Chapitre 347
« Quelle puissance… Voilà donc à quoi ressemble l’affrontement entre les plus grands génies des Neuf Provinces. » En contemplant les vagues d’énergie dévastatrices qui rugissaient comme des bêtes féroces dans l’espace délimité par les Formations spirituelles, Chu Feng prit pleinement conscience du gouffre qui le séparait des génies du Royaume Céleste.
Cependant, il était encore plus curieux de connaître l’identité de celui qui s’était mêlé au combat et avait brisé la puissance des Armements d’élite de Jie Qingming et de Xu Zhongyu. Chu Feng avait utilisé son pouvoir spirituel pour l’examiner et avait découvert qu’il s’agissait, lui aussi, d’un jeune homme de la nouvelle génération.
En réalité, Chu Feng n’était pas le seul : presque tous les spectateurs avaient braqué des regards intrigués sur les Formations spirituelles et voulaient découvrir de qui il s’agissait.
Hum.
Enfin, lorsque les vagues d’énergie se dissipèrent et que les experts ayant érigé les Formations spirituelles les dissipèrent à leur tour, trois silhouettes apparurent dans le champ de vision de tous.
Quant au troisième homme, comme Chu Feng l’avait pressenti, c’était bien un jeune homme. Ses vêtements suffirent à révéler son identité à tous : il s’agissait clairement du premier disciple de la Villa prestigieuse, Liu Zhizun.
[NDT : Zhizun signifie « prestigieux ».]
« C’est Liu Zhizun ! Il a pu pénétrer au cœur de l’affrontement entre deux génies armés d’Armements d’élite sans être blessé ! Se pourrait-il qu’il en possède un, lui aussi ? »
« Non, la Villa prestigieuse ne peut pas posséder d’Armement d’élite. Tu n’as pas entendu le nom de la technique que Liu Zhizun a prononcé en arrivant ? La Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse ! Il a employé la technique propre à sa villa pour briser la puissance de leurs Armements d’élite. »
« C’était donc vraiment la Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse ! Je n’aurais jamais cru que cette technique martiale puisse rivaliser avec des Armements d’élite. »
Les discussions s’élevèrent parmi les spectateurs. Chu Feng, lui, brûlait de curiosité : quelle technique pouvait donc briser la puissance des Armements d’élite ? Il se tourna vers Gu Bo et lui demanda : « De quelle technique martiale s’agit-il ? Elle possède une puissance si dominatrice ! »
« Chu Feng, tu sais sûrement que, sur le continent des Neuf Provinces, les techniques martiales les plus puissantes sont celles de rang 8. Mais elles sont extrêmement rares. À tel point que même des puissances comme la Guilde des Esprits du Monde ou le Clan Jie n’en possèdent aucune. »
« Or, la Villa prestigieuse possède une technique aussi rare. On peut donc dire qu’à l’exception de la Dynastie Jiang, c’est la seule puissance à disposer d’une technique martiale de rang 8. Naturellement, cette technique est devenue son trésor fondateur. »
« Cependant, la Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse est difficile à cultiver. Peu de gens, au sein de la Villa prestigieuse, la maîtrisent. De plus, son exécution demande tellement de temps qu’on ne peut pas l’utiliser dans un duel. Il faut que quelqu’un protège celui qui la met en œuvre. »
« Mais il faut reconnaître que la puissance de la Villa prestigieuse est terrifiante. Dès lors qu’on parvient à l’exécuter, elle produit un effet comparable à celui d’un Armement d’élite, comme l’a montré Liu Zhizun tout à l’heure. »
« Bien sûr, si Liu Zhizun a pu exécuter pleinement la Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse à l’instant, c’est parce qu’il a eu tout le temps nécessaire pour mettre en œuvre cette technique martiale de rang 8 », expliqua Gu Bo en détail.
« La Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse est vraiment remarquable. Frère Zhizun, si nous nous affrontons un jour, il semblerait qu’il me faudra un Armement d’élite, sans quoi je ne pourrai certainement pas te vaincre », lança Xu Zhongyu, avec une pointe d’hostilité dans la voix. Il était manifestement mécontent que Liu Zhizun se soit mêlé à leur combat.
« Eh bien, frère Zhongyu, ne plaisante pas… Même si la Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse est extrêmement puissante, tout le monde sait qu’elle est très complexe et difficile à utiliser dans un duel », répondit Liu Zhizun avec un sourire.
« Ah oui ? D’après ce que tu dis, si tu pouvais utiliser ta Main céleste d’ouverture de la Villa prestigieuse à tout moment, nous serions vraiment incapables de te vaincre, tous les deux ? » À cet instant, Jie Qingming prit la parole à son tour, ses mots empreints d’une ironie mordante.
« Frère Qingming, frère Zhongyu, ne me mettez pas dans l’embarras. Je sais qu’il n’était pas convenable d’intervenir dans votre combat sans permission, mais, après tout, nous sommes ici sur le lieu où se tient le Rassemblement des unions. »
« La puissance de vos Armements d’élite est trop grande. Si le lieu du rassemblement est détruit, il me sera vraiment difficile de m’expliquer auprès du chef de la villa », dit Liu Zhizun avec un sourire contrit.
« Frère Zhizun, ce n’est pas que je refuse de t’accorder la face et que je tienne à me battre sur le territoire de ta Villa prestigieuse. Mais la réalité, c’est que quelqu’un a enfreint les règles de votre villa sans que vous interveniez. Je ne peux donc pas régler l’affaire moi-même ? » répliqua Jie Qingming, la voix pleine d’amertume.
« Je… » Liu Zhizun avait observé la scène depuis le début ; il connaissait donc naturellement tous les tenants et les aboutissants. Après avoir réfléchi un instant, il s’avança vers Chu Feng, un léger sourire aux lèvres, et lui demanda poliment :
« Jeune frère, puis-je connaître ton nom ? »
« Chu Feng. »
« Ainsi, tu es le frère Chu Feng. Je ne sais pas quel différend t’oppose à Jie Bufan, mais une chose est certaine : Jie Bufan a été blessé par ta faute. »
« Et puisque tout cela s’est passé sur le territoire de ma Villa prestigieuse, il me revient de rendre justice à chacun d’entre vous. »
« Voici ce que je te propose : faisons d’une grosse affaire une petite, et d’une petite affaire rien du tout. Présente simplement tes excuses au frère aîné de Jie Bufan, Jie Qingming, et nous en resterons là. Qu’en dis-tu ? »
Bien que Liu Zhizun affichât un air aimable et poli, ses paroles n’en étaient pas moins quelque peu autoritaires. Son regard avait même une nuance menaçante. Il voulait forcer Chu Feng à s’excuser pour mettre un terme à l’affaire.
Mais s’il y avait une chose que Chu Feng ne supportait pas, c’était bien les menaces ! Quoi qu’il arrive, il ne s’excuserait jamais auprès de Jie Qingming et ne reconnaîtrait jamais ses torts. Il ricana froidement, puis lança :
« Tu prétends rendre justice ? C’est ça, ta façon de rendre justice ? Je n’ai rien fait de mal, alors pourquoi devrais-je m’excuser ? Puisque tu appartiens à la Villa prestigieuse, tu devrais éclaircir toute l’affaire et en examiner les causes avant de venir rendre justice. Sinon, tu ne rends pas justice : tu abuses de ton pouvoir pour opprimer les autres. »
À ces mots, les visages des spectateurs changèrent radicalement. Dans la foule, on entendit même plusieurs inspirer bruyamment. Les actes de Chu Feng les avaient complètement stupéfaits.
Même Xu Zhongyu fronça légèrement les sourcils, pressentant que la situation tournait mal. Quel était le statut de Liu Zhizun ? C’était le premier disciple de la Villa prestigieuse, un homme capable de rivaliser avec lui et Jie Qingming !
Si Liu Zhizun avait voulu négocier, Xu Zhongyu aurait pu intervenir en sa faveur. Après tout, en matière de puissance et de statut, Chu Feng n’était pas de taille face à Liu Zhizun. Ils ne jouaient pas dans la même catégorie.
Prononcer de tels mots devant tout le monde revenait clairement à ne témoigner aucun respect à Liu Zhizun et à le mettre dans une situation délicate. C’était comme lui donner une gifle en public. Même s’il ne revenait pas sur l’affaire, Liu Zhizun garderait certainement rancune et chercherait tôt ou tard un moyen de s’en prendre à Chu Feng.
Chu Feng comprenait parfaitement tout cela. Pourtant, il avait ses principes. Il ne baissait pas facilement la tête devant les autres. Même s’il savait que cela lui vaudrait un ennemi, il ne céderait pas. Comme le disait si bien le proverbe : « On peut tuer un soldat, mais pas l’humilier. » Chu Feng était prêt à mourir, mais pas à subir l’humiliation.
« Bien dit ! »
Mais à cet instant, alors que tous pensaient que Chu Feng venait de provoquer un désastre, une exclamation enthousiaste retentit tout près.
En se tournant vers la voix, ils aperçurent un jeune homme assis sur un rocher non loin de là. Il applaudissait et poussait des cris d’approbation. C’était le génie hors pair qui avait tué le vieil homme lubrique Wang Qiang : Jiang Wushang.