Chapitre 360
Après le bref intermède où Zi Ling avait entraîné de force Chu Feng dans son groupe, l’événement commença enfin officiellement.
Les deux groupes se séparèrent et se mirent en marche. Guidés par les deux Anciens responsables, ils se dirigèrent vers la zone dite sûre.
Dans le groupe de Chu Feng, il y avait près de cinq cents hommes, mais seulement une cinquantaine de femmes. À l’exception de l’Ancien chargé de les guider et de Liu Zhizun, tous les autres hommes participaient au Rassemblement des mariages.
Autant dire qu’il y avait beaucoup de loups pour peu de viande. En fait, les loups étaient très, très nombreux, et la viande bien rare.
Dans ces circonstances, les jeunes génies venus de toutes les directions se mirent à redoubler d’efforts pour s’attirer les faveurs des beautés de leur acabit.
Zi Ling, surtout. D’innombrables hommes cherchaient à l’approcher, mais elle les envoyait tous froidement se faire voir. Même Song Qingfeng, Bai Yunfei et Liu Xiaoyao, pourtant détenteurs d’une Lettre d’invitation prestigieuse, n’y échappèrent pas.
Face à une telle scène, les Anciens responsables ne purent que secouer la tête, impuissants, sans oser intervenir. Certes, en repoussant les gens à mille lieues, Zi Ling allait à l’encontre de l’esprit du Rassemblement des mariages. Mais lorsqu’ils pensaient au statut particulier de la jeune femme et à son grand-père, dont la puissance monstrueuse inspirait même la crainte au chef de la Villa, ils ne pouvaient que regarder sans rien faire.
Mais il y avait des exceptions à tout. Chu Feng en était une. Alors que Zi Ling se tenait à mille lieues des autres hommes, elle l’avait attiré à ses côtés et, même s’il voulait partir, il ne le pouvait pas.
Le plus insupportable, c’était qu’après avoir tenté en vain de s’échapper pendant un moment, Chu Feng s’était mis à se conduire en goujat. Non seulement il cherchait à se lier d’amitié avec Zi Ling, mais il profitait aussi parfois d’elle. C’en était vraiment trop pour les autres.
Song Qingfeng, Bai Yunfei et Liu Xiaoyao, ces trois hommes qui se considéraient comme les élus du ciel, finirent par s’avancer devant Chu Feng. Ils barrèrent la route qu’il suivait avec Zi Ling, le pointèrent du doigt et le rabrouèrent sèchement :
« Hé, toi, tiens-toi bien ! Comment oses-tu toucher Dame Zi Ling ? »
Le visage de Chu Feng, qui confiait justement ses sentiments à Zi Ling, s’assombrit aussitôt. Il allait répondre et les insulter, mais avant même qu’il ait ouvert la bouche, Zi Ling, à côté de lui, prit la parole :
« Aucun de vous n’a à se mêler de ce qui se passe entre Chu Feng et moi. Si vous me barrez encore la route, ne m’en veuillez pas de ne pas me montrer polie. » Sa voix était mélodieuse, mais pleine d’autorité, comme si ces trois hommes ne comptaient pas à ses yeux.
« Nous… nous… » Song Qingfeng et ses deux compagnons restèrent d’abord bouche bée, puis leurs visages devinrent livides et ils ne surent plus quoi faire. Ils pensaient prendre la défense de Zi Ling, mais se retrouvèrent accueillis par une volée de reproches.
Ils n’avaient pourtant aucune excuse valable. Sous les yeux de la foule, ils ne purent donc que s’éloigner, la mine défaite. Ils avaient perdu la face, mais ne pouvaient rien y faire.
« Hé hé. Tu prétends encore ne pas m’aimer ? Si tu ne m’aimes pas, pourquoi m’as-tu défendu ? » Chu Feng ricana, puis tendit une main baladeuse vers la taille fine et bien dessinée de Zi Ling et se rapprocha d’elle.
Il ignorait pourquoi Zi Ling le gardait à ses côtés : voulait-elle simplement faire de lui une cible pour les autres, tenait-elle vraiment à le garder dans son champ de vision, ou avait-elle une autre idée en tête ? Quoi qu’il en soit, Chu Feng saisit l’occasion pour se conduire en vaurien. Il la harcelait et multipliait les gestes éhontés.
Chu Feng cherchait à mettre Zi Ling en colère, pour qu’elle cesse de le surveiller sans arrêt. Ce serait alors sa seule chance de s’échapper du groupe.
Car, à présent, le groupe n’avait plus rien de sûr. Chu Feng ignorait dans quelle situation dangereuse il se retrouverait une fois l’Ancien responsable parti. Sans parler des autres : même l’insaisissable Zi Ling représentait une grave menace. Il devait donc s’en aller au plus vite.
Sentant la main baladeuse de Chu Feng s’approcher, Zi Ling changea d’expression et l’esquiva prestement. Elle le fusilla du regard et lança : « Ne t’imagine pas que je te rends tes sentiments. Je ne supporte simplement pas qu’on se mêle de mes affaires. Je ne t’ai pas défendu. »
« Continue, donne-moi encore des explications. Le mieux serait que tu en trouves une à laquelle tout le monde croira. »
« De toute façon, moi, je ne te croirai pas. Je sais bien qu’à un moment ou à un autre, tu es tombée follement amoureuse de moi et que tu ne peux plus t’en détacher. Alors tu inventes des prétextes stupides pour me garder près de toi. »
Chu Feng retroussa les lèvres en ricanant. Il fixa sans la moindre pudeur la poitrine généreuse de Zi Ling, si imposante qu’elle en était presque orgueilleuse. Troublé par ce spectacle, il ne put s’empêcher de tirer la langue et de se lécher les lèvres.
« Toi… Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi effronté ! Si ce n’était pas… Tss ! »
Le visage de Zi Ling rougit de colère. Une lueur furieuse jaillit de ses yeux, où perçait même une pointe d’intention meurtrière. Mais celle-ci ne fit que briller un instant avant qu’elle ne la réprime. Enfin, elle renifla froidement et s’éloigna d’un pas vif.
« Hé hé, j’aimerais bien voir combien de temps tu vas pouvoir me supporter. » Chu Feng sourit, satisfait de son coup, puis la rattrapa.
« Hé, ma belle, ne te fâche pas ! Tu veux que je te raconte une blague pour te remonter le moral ? »
« Ça ne m’intéresse pas. »
« Alors, raconte-m’en une, toi, pour me remonter le moral. »
« Tais-toi ! »
Les gens trouvaient que Chu Feng courait après une femme qu’il ne pourrait jamais obtenir. Pourtant, personne ne pouvait rien y faire, car elle était insaisissable. Même si elle manifestait son impatience à son égard, elle ne le laissait pas s’éloigner. On aurait dit qu’elle cherchait elle-même les ennuis.
En voyant Zi Ling rabrouer Chu Feng de temps à autre, beaucoup auraient voulu s’avancer pour l’arracher à ses côtés. Mais dès qu’ils repensaient au sort de Song Qingfeng, Bai Yunfei et Liu Xiaoyao, ils renonçaient aussitôt à cette idée.
« Bon sang ! Qu’est-ce que ce morveux de la Province d’Azur a donc de si spécial pour avoir conquis le cœur de Dame Zi Ling ? » Song Qingfeng grinça des dents de rage. Lui qui avait connu d’innombrables succès n’aurait jamais cru perdre face à un rustre pareil.
« Qui sait ce qui se passe dans la tête de Zi Ling ? Peut-être qu’ils sont faits l’un pour l’autre, comme deux pois dans une cosse. » Bai Yunfei pinça les lèvres, tout aussi amer.
[N.D.T. : L’expression était un peu difficile à traduire, mais elle signifie que les deux se ressemblent, et ce n’est pas un compliment.]
« À mon avis, Dame Zi Ling n’aime pas vraiment Chu Feng. Ils doivent se connaître depuis longtemps. Il y a peut-être entre eux un secret que les autres ne peuvent pas connaître », supposa Liu Xiaoyao.
« Si vous n’y comprenez rien, évitez de raconter n’importe quoi. Comment Zi Ling pourrait-elle tomber amoureuse d’un type comme lui ? »
Mais à cet instant, une aura glaciale émana soudain de derrière eux. Lorsqu’ils se retournèrent, ils virent Liu Zhizun.