Chapitre 3 778
« Mon… Monseigneur, merci. »
« Vraiment, merci. »
Monsieur Tang comprit que Chu Feng soignait sa blessure. Il se hâta donc de le remercier.
« Ancien, inutile de me remercier. C’est ce que je me devais de faire. »
« Après tout, vous êtes un ami du Grand maître Liangqiu. »
« De plus, si je suis venu ici, c’est parce que j’ai besoin de votre aide », expliqua Chu Feng.
« Monseigneur, ce pauvre homme ne connaît vraiment aucun Grand maître Liangqiu. Vous devez vous tromper de personne. » Monsieur Tang tentait encore de dissimuler la vérité.
« Ancien, vous n’avez plus besoin de me cacher la vérité. Je sais déjà que vous êtes celui que je cherche. »
« J’ignore pourquoi vous dissimulez votre identité, mais je n’ai vraiment pas d’autre choix que de vous demander de l’aide. »
« Un de mes amis est victime d’une malédiction et risque de mourir. »
« Le Grand maître Liangqiu m’a dit que vous étiez expert en malédictions et que vous saviez les lever. C’est pourquoi je suis venu solliciter vos conseils », dit Chu Feng.
« Vous vous trompez vraiment de personne », répliqua monsieur Tang.
« Ancien, je sais que cela vous sera très difficile. Mais la vie de quelqu’un est en jeu. Je ne veux pas vous offenser ; si vous acceptez de m’aider, je suis prêt à satisfaire toutes vos conditions », dit Chu Feng.
Soudain, monsieur Tang cria : « Partez ! »
Chu Feng se tendit aussitôt.
Monsieur Tang ne s’exprimait plus d’une voix humble et terrifiée. Il parlait avec une impatience manifeste et, surtout, avait libéré sa puissance oppressante.
Premier niveau du Royaume suprême. Comme Chu Feng l’avait prévu, monsieur Tang était bien un expert du premier niveau du Royaume suprême.
En libérant sa puissance oppressante, monsieur Tang montra qu’il était réellement en colère. Si Chu Feng continuait à insister, il ne se contenterait peut-être pas de lui crier dessus.
« Partez immédiatement. Ne reparaissez plus devant moi », ordonna monsieur Tang en jetant un regard à Chu Feng. Ses yeux, à cet instant, étaient chargés de menace.
Monsieur Tang savait qu’il ne pouvait plus se cacher de Chu Feng. Il décida donc de le menacer.
Chu Feng comprit qu’il ne cherchait pas simplement à lui faire peur. S’il continuait à le harceler, il finirait vraiment par l’attaquer.
Chu Feng n’eut donc d’autre choix que de partir pour le moment.
« Veuillez m’excuser de vous avoir dérangé. »
Sur ces mots, Chu Feng quitta la forge, puis le Village de la Chute d’automne.
Pourtant, il s’arrêta une fois sorti du village. Il n’était toujours pas prêt à renoncer.
À cet instant, Chu Feng reprit l’apparence d’Asura et s’assit sur une branche d’un arbre gigantesque. Il contempla la rivière qui coulait en contrebas et se mit à réfléchir.
« On dirait que je ne pourrai sortir de cette impasse qu’en passant par sa fille. »
Chu Feng estimait que monsieur Tang et la mère de Song Ge mourraient bientôt.
Leur seule inquiétude devait donc être Song Ge.
Elle serait ainsi la clé qui permettrait à Chu Feng de sortir de l’impasse.
« Ouh… »
Soudain, une vive douleur lui traversa la poitrine.
Chu Feng baissa les yeux et découvrit une marque noire, semblable à une toile d’araignée, apparue sur son torse.
La douleur venait de cette marque.
« Ce serait… une malédiction ? »
Chu Feng fronça les sourcils. Il comprit que la marque noire sur sa poitrine n’était pas un simple poison. L’aura qu’elle dégageait ressemblait à celle de Bai Liluo lorsque sa malédiction s’était manifestée.
La marque dégageait une aura bien plus faible que la malédiction de Bai Liluo, mais Chu Feng conclut tout de même qu’il s’agissait très probablement d’une malédiction.
« Quand m’a-t-on maudit ? Tout à l’heure ? »
Chu Feng ne pouvait pas avoir été maudit sans raison. Il estima que monsieur Tang devait en être responsable.
En y repensant, sa main avait bel et bien touché la poitrine de monsieur Tang lorsqu’il avait soigné sa blessure.
À ce moment-là, Chu Feng n’y avait pas prêté attention et n’avait rien remarqué d’étrange. Il n’aurait jamais soupçonné que monsieur Tang l’avait maudit à cet instant.
« Pourquoi m’a-t-il maudit ? Pour me mettre en garde ? »
Tandis que Chu Feng réfléchissait, la malédiction se propagea dans son corps. Il eut beau tenter de l’endiguer de toutes ses forces à l’aide de ses techniques d’Esprit du Monde, il ne parvint pas à l’arrêter.
Cette douleur cuisante, Chu Feng pouvait parfaitement la supporter.
Ce qui l’inquiétait, c’était que, malgré cette douleur supportable, son esprit commençait à s’embrumer et son corps à s’engourdir. Dans un état second, il sentit qu’il tombait de l’arbre et plongeait dans la rivière, puis se laissait emporter par le courant.
Au même moment, il eut l’impression que quelqu’un lui parlait sans arrêt à l’oreille. Il n’arrivait pas à comprendre ce que cette personne disait, mais se mit à lui répondre malgré lui.
Plus étrange encore, il n’entendait pas sa propre voix et ne comprenait pas ce qu’il disait.
Tout cela lui semblait extrêmement bizarre.
La situation dura longtemps, puis la voix finit par s’évanouir. Chu Feng était toutefois toujours inconscient.
Plus tard, il sentit quelqu’un le tirer hors de la rivière.
Après plusieurs heures, Chu Feng reprit enfin connaissance.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il découvrit qu’il était allongé sur un lit.
La pièce où il se trouvait était vaste et somptueuse. Il pensa qu’il devait être dans un palais.
Chu Feng comprit qu’il s’agissait sans doute de la demeure de la personne qui l’avait repêché.
À cet instant, il regarda sa poitrine et constata que la marque avait disparu.
Il eut beau l’examiner sous tous les angles, il n’en trouva pas la moindre trace.
« La malédiction a-t-elle disparu ou… monsieur Tang est-il vraiment si puissant que je ne peux la détecter que lorsqu’elle se manifeste ? »
« Je devrais aller m’excuser auprès de lui. Non, oublions ça ; je ferais mieux de chercher d’abord sa fille. »
Chu Feng estimait que la malédiction ne le gênait pas trop. Il pensa que monsieur Tang cherchait probablement à le mettre en garde et qu’il valait donc mieux ne pas retourner le voir.
Après tout, il lui avait déjà dit tout ce qu’il avait à dire. Même s’il allait de nouveau trouver monsieur Tang, il ne réussirait pas à le convaincre et risquait plutôt de le mettre en colère. Chu Feng jugea donc préférable de commencer par chercher sa fille.
Sa décision prise, Chu Feng se leva et se dirigea vers la sortie.
En quittant le palais, il découvrit qu’il se trouvait dans un village.
Les maisons n’étaient pas de simples huttes de chaume, mais elles restaient sobres et rudimentaires.
Le palais somptueux qu’il venait de quitter jurait donc avec le reste du village.
Les cultivateurs martiaux et les mages spirituels du village semblaient extrêmement faibles selon les critères d’un Royaume supérieur, mais ils seraient considérés comme des experts de premier plan dans les Royaumes inférieurs.
Avec leur puissance, ils auraient tous pu bâtir de somptueux palais.
Pourtant, ils ne l’avaient pas fait. Il y avait naturellement une raison à cela.
La raison était qu’ils n’en avaient pas le droit.
Les cultivateurs martiaux étaient répartis en différents rangs, et chacun vivait d’une manière différente.
Selon leur niveau de cultivation, les villageois comme eux étaient les êtres les plus faibles de ce Royaume supérieur.
C’est pourquoi, selon les critères du monde profane, ils estimaient devoir vivre dans la simplicité, voire dans la pauvreté.
S’ils tenaient à vivre au-dessus de leurs moyens, non seulement ils s’attireraient les foudres des autres, mais ceux qui étaient plus puissants qu’eux pourraient même les éliminer.
On pouvait dire que les habitants du monde de la cultivation martiale étaient répartis de force en différentes classes.
Même s’ils avaient les moyens de mener une vie meilleure, le monde où ils vivaient ne le leur permettait pas. C’était une vérité que ces villageois avaient fini par accepter en silence.
À bien y réfléchir, c’était lamentable.
Autrefois, Chu Feng s’était même demandé si ces gens seraient prêts à rester dans les Royaumes supérieurs s’ils savaient qu’ils passeraient pour des hommes puissants et pourraient mener une vie bien plus enviable dans les Royaumes inférieurs.
Pourtant, Chu Feng avait fini par conclure que si une petite partie d’entre eux accepterait peut-être de partir pour les Royaumes inférieurs, la grande majorité choisirait de rester dans les Royaumes supérieurs.
La raison, c’était qu’ils appartenaient à un Royaume supérieur. Rien que d’y vivre leur conférait un statut différent.
Les cultivateurs martiaux accordaient une grande importance à ce genre de choses.
Ainsi, non seulement ils refuseraient de partir pour les Royaumes inférieurs, mais ils ne voudraient même pas rejoindre les Royaumes ordinaires.
À leurs yeux, les Royaumes inférieurs et les Royaumes ordinaires n’étaient pas faits pour que des cultivateurs martiaux y vivent. C’étaient des endroits où résidait la racaille.
Même s’ils menaient la vie la plus misérable des Royaumes supérieurs et essuyaient les regards méprisants d’innombrables personnes, ils se sentaient toujours supérieurs lorsqu’ils rencontraient des gens des Royaumes ordinaires ou des Royaumes inférieurs.
Peut-être était-ce là la nature humaine : la vanité du cœur.