Chapitre 3 905
« Gou Zhen est un larbin de Gou Yukuang. »
« Gou Yukuang a tué mon grand-père, mon père et ma mère. »
« Si je devenais le larbin de Gou Zhen, ce serait comme si je devenais celui de mon ennemi. »
« Même si je suis un lâche et que j’ai peur de mourir, moi, Gou Za, je refuse de faire une chose pareille, même si cela doit me coûter la vie », déclara Gou Za.
« Je vois. Dans ce cas, tu es plutôt courageux. Moi, ton père, je te respecte d’un tout autre œil. » Chu Feng lui tapota l’épaule en souriant.
« Seigneur, je vous en prie, ne vous moquez pas de moi », répondit Gou Za, gêné. Pourtant, il était évident que les éloges de Chu Feng le rendaient heureux et fier.
« Tu veux que je m’occupe de Gou Yukuang pour toi ? » demanda Chu Feng.
« Non, Seigneur, je vous en prie, ne faites pas ça. » Gou Za se crispa aussitôt en entendant ces mots.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu ne veux pas venger ton grand-père et tes parents ? » demanda Chu Feng.
« Si, bien sûr que si. Je rêve de les venger, même la nuit. »
« Mais je veux tuer Gou Yukuang de mes propres mains. Je ne veux pas demander l’aide de quelqu’un d’autre. »
« Si vous le tuiez pour moi, ce ne serait pas moi qui aurais vengé mon grand-père et mes parents », expliqua Gou Za.
« C’est vrai. » Chu Feng hocha la tête. Il trouvait les paroles de Gou Za tout à fait sensées.
« Dans ce cas, prends ça. »
Tout en parlant, Chu Feng sortit un Sac cosmique et le lança à Gou Za.
« Seigneur, qu’est-ce que c’est ? »
Gou Za et les autres possédaient bien des récipients pour ranger leurs affaires, mais ils étaient différents des Sacs cosmiques. C’était donc la première fois qu’il en voyait un.
« Laisse-moi t’apprendre à t’en servir. »
Chu Feng se mit à lui montrer comment utiliser le Sac cosmique.
« Ciel ! Ça… Seigneur, je ne peux pas accepter ça, vraiment pas. »
Après avoir ouvert le Sac cosmique, Gou Za le repoussa aussitôt vers Chu Feng.
Chu Feng y avait placé une grande quantité de ressources de cultivation.
Ces ressources ne lui seraient peut-être pas d’une grande aide, mais pour Gou Za, elles représentaient des trésors inestimables.
Voilà pourquoi Gou Za réagissait si vivement. Il n’osait tout simplement pas accepter ces ressources de cultivation.
« Tu veux toujours venger tes parents et ton grand-père ? »
« Si oui, accepte-les. »
Chu Feng lui relança le Sac cosmique.
« Seigneur, je… »
Après avoir repris le Sac cosmique, Gou Za hésita quelque peu.
De toute évidence, les paroles de Chu Feng l’avaient convaincu.
Il devait effectivement venger ses parents et son grand-père. Dans le monde de la cultivation martiale, les ressources de cultivation étaient indispensables. Même les plus grands talents ne pouvaient espérer un avenir prometteur sans ressources suffisantes.
Si Gou Za ne comptait que sur lui-même, il risquait de ne jamais obtenir sa vengeance.
Les ressources que Chu Feng lui avait offertes lui ouvraient une possibilité.
En vérité, dès qu’il avait aperçu ces ressources, il avait vu là une chance de se venger.
« Souviens-toi : ne vends pas ces ressources de cultivation. Ne les montre à personne non plus. Tu dois être le seul à t’en servir. Et surtout, cache bien ce sac. Ne laisse personne le voir. »
« Sinon… cela pourrait te coûter la vie. Même ta grand-mère ne serait pas à l’abri », avertit Chu Feng d’un ton grave.
S’il lui avait adressé cet avertissement, c’était parce que les ressources de cultivation et le Sac cosmique de Chu Feng n’existaient pas dans leur monde.
Les ressources de cultivation de Chu Feng provenaient de son époque, tandis que celles du Clan de chasse Galewind semblaient appartenir à la continuité de l’Ère ancienne.
« Seigneur, soyez sans crainte. Je veillerai à tout garder en sécurité. »
Gou Za était prudent. Tout en parlant, il rangea soigneusement le Sac cosmique que Chu Feng lui avait donné.
« Il est temps que je parte. » Chu Feng se leva pour s’en aller.
« Seigneur, veuillez attendre. »
À peine Chu Feng s’était-il levé que la grand-mère de Gou Za apparut soudain près de lui.
« Seigneur, nous vous devons une fière chandelle aujourd’hui. Sans vous, Gou Za et moi aurions été tués. »
« Nous autres, membres du Clan des Chiens, sommes très pauvres. Je n’ai donc pas grand-chose pour vous remercier de votre bienveillance. »
« Voici le trésor transmis de génération en génération dans notre famille. Nos ancêtres nous l’ont légué. »
« Seigneur, je vous en prie, acceptez-le. »
Tout en parlant, la grand-mère de Gou Za sortit un morceau de papier et le tendit à Chu Feng.
C’était le même papier qu’elle avait donné à Gou Zhen, avant que celui-ci ne le déchire en mille morceaux.
Mais après que Chu Feng eut massacré Gou Zhen et ses larbins, la grand-mère de Gou Za avait ramassé les fragments et les avait recollés.
Chu Feng prit le papier sans y penser. Une fois qu’il l’eut en main, il ne sut que dire.
Il dégageait une intense aura de l’Ère ancienne. Cela signifiait qu’il datait de cette époque.
Mais à part cela, le papier ne présentait aucun autre intérêt.
Pour commencer, il était très fragile. La facilité avec laquelle Gou Zhen l’avait déchiré en témoignait.
On y voyait un animal, très laid. De plus, impossible de déterminer de quel animal il s’agissait.
On aurait dit un gribouillage d’enfant.
Mais surtout, le morceau de papier avait été déchiré un nombre incalculable de fois.
Autrement dit, le papier que Gou Zhen avait mis en pièces était déjà en morceaux avant qu’il ne s’en prenne à lui.
Il avait été déchiré puis recollé à plusieurs reprises.
La grand-mère de Gou Za avait sans doute présenté ce papier comme un trésor de nombreuses fois. Malheureusement, cela n’avait fait qu’irriter davantage les gens, à en juger par les apparences.
Malgré les déchirures répétées, elle continuait à le recoller.
À vrai dire, Chu Feng comprenait que ces gens aient déchiré le papier. Même lui, avec ses Yeux célestes, n’avait pas réussi à déceler quoi que ce soit de particulier après l’avoir examiné attentivement.
Ce papier n’était rien d’autre qu’un déchet.
« Seigneur, vous devez absolument le garder en lieu sûr. »
« C’est une Compétence secrète de l’Ère ancienne. Notre aptitude étant médiocre, nous n’avons pas réussi à la comprendre. Mais vous, Seigneur, qui êtes si doué, vous y parviendrez sans aucun doute », affirma la grand-mère de Gou Za.
« Très bien. » Chu Feng s’apprêtait à ranger le papier dans son Sac cosmique.
« Seigneur, ne le rangez pas comme ça. Placez-le contre votre poitrine, directement sur votre peau. »
« C’est parce que cette Compétence secrète possède sa propre intelligence », expliqua la grand-mère de Gou Za.
Chu Feng se sentit plutôt désemparé. Ce n’était qu’un vulgaire morceau de papier, et pourtant il devait se donner tant de peine.
Mais pour faire plaisir à la grand-mère de Gou Za, il glissa le papier sous ses vêtements, contre sa poitrine.
« Bzzzz… »
À l’instant où le papier toucha sa poitrine, Chu Feng ressentit une vive douleur. On aurait dit que quelque chose venait de lui transpercer le cœur.
Surtout, ses alentours se mirent à tourner à toute vitesse et devinrent flous.
Alors, Chu Feng fut entraîné dans un vortex sans fin. Incapable de se maîtriser, il ne put que suivre la rotation frénétique du tourbillon.
Au cœur de ce vortex, il perdit complètement ses repères.
Quand Chu Feng parvint à s’extirper du tourbillon, il découvrit que tout autour de lui avait changé.
Il n’était plus dans la demeure de Gou Za. Il avait été transporté dans un monde étrange.