ne déguerpissait pas sur-le-champ, il finirait par le tuer.
Mais, à cet instant, une voix retentit depuis le Domaine des Esprits de l’Ère ancienne. En l’entendant, toute la foule fut stupéfaite.
« Vous osez manquer de respect à mon maître ? Vous en avez assez de vivre ? »
Si quelqu’un d’autre avait prononcé ces mots, la foule n’aurait pas été aussi étonnée.
Mais la personne qui venait de parler n’était autre que Chu Feng.
Oui, Chu Feng.
Au départ, Chu Feng n’avait pas voulu reconnaître le Vieux Daoïste au nez de bœuf comme son maître.
Ce n’était pas parce que celui-ci n’était pas digne de l’être.
C’était plutôt parce qu’il s’était juré, autrefois, de ne plus prendre personne pour maître.
Cette décision venait des épreuves accumulées au cours de son périple.
Ses proches finissaient toujours par être entraînés dans ses problèmes.
Chu Feng ne souhaitait entraîner personne d’autre dans sa chute. C’était pourquoi il avait décidé de ne plus prendre de maître.
Mais il avait fini par comprendre que, même sans prendre quelqu’un pour maître, les personnes qui lui étaient proches et celles auxquelles il tenait seraient quand même impliquées à cause de lui.
Si Chu Feng avait malgré tout refusé le Vieux Daoïste au nez de bœuf, c’était donc pour ne pas faire affront à tous ceux qu’il avait déjà repoussés.
Après tout, il en avait refusé un trop grand nombre.
S’il acceptait de devenir le disciple du Vieux Daoïste au nez de bœuf, ce serait profondément injuste envers eux.
Mais, dans la situation actuelle, s’il refusait de reconnaître quelqu’un comme son maître, il ne pourrait vraiment pas obtenir l’héritage.
Chu Feng ne voulait pas renoncer à cet héritage.
Puisqu’il devait absolument reconnaître un maître, le Vieux Daoïste au nez de bœuf était sans aucun doute le meilleur choix.
Sans même parler de sa puissance ou de sa réputation, le simple fait qu’il l’ait aidé à fusionner avec le Corps divin des Quatre Symboles constituait une dette suffisante pour que Chu Feng le prenne pour maître.
Les paroles de Chu Feng provoquèrent un grand tumulte autour de lui.
« Jeune héros Chu Feng, que dites-vous ? »
« Vous prétendez que cet homme au nez de bœuf est votre maître ? »
« Je… j’ai mal entendu ? »
La foule avait du mal à accepter la décision de Chu Feng.
Sidérés, les gens se mirent même à croire qu’ils l’avaient mal entendu et lui demandèrent de confirmer.
« Je vous conseille de surveiller vos paroles. Manquer de respect à mon maître, c’est me manquer de respect à moi, Chu Feng », déclara-t-il d’un ton sévère.
Son sérieux ne laissait pas penser qu’il plaisantait.
« Ciel ! C’est le maître de Chu Feng ?! »
« Mais pourquoi le maître de Chu Feng serait-il quelqu’un comme lui ? »
« Qui est-ce ? Comment se fait-il que je ne l’aie jamais rencontré ? »
« À en juger par son aura, il est extrêmement faible. On dirait qu’il n’est qu’au début du Royaume suprême exalté. »
« Comment un inconnu aussi faible peut-il être le maître de notre jeune ami Chu Feng ? »
« Quelle chance de merde il a eue ? »
La situation leur semblait difficile à accepter, mais après l’avoir entendu de la bouche même de Chu Feng, ils n’eurent d’autre choix que d’y croire.
Mais cette révélation les accabla et les déprima profondément.
Le fait que Chu Feng ait déjà un maître signifiait que leurs chances d’obtenir l’héritage s’étaient envolées.
À la rigueur, ils auraient pu l’accepter si le maître de Chu Feng avait été plus puissant qu’eux.
Mais le maître de Chu Feng était en réalité un inconnu si faible. Ils ne pouvaient pas l’admettre.
« Jeune ami Chu Feng, vous avez dit tout à l’heure que vous n’aviez pas de maître. »
« Pourquoi dites-vous maintenant que vous en avez un ? » demanda le Vénérable céleste au Visage fantomatique d’un ton grave.
« C’est vrai. Tout à l’heure, je n’en avais pas. Mais maintenant, j’en ai un. »
Après ces mots, Chu Feng s’agenouilla réellement. Puis il joignit les mains en direction du Vieux Daoïste au nez de bœuf et déclara d’une voix forte : « Vous avez fait preuve d’une immense bonté envers moi, Chu Feng. »
« Je ne peux pas vous rendre cette faveur. Si vous acceptez de me prendre, je souhaite devenir votre disciple. »
« À partir d’aujourd’hui, les bienfaiteurs de mon maître seront aussi les miens. »
« Les ennemis de mon maître seront aussi les miens. »
« Même si l’avenir de la voie martiale est incertain, je suis prêt à avancer et à reculer avec mon maître. »
La voix de Chu Feng résonna dans les environs. Mais ce qui stupéfia le plus la foule, ce fut son geste.
Chu Feng venait réellement de décider, sur-le-champ, de devenir le disciple de quelqu’un.
Pourtant, parmi les personnes présentes, beaucoup étaient manifestement plus puissantes que cet homme au nez de bœuf. Pourquoi Chu Feng insistait-il pour choisir un individu aussi faible comme maître ?
La foule n’y comprenait tout simplement rien.
En voyant Chu Feng annoncer publiquement son intention de devenir le disciple du Vieux Daoïste au nez de bœuf, Grandmaster Tang Chen comprit soudain quelque chose.
Quand le Vieux Daoïste au nez de bœuf avait déclaré que Chu Feng était son disciple, il ne s’agissait que de son propre souhait.
Mais à présent, c’était devenu la réalité.
Peu importait la raison de ses refus passés : Chu Feng était maintenant prêt à le reconnaître comme son maître.
« Vieux Nez, espèce de vieux bougre. Avoir un disciple comme Chu Feng, c’est vraiment voir venir le bonheur après les épreuves », soupira Grandmaster Tang Chen en son for intérieur.
Le sourire qui lui illuminait le visage montrait à quel point il se réjouissait sincèrement pour le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Il savait mieux que quiconque ce qui était arrivé à ce dernier. Il savait donc à quel point son existence avait été difficile.
Rencontrer un disciple comme Chu Feng pouvait, selon Grandmaster Tang Chen, être considéré comme une forme de compensation pour le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Cette compensation suffisait à contrebalancer toutes les douleurs et toutes les souffrances qu’il avait endurées.
Cela dit, celui qui se réjouissait le plus n’était autre que le Vieux Daoïste au nez de bœuf lui-même.
Non seulement il avait des rides sur tout le visage, mais il souriait si largement qu’on voyait toutes ses dents.
Il était aux anges.
« Bien. Bien. Bien. Nous avancerons et reculerons ensemble, toi et moi, maître et disciple. Hé hé… »
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf hocha la tête à plusieurs reprises. Tandis qu’il parlait, de la salive lui coulait de la bouche.
Il ressemblait à Zhu Bajie après avoir réussi à épouser une belle femme. Sa joie était tout simplement indescriptible.
[1. Zhu Bajie est le cochon du Voyage en Occident, œuvre qui a inspiré librement Dragon Ball. Oolong, le cochon de Dragon Ball, était censé être son équivalent.]
« Regardez comme il est ravi et fier de lui. On dirait un crapaud qui a réussi à manger la chair d’un cygne. »
« Putain ! Quelle chance de merde ! »
La foule était si furieuse que ses membres en avaient les yeux verts. Les moqueries et les insultes fusaient de toutes parts.
Certes, cette comparaison ne convenait pas vraiment à une relation entre maître et disciple, mais elle allait parfaitement au Vieux Daoïste au nez de bœuf.
[1. Un crapaud qui mange la chair d’un cygne : se dit d’un homme laid qui réussit à épouser une belle femme ou à sortir avec elle.]
Pour qu’un inconnu pareil tombe sur un génie comme Chu Feng, quelle différence y avait-il avec un crapaud qui mange la chair d’un cygne ?
« Fff… »
Soudain, un éclair de lumière fendit le ciel et fonça droit sur le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
L’instant d’après, une détonation sourde retentit.
La lumière traversa le Vieux Daoïste au nez de bœuf et le fit exploser sur place.
C’était le Vénérable céleste au Visage fantomatique !!!
« Jeune ami Chu Feng, on dirait que vous allez devoir vous trouver un nouveau maître », lança le Vénérable céleste au Visage fantomatique à Chu Feng après avoir tué le Vieux Daoïste au nez de bœuf d’une seule attaque.