Chapitre 362
À cet instant, Chu Feng était assis en tailleur dans sa tente et cultivait. Soudain, un appel le tira de sa concentration.
Il ignorait qui l’appelait, mais puisqu’on venait le chercher, la politesse voulait qu’il sorte voir de quoi il retournait. En quittant sa tente, il découvrit une beauté qui se tenait devant l’entrée.
Elle avait des traits délicats et une silhouette superbe. Sous ses longs cils, ses yeux étaient aussi grands que des noix. Leur expression indéfinissable avait quelque chose d’irrésistible.
La partie la plus attirante d’une femme n’était pas forcément son regard ensorcelant : c’étaient plutôt les deux montagnes qui se dressaient sur sa poitrine et semblaient vouloir jaillir à chacun de ses souffles. En contemplant leur galbe ferme et généreux, Chu Feng sentit son cœur vaciller.
Cette beauté n’avait pas une cultivation médiocre. Elle se trouvait au neuvième niveau du Royaume du Profond et faisait partie des neuf beautés qui avaient attiré l’attention de Bai Yunfei et des autres.
« Disciple Chu Feng, je m’appelle Xia Le’r. » La jeune femme aux formes généreuses qui se présenta ainsi lui adressa d’abord un sourire charmeur, puis le salua poliment.
« Ainsi, vous êtes l’Ancienne Xia. Que me vaut le plaisir de votre visite à cette heure-ci ? » Chu Feng lui rendit son salut avec courtoisie.
« Disciple Chu Feng, as-tu déjà dîné ? » demanda Xia Le’r.
« Euh… Pas encore. » Chu Feng regarda autour de lui et vit que beaucoup étaient effectivement en train de dîner. Depuis qu’il avait installé sa tente, il n’avait fait que cultiver et n’avait donc rien mangé. À vrai dire, il commençait à avoir faim.
« Ça tombe bien, je viens de préparer le dîner. J’aimerais t’inviter à venir manger avec moi et goûter ma cuisine. » Xia Le’r l’invita d’une voix douce.
« C’est… un peu gênant, non ? » Chu Feng hésita. Les zones de repos des hommes et des femmes étaient désormais séparées. S’il entrait dans celle des femmes, lui qui était un homme, cela risquait de provoquer des malentendus.
« Ho… Le soleil vient à peine de se coucher et ni mes aînés ni mes cadets ne sont encore couchés. Qu’est-ce qui pourrait être gênant ? À moins que tu aies peur que je te fasse quelque chose ? » Elle prit un air embarrassé.
« Bien sûr que non. Puisque tu le proposes, j’accepte avec plaisir. » En voyant son expression, Chu Feng s’empressa d’accepter. Après tout, c’était une femme, et s’il refusait alors qu’elle l’invitait devant tant de monde, il la mettrait dans une situation embarrassante.
Chu Feng suivit donc Xia Le’r jusqu’à la zone de repos des femmes.
« Il mérite vraiment de crever. D’où est-ce que ce morveux tient une telle chance, pour qu’une beauté l’invite à dîner ? »
« Ah, nous, on se contente de rations, et lui, il va goûter tout un festin préparé par une beauté. De quoi vous rendre fou de rage ! »
« Bon sang ! Cette fille de la Villa prestigieuse est peut-être belle, mais elle n’a vraiment aucun discernement. Qu’est-ce qu’elle a dans les yeux ? Comment peut-elle s’intéresser à ce sale gamin ? »
En voyant Chu Feng et Xia Le’r s’éloigner, certains les envièrent, d’autres les admirèrent. Song Qingfeng et ses compagnons, qui se croyaient exceptionnels, enrageaient tout particulièrement.
Après avoir échoué à séduire Zi Ling, ils avaient jeté leur dévolu sur Xia Le’r et les autres beautés. Ils n’auraient jamais imaginé que, même si celles-ci ne les avaient pas repoussés aussi franchement que Zi Ling, elles avaient tout de même décliné leurs avances avec tact.
Sous leurs yeux, la jeune femme qui leur plaisait venait d’inviter Chu Feng. Comment auraient-ils pu l’accepter ? Ils bouillaient de colère, sans pouvoir la laisser éclater, et leur haine envers Chu Feng n’en devint que plus forte.
« Waouh, je ne pensais pas que tu cuisinais aussi bien ! »
La tente de Xia Le’r n’avait rien de la simplicité rudimentaire de celle de Chu Feng. Elle était particulièrement raffinée, surtout à l’intérieur. Des chaises, des tables : tout ce qu’il fallait s’y trouvait. On aurait difficilement cru qu’ils étaient en pleine nature ; on se serait plutôt cru dans une pièce chaleureuse et confortable.
Mais, à cet instant, Chu Feng n’avait pas l’esprit à admirer le décor. Le festin avait aiguisé son appétit : il avait retroussé sa manche, dévoilé son bras et se régalait sans retenue.
« Tant mieux si ça te plaît. Sers-toi, n’hésite pas ! » Xia Le’r resta à ses côtés, lui resservant du vin et lui apportant des plats. Elle prenait grand soin de lui.
« Ancienne Xia, tu m’as déjà servi trois grands bols avec ta petite fiole. Comment peut-elle encore en contenir ? » Chu Feng regarda la fiole, qui ne faisait même pas trois centimètres, puis le grand bol de porcelaine qu’il tenait. Il n’y comprenait rien.
« Hé hé, disciple Chu Feng, ma fiole est un trésor ! Elle fonctionne comme un Sac cosmique. Même si elle ne fait pas plus que la taille de ma paume, elle contient trois grandes cuves de vin. Tu pourrais en boire sans arrêt pendant un mois entier sans en venir à bout. » Xia Le’r sourit en lui donnant des explications.
« Un objet aussi merveilleux existe vraiment ? Ancienne Xia, tu peux me la prêter pour que je l’examine ? » En tant que spirite du monde, Chu Feng s’intéressait beaucoup à toutes sortes d’objets étranges et insolites. En apprenant que la fiole était un trésor, il la prit dans les mains de Xia Le’r et l’examina attentivement.
À première vue, pourtant, il n’y remarqua rien de particulier. Il projeta donc toute sa puissance spirituelle dans la fiole pour l’étudier sérieusement.
Flac ! Mais, contre toute attente, la fiole explosa dès que la puissance spirituelle de Chu Feng la toucha. Une énorme quantité de vin se déversa et, pris au dépourvu, il en fut trempé de la tête aux pieds.
« Disciple Chu Feng, ça va ? J’ai oublié de te prévenir : tu ne dois pas l’examiner avec ta puissance spirituelle, sinon elle explose. » En voyant ce qui s’était passé, Xia Le’r s’empressa d’essuyer le vin sur Chu Feng. Son visage exprimait une profonde inquiétude et de la culpabilité.
« Euh… Ancienne Xia, je suis vraiment désolé. J’ignorais qu’il ne fallait pas examiner cette fiole avec ma puissance spirituelle. Mais ne t’inquiète pas, je te la rembourserai. » Chu Feng avait honte d’avoir détruit la fiole par inadvertance.
« Disciple Chu Feng, qu’est-ce que tu racontes ? Ce n’est qu’un jouet, ça ne vaut rien. Inutile de me dédommager. »
« Regarde ! Tes vêtements sont trempés, tu vas prendre froid. Je vais sortir un instant, le temps que tu te changes. Après, tu pourras reprendre ton dîner. » Xia Le’r ne se souciait même pas de sa fiole ; elle s’inquiétait plutôt pour Chu Feng.
« D’accord. » En la voyant prendre tant soin de lui, Chu Feng sentit une douce chaleur lui envahir le cœur. Sa beauté ne lui avait rien fait, mais cette attention délicate lui inspira de la sympathie.
Après que Xia Le’r eut quitté la tente, Chu Feng retira ses vêtements imbibés de vin.
Fff !
Mais, à cet instant, la tente où se trouvait Chu Feng fut brusquement arrachée, le laissant à découvert, le torse nu, en pleine nature.
« Au secours ! Vite, aidez-moi ! » Un cri de terreur retentit derrière Chu Feng. Il se retourna : c’était Xia Le’r.
Sa belle robe était déjà en lambeaux, dévoilant une bonne partie de sa peau blanche comme neige. Elle avait croisé les bras devant sa poitrine pour cacher ses deux seins, et sanglotait avec un désarroi poignant.
« Ancienne Xia, que s’est-il passé ? » En voyant cela, Chu Feng, qui avait de l’estime pour elle, se précipita à ses côtés et lui demanda avec inquiétude :
« Éloigne-toi ! » Mais, contre toute attente, dès qu’il s’approcha, Xia Le’r le repoussa. Puis elle s’effondra sans force sur le sol, le désigna du doigt et lança :
« Chu Feng, espèce de bête ! Je t’invite gentiment à dîner, et tu empoisonnes le vin pour en profiter et tenter de me violer ! Tu es vraiment un être humain ?! »