Chapitre 406
« Ça me rend vraiment furieux, bon sang. Le chef de l’école a clairement chargé Tang Yixiu de mettre sur pied une branche dans la province de Qin, et voilà qu’il passe ses journées à se divertir, en nous refilant tout le travail ! » se plaignit un disciple, indigné par cette injustice.
« Ah, ne te plains pas. Qui nous a demandé d’avoir un statut inférieur au sien et une cultivation moins élevée ? Et puis, Tang Yixiu n’est pas le seul dans ce cas. Les trois autres, de l’École du Dieu du Feu, de la Secte Blanche cachée et de la Vallée de la Liberté et de l’Insouciance, sont pareils. »
« Ils prétendent rester dans la province de Qin pour y établir une branche et faciliter la capture de Chu Feng, mais en réalité, tous les quatre se retrouvent pour s’amuser sans se soucier de rien. »
« Il faut reconnaître que, même si Murong Yu, le jeune chef de la Vallée du Dieu de l’Épée, est bien plus arrogant, au moins, lui, il fait correctement son travail. Il est jeune, mais il s’emploie avec diligence à établir une sous-vallée de la Vallée du Dieu de l’Épée dans la province de Qin. Il est sans doute des milliers de fois plus compétent que notre premier disciple. »
Bien qu’un autre disciple lui eût dit de ne pas se plaindre, son ton trahissait tout autant son ressentiment.
« Peu importe, cessons de parler de ces choses désagréables. Allez, buvons ! »
« Oui, buvons ! Après ce repas, il faudra reprendre la route. Si nous n’achevons pas cette branche en un mois, Tang Yixiu nous punira sans aucun doute. » Les disciples de l’École Yuangang levèrent leurs coupes et trinquèrent joyeusement.
« Hé, je te parle, bon sang ! Petit morveux, tu ne m’entends pas ? » Au même moment, le grand chauve qui faisait face à Chu Feng était furieux.
Il avait demandé à Chu Feng de quitter cette table, mais celui-ci l’avait tout bonnement ignoré. Le grand chauve avait l’impression d’avoir perdu la face, et cela le mettait dans une situation embarrassante.
Comme les disciples de l’École Yuangang se trouvaient là, il n’osait toutefois pas crier. Il approcha la bouche du visage de Chu Feng, baissa la voix et le menaça férocement : « Bon sang, si tu fais semblant d’être sourd et muet, tu crois que je ne vais pas te couper les oreilles et la langue ? »
« Puisque tu viens de dire quelque chose de vrai, je vais t’épargner aujourd’hui », répondit Chu Feng avec un sourire.
« Quoi ? Petit morveux, tu oses me menacer ? Tu prétends sans vergogne m’épargner ? Tu cherches vraiment à mourir ! » En entendant Chu Feng, le grand chauve grinça des dents de colère et ne put plus contenir sa fureur. Il tendit la main pour l’attraper par les vêtements.
Fff ! Mais, soudain, Chu Feng disparut dans un éclair. Le grand chauve n’eut même pas le temps de comprendre ce qui s’était passé.
Quand Chu Feng réapparut, il se tenait sur la table des disciples de l’École Yuangang. « Qui peut me dire où se trouve Tang Yixiu en ce moment ? » demanda-t-il.
« Qui es-tu ? »
À sa vue, les disciples de l’École Yuangang changèrent d’expression et reculèrent d’un pas sans pouvoir s’en empêcher. Ils l’examinèrent avec prudence : sa vitesse était incroyablement élevée. Ils ne l’avaient même pas vu bouger et en conclurent qu’il s’agissait d’un expert en cultivation martiale.
« Quoi ? Vous ne me reconnaissez même pas ? » Chu Feng sourit légèrement et, tout en parlant, leva la main droite pour retirer peu à peu son chapeau conique tressé d’herbe, dévoilant son visage élégant.
Et son apparence était exactement la même que celle de l’avis de recherche !
« C-c’est Chu Feng ?! » À la vue de Chu Feng, les disciples de l’École Yuangang, qui semblaient nerveux un instant plus tôt, affichèrent des expressions encore plus saisissantes.
« Quoi ? C’est Chu Feng ?! »
Au même moment, les autres clients de l’auberge remarquèrent ce qui se passait. Après avoir comparé son visage à l’avis de recherche, ils comprirent que l’homme debout sur la table était bien Chu Feng. Cette révélation les terrorisa.
Nombre d’entre eux, pris de panique, se réfugièrent directement sous les tables, de peur d’être entraînés dans le combat entre Chu Feng et les disciples de l’École Yuangang. Ceux qui se trouvaient près de l’entrée défoncèrent les portes et s’enfuirent.
Mais celui dont l’expression était la plus saisissante restait le grand chauve. Il demeurait assis sans vie, tremblant de tout son corps. Les baguettes qu’il tenait lui échappèrent des mains, et son visage, déjà laid, devint encore plus hideux, empreint d’une peur sans bornes.
Il venait d’insulter Chu Feng et de le menacer. Convaincu que Chu Feng était extrêmement puissant, il sentit tous ses espoirs partir en fumée et se crut condamné.
« Attrapez-le ! Si nous le capturons, nous toucherons la grosse récompense ! Même en étant disciples de l’École Yuangang, nous pouvons la recevoir ! » cria soudain quelqu’un. Un disciple de l’École Yuangang fut le premier à attaquer Chu Feng.
Bam ! Chu Feng frappa d’une seule paume. Le corps de son adversaire explosa. Il n’eut même pas le temps de pousser un cri : il se changea en une mare de sang qui éclaboussa les murs alentour et se répandit sur le sol, aux pieds de Chu Feng.
Bam, bam, bam, bam, bam, bam… Chu Feng lança rapidement plusieurs autres coups de paume. En un clin d’œil, dix-sept personnes se changèrent en mares de sang et périrent dans d’atroces souffrances.
« Héros, épargnez-moi, je vous en supplie ! Héros, épargnez-moi ! » Le disciple de l’École Yuangang qui s’était apprêté à attaquer sans passer à l’acte blêmit comme un linge, les yeux emplis de terreur.
Sans hésiter, il s’agenouilla et se mit à se prosterner sans relâche, tout en reconnaissant ses torts. Il venait de voir de ses propres yeux ses aînés, qui se tenaient encore vivants autour de lui un instant plus tôt, se changer en mares de sang sous les coups de Chu Feng. Il ne pouvait véritablement pas maîtriser la peur qui l’envahissait.
À cet instant, il mesura à quel point Chu Feng était terrifiant. Comment ce jeune homme de seize ans pouvait-il être le vaurien décrit par Tang Yixiu ? C’était un véritable petit démon, d’une puissance extrême, qui tuait sans sourciller.
« Je vais te le demander encore une fois. Peux-tu me dire où se trouve Tang Yixiu en ce moment ? » Chu Feng avança lentement sur la table. Ce ne fut qu’une fois arrivé à l’autre bout qu’il s’accroupit pour interroger le disciple de l’École Yuangang, qui continuait à se prosterner.
« J-je sais ! Je sais où se trouve Tang Yixiu. Mais… si je vous le dis, vous me laisserez vivre ? » Ce disciple était assez malin. Il ne refusa pas directement de répondre à Chu Feng, mais ne lui indiqua pas non plus tout de suite où se trouvait Tang Yixiu.
« Si tu me conduis là-bas, je t’épargnerai et je te récompenserai », dit Chu Feng en plissant légèrement les yeux, un sourire éblouissant et dépourvu de la moindre malveillance aux lèvres.
Mais aux yeux du disciple, quel que fût l’angle sous lequel il le regardait, Chu Feng ressemblait davantage à un démon terrifiant qui lui souriait avec de mauvaises intentions.
Il n’avait pourtant pas le choix. Même s’il savait que Chu Feng ne l’épargnerait peut-être pas, il ne pouvait que le conduire là-bas.
Au moins, il aurait une chance de survivre. Il se releva donc et dit à Chu Feng :
« Je veux bien vous conduire. Je ne veux aucune récompense ; j’espère seulement que vous m’épargnerez. »
« Je vous en supplie, ne me tuez pas. Chez moi, j’ai une famille, des vieux comme des jeunes, et ils dépendent tous de moi pour vivre. Si je meurs, ils mourront de faim eux aussi. Et puis, je ne suis qu’un simple disciple. L’école a fait placarder des avis de recherche, mais je n’y suis pour rien. »
« Ne t’inquiète pas. J’ai dit que je ne te tuerais pas, alors je ne te tuerai pas. » Chu Feng saisit le disciple par les épaules. Une bourrasque se leva aussitôt et Chu Feng ainsi que son compagnon disparurent instantanément de l’auberge.
Après le départ de Chu Feng, le silence retomba sur l’auberge. Les clients tremblaient de peur sous les tables et nul n’osait bouger.
Longtemps plus tard, comme rien ne bougeait toujours, les deux grands hommes qui s’étaient cachés sous une table en sortirent prudemment.
Mais lorsqu’ils découvrirent l’état de l’auberge, ils déglutirent tous deux et leurs jambes faillirent céder. Ils manquèrent de s’évanouir de terreur.
Le sang recouvrait toute l’auberge. Il y en avait partout sur le sol, mais aussi sur les murs et même au plafond. Le spectacle était vraiment terrifiant.
« Grand frère, grand frère ! Ça va ? » Quand ils remarquèrent que le grand chauve était toujours assis sans vie sur sa chaise, ils furent aussitôt stupéfaits et se précipitèrent à ses côtés.
Il avait le visage blême, et l’expression qu’il avait eue en voyant Chu Feng était toujours figée sur ses traits. Il ne clignait même pas des yeux. Ce ne fut qu’au bout d’un long moment que ses lèvres bougèrent lentement et qu’il parvint à dire : « I-il… il est bien comme mon neveu l’avait dit. Très fort. »
Plouf. Après ces mots, le grand chauve bascula, les jambes molles, et s’affala sur la table sans plus bouger.
Quand les deux autres grands hommes l’examinèrent, leurs visages changèrent radicalement : ils découvrirent avec stupeur que le grand chauve était mort. Il était mort de peur.