Chapitre 369
— Chu Feng, c’est toi ? s’exclamèrent-ils en le voyant. Bien qu’ils fussent déjà prisonniers, ils ne cachaient pas leur haine à son égard. Song Qingfeng, Bai Yunfei et Liu Xiaoyao, surtout, le foudroyaient du regard.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda le Roi Crapaud noir en voyant Chu Feng entrer.
— Mon roi, ce petit humain a pénétré sur notre territoire. Nous l’avons donc capturé. À en juger par son apparence, il doit lui aussi venir de la Villa prestigieuse, expliqua une Bête monstrueuse du Royaume Céleste.
— Oh ?
En entendant ces paroles, les grands yeux rouge sang du Roi Crapaud noir roulèrent dans leurs orbites tandis qu’il examinait Chu Feng.
— Hé, vous vous méprenez. Je ne fais pas partie de la Villa prestigieuse. En fait, je ne faisais que passer et n’avais aucune intention de vous offenser, déclara Chu Feng avec un léger sourire. Comme il savait que Zi Xuanyuan se cachait peut-être dans les parages, il ne craignait pas ces Bêtes monstrueuses.
Quelle que fût la puissance du Roi Crapaud noir, Chu Feng estimait que Zi Xuanyuan ne lui était pas nécessairement inférieur. Tous deux devraient pouvoir se mesurer l’un à l’autre à armes égales.
Et, à vrai dire, les Bêtes monstrueuses étaient nombreuses, mais seule la puissance du Roi Crapaud noir comptait vraiment. Si Zi Xuanyuan parvenait à le retenir, Zi Ling et les autres pourraient parfaitement s’occuper du reste.
— Chu Feng, tu es venu nous sauver, n’est-ce pas ? lança soudain Liu Xiaoyao, dont l’expression changea. Le visage ému et la voix pleine de gratitude, il l’appela avec un enthousiasme débordant.
Song Qingfeng et Bai Yunfei ne comprirent pas tout de suite ce qui lui prenait, mais ils saisirent rapidement où il voulait en venir. Un sourire étrange aux lèvres, ils s’adressèrent à leur tour à Chu Feng :
— Chu Feng, je savais que tu tenais à tes frères et que tu ne nous abandonnerais pas ! Alors, qu’en dis-tu ? Tu as prévenu les Anciens, pas vrai ? Ils ne devraient pas tarder à venir nous sauver !
— Chu Feng, tu es vraiment le meilleur. Sur la route, c’est toi qui as tué le plus de Bêtes monstrueuses. Quand tout sera terminé, je suis sûr que le chef de la Villa Qin Lei te récompensera généreusement.
— Bon sang, tes manigances pour nuire aux autres sont vraiment pitoyables ! Tu crois que tout le monde est aussi idiot que toi ? lâcha froidement Chu Feng, le regard plein de mépris. Il avait compris que Liu Xiaoyao et les autres voulaient se servir du Roi Crapaud noir pour le tuer. Ils cherchaient à attiser la colère des Bêtes monstrueuses par leurs mensonges, afin qu’elles se chargent de lui.
— Hmm ? Le Roi Crapaud noir était manifestement très intelligent. Voyant que Chu Feng avait un passé avec Liu Xiaoyao et les autres, il laissa paraître une lueur de curiosité sur son visage laid. « À ce que je vois, vous vous connaissez ! »
— Bien sûr que nous nous connaissons ! C’est notre frère. Je vous conseille de ne pas le toucher, sinon son père réduira votre Montagne des Dix Mille Monstres en poussière ! Liu Xiaoyao ne s’arrêta pas là et continua d’inventer des mensonges.
— C’est vrai. Le père de Chu Feng déteste les Bêtes monstrueuses plus que tout. Il en mange tous les jours et, chez Chu Feng, même la literie est faite de leur fourrure, ajouta Bai Yunfei.
— Tu n’as donc aucune honte ? Tu pourrais au moins éviter de m’accuser aussi ouvertement ! Tu crois vraiment que tout le monde est aussi bête que vous ? rétorqua Chu Feng.
— Hahaha ! Intéressant, très intéressant ! On dirait qu’il y a toute une histoire entre vous !
— Petit Bœuf, qu’est-ce qui s’est passé au juste ? Raconte-moi, ordonna le Roi Crapaud noir en éclatant de rire, puis en faisant signe à une Bête monstrueuse à tête de bovin qui se tenait à proximité.
Cette Bête monstrueuse se distinguait des autres : elle portait des vêtements humains. Elle s’approcha du Roi Crapaud noir et lui raconta les faits avec un profond respect :
— Voilà ce qui s’est passé, mon roi. Ce garçon s’appelle Chu Feng. Avant que vous ne passiez à l’attaque, il a voulu s’en prendre à la femme là-bas, mais ce groupe d’humains l’a surpris. Les humains, furieux, ont voulu tuer Chu Feng, mais ils n’ont rien pu faire : il s’est enfui. Je n’aurais jamais cru qu’il reviendrait parmi nous !
Chu Feng comprit enfin que la Bête monstrueuse à tête de bovin était l’espion qui s’était infiltré dans leurs rangs. Sans cela, elle n’aurait pas pu connaître de tels détails.
— Hahaha, je vois. Il y a donc bel et bien de la rancœur entre vous. Les humains sont tous pareils : des créatures cruelles et méprisables. Vous voulez vous servir de moi pour tuer votre ennemi ? Vous me sous-estimez un peu, non ?
Après avoir appris la vérité, le Roi Crapaud noir regarda Liu Xiaoyao et les autres avec mépris, puis désigna Chu Feng et donna un ordre :
— Jetez celui qui s’appelle Chu Feng avec les autres. Et amenez aussi l’autre groupe de petits humains. Ce soir, je veux jouer à un jeu intéressant.
Sur l’ordre du Roi Crapaud noir, on jeta Chu Feng au milieu de Liu Zhizun et des autres. Ceux-ci auraient voulu le tuer sur-le-champ, mais, prisonniers eux aussi, ils ne purent que le menacer du regard.
Chu Feng n’y prêta pas la moindre attention. Comme il se trouvait assez près de Zi Ling, il se contorsionna avec souplesse et, sans le moindre souci des convenances, se rapprocha d’elle.
— Zi Ling, je suis venu te sauver, murmura Chu Feng à son oreille.
Zi Ling regarda d’abord Chu Feng, puis Xia Le’r, qui se trouvait dans le groupe. Elle lança ensuite un regard furieux à Chu Feng, renifla froidement et détourna son joli visage sans plus lui prêter attention.
— Oh ? Tu es jalouse ? demanda Chu Feng en riant. Mais comme Zi Ling continuait de l’ignorer, il se justifia : « Tu ne vas tout de même pas croire ce que Xia Le’r a raconté ? Avec ton intelligence et ta perspicacité, tu ne vois pas que j’ai été accusé à tort ? »
— Chu Feng, espèce de morveux, éloigne-toi de Zi Ling, ma cadette, ou je te tue ! s’écria Liu Zhizun, qui, voyant Chu Feng la harceler sans vergogne, bouillait de rage.
— Vas-y, vas-y ! Montre-moi donc comment tu vas t’y prendre pour me tuer ! répliqua Chu Feng. Au lieu de s’éloigner de Zi Ling, il se frotta encore et encore contre elle.
Zi Ling avait beau essayer de l’éviter, elle n’y parvenait pas. Chu Feng ne cessait de se coller à elle et, à la fin, elle dut renoncer, impuissante, et le laisser s’approcher.
— Chu Feng, tu ferais mieux de ne pas sortir vivant d’ici. Sinon, je te le ferai regretter ! À cet instant, Liu Zhizun grinça des dents et une fumée semblait sortir de ses sept orifices. Ses yeux se révulsèrent : Chu Feng l’avait mis hors de lui.
— Tais-toi ! Si tu fais encore autant de bruit, je te coupe la langue ! À ce moment-là, la Bête monstrueuse du Royaume Céleste, agacée par le vacarme de Liu Zhizun, s’approcha et lui marcha dessus. Elle lui écrasa le visage contre le sol ; son front se fendit et ses gencives se mirent à saigner. Il était dans un état lamentable.
À cette vue, tous se turent et n’osèrent plus menacer Chu Feng. Ils ne purent que le regarder se frotter sans cesse contre Zi Ling et profiter d’elle à petits coups.
Peu après, un groupe de personnes fit irruption dans le grand palais par une autre entrée. Chu Feng leva les yeux et ne put s’empêcher d’être surpris : il reconnut plusieurs visages parmi eux.
Gu Bo, Xu Zhongyu et les autres membres de la Guilde des Esprits du Monde étaient là. Il y avait aussi des gens du Clan Jie, dont Jie Qingming.
Eux aussi avaient été capturés. À en juger par leur état, ils l’avaient été avant Chu Feng et les autres.
— Chu Feng, vous aussi, vous avez… ? Les visages de Gu Bo et des autres se remplirent de stupeur en voyant Chu Feng et ses compagnons. Cela signifiait que leur situation était loin d’être favorable.
Jie Qingming et les autres furent ensuite poussés au milieu du palais, comme Chu Feng et ses compagnons, et forcés de s’asseoir en cercle.
À cet instant, le Roi Crapaud noir se leva et s’avança d’un pas majestueux jusqu’à Chu Feng et les autres.
Son affreux visage de crapaud s’illumina d’un sourire qui lui allait à merveille. « Eh bien, bande d’humains sans vergogne, que diriez-vous de… jouer à un jeu intéressant ? »