Chapitre 324
« À moins que… » Le Fondateur du Dragon d’Azur hésita un instant.
« À moins que quoi ? » demanda Chu Feng avec anxiété.
« À moins que tu ne deviennes un Esprit du Monde à manteau violet d’ici deux ans. À ce moment-là, tu pourras retirer les deux perles de leurs corps. Sinon, elles mourront à coup sûr. »
« Mais es-tu certain de pouvoir devenir un Esprit du Monde à manteau violet en deux ans ? Pour être honnête, même avec tout ton talent, c’est presque impossible. » Les paroles du Fondateur du Dragon d’Azur portèrent un rude coup à Chu Feng.
« Je… » Le visage de Chu Feng se remplit d’incertitude. Il ne dit rien de plus, car il n’était effectivement pas certain de pouvoir devenir un Esprit du Monde à manteau violet en deux ans.
« Chu Feng, ne te décourage pas. Il est vrai qu’il est très difficile de devenir un Esprit du Monde à manteau violet en deux ans, mais avec ton talent, devenir un Esprit du Monde à manteau bleu ne devrait pas poser trop de problèmes. »
« Te souviens-tu de la Bête monstrueuse emprisonnée dans la Tour fantôme Asura, dans la Province de l’Esprit ? N’oublie pas qu’elle était un Esprit du Monde à manteau violet, et qu’elle t’a demandé un service ! »
« Dès que tu seras devenu un Esprit du Monde à manteau bleu, tu pourras peut-être l’aider à se libérer. Il te suffira alors de lui demander de sauver Su Rou et Su Mei, non ? » Eggy le lui rappela avec gravité.
« C’est vrai. Eggy, tu as raison ! On peut encore sauver petite Rou et petite Mei ! Si je parviens à obtenir l’objet laissé par la Bête monstrueuse, je pourrai peut-être devenir très vite un Esprit du Monde à manteau bleu. À ce moment-là, je la libérerai, puis je lui demanderai de sauver petite Rou et petite Mei ! »
Après le rappel d’Eggy, Chu Feng comprit à son tour. Son visage, jusque-là aussi livide que des cendres, s’éclaira aussitôt d’une lueur d’espoir.
« Chu Feng, tu ne crois tout de même pas vraiment pouvoir devenir un Esprit du Monde à manteau violet en deux ans ? » Le Fondateur du Dragon d’Azur fronça légèrement les sourcils en voyant une lueur d’espoir briller dans le regard de Chu Feng.
De son vivant, il n’avait jamais réussi à atteindre le royaume du manteau violet. Il savait donc à quel point ce royaume était difficile à atteindre. Il ne doutait pas que Chu Feng finirait par devenir un Esprit du Monde à manteau violet, sans quoi il ne lui aurait pas confié la tâche de le libérer. Mais y parvenir en deux ans relevait presque de l’impossible.
« Ancêtre, je ne peux effectivement pas devenir un Esprit du Monde à manteau violet en deux ans. Mais je ferai de mon mieux pour trouver un autre moyen de sauver Su Rou et Su Mei. »
« Elles comptent énormément pour moi et je dois les sauver. Alors, pendant mon absence, j’espère que vous veillerez sur mes proches. » Ce disant, Chu Feng balaya les personnes alentour du regard.
« Ne t’inquiète pas. Tant que je serai là, personne ne pourra leur faire de mal. Il n’arrivera rien aux deux sœurs pendant ces deux années. »
« Cependant, même si j’ignore quel moyen tu comptes employer pour les sauver, souviens-toi qu’avant de passer à l’action, tu dois d’abord garantir ta propre sécurité. Sinon, tout sera vain », conseilla le Fondateur du Dragon d’Azur.
« Ancêtre, ne vous inquiétez pas. J’ai mes plans. »
Après quoi, Chu Feng soigna rapidement ses blessures, puis expliqua à tous ce qui s’était réellement passé. Il fit ensuite ses adieux et quitta le Cimetière des Mille Os. Il s’éloigna définitivement de cet endroit et s’engagea sur une route semée de dangers inconnus, mais qu’il devait absolument emprunter : celle qui menait à la Province de Qin.
Le continent des Neuf Provinces se composait de la Province d’Azur, de la Province de Tang, de la Province de Song, de la Province de Ming, de la Province de Han, de la Province de Sui, de la Province de l’Esprit, de la Province de Yuan et de la Province de Qin.
La Province de Qin était assez éloignée de la Province d’Azur. Pour l’atteindre, il fallait traverser la Province de l’Esprit, située entre les deux. Si Chu Feng devait se rendre dans la Province de Qin, c’était parce que la Bête monstrueuse de la Tour fantôme Asura lui avait parlé d’un trésor capable de perfectionner la puissance spirituelle, qui se trouvait là-bas.
Les objectifs de Chu Feng pour ce voyage étaient très clairs : trouver ce trésor, puis perfectionner sa puissance spirituelle afin de devenir plus rapidement un Esprit du Monde à manteau bleu.
Ensuite, il retournerait à la Tour fantôme Asura, s’associerait à la Bête monstrueuse emprisonnée pour la libérer, puis demanderait à cette créature mystérieuse et insondable de sauver Su Rou et Su Mei, prisonnières des perles.
Ce plan semblait simple, mais Chu Feng savait qu’il lui faudrait surmonter des milliers d’obstacles et affronter des dizaines de milliers de dangers. Pour commencer, l’endroit où était caché le trésor était inconnu : on l’appelait la Montagne des Dix Mille Monstres.
« Je vais bientôt partir d’ici, et qui sait quand je reviendrai. » Assis sur le dos de Petit Blanc, Chu Feng contemplait les terres et les paysages familiers qui s’étendaient sous lui, le cœur lourd.
Cette fois, c’était différent de son précédent voyage dans la Province de l’Esprit. La dernière fois, il n’y était allé que pour passer l’examen de qualification des manteaux blancs. Cette fois, une mission bien plus lourde l’attendait, et son absence serait aussi plus longue.
« Chu Feng, tu ne veux pas demander de l’aide à la Guilde des Esprits du Monde ? Même s’il n’y a aucun Esprit du Monde à manteau violet là-bas, je suis sûre qu’ils pourraient t’aider un peu », proposa Eggy.
« Non. Je ne connais pas très bien la Guilde des Esprits du Monde. J’ai peur que la vue du trésor laissé par la Bête monstrueuse ne fasse naître leur avidité et qu’ils ne le gardent pour eux », répondit Chu Feng.
« Hum. » En entendant Chu Feng, Eggy trouva son raisonnement parfaitement sensé. Elle gloussa, puis ajouta : « On dirait que tu as pas mal mûri, hein ? Je ne me suis effectivement pas trompée sur toi. Mon garçon, tu iras loin. »
Eggy était un véritable rayon de soleil. Sachant que Chu Feng avait le cœur lourd, elle ne cessa de le réconforter et de le divertir tout au long du trajet. Sa pression s’en trouva considérablement allégée, et sa confiance dans sa capacité à sauver Su Rou et Su Mei grandit.
[NDT : en chinois, « pistache » se traduit littéralement par « fruit heureux ».]
« Cette aura… »
Alors que Chu Feng s’apprêtait à quitter les frontières de la Province d’Azur, il fronça soudain les sourcils et dirigea Petit Blanc vers un amas de nuages au loin, dans lequel il s’engouffra. Il venait de sentir une aura extrêmement puissante approcher.
En effet, à peine Chu Feng s’était-il dissimulé dans les nuages blancs que de violentes détonations retentirent à l’horizon, tout près. On aurait dit le tonnerre, mais aussi le galop de dix mille chevaux dans les airs.
« Ciel ! Qu’est-ce que c’est ?! »
Bien qu’il fût caché dans les nuages blancs, Chu Feng pouvait toujours voir tout ce qui se passait à l’extérieur. À cet instant, il découvrit avec stupeur qu’un immense groupe de personnes et de montures apparaissait à l’horizon. Ils avançaient dans les airs.
Le groupe comptait près de dix mille personnes, toutes vêtues de robes dorées. Ces robes n’étaient pas des armures, mais elles étaient plus somptueuses et même plus résistantes.
Presque dix mille cavaliers chevauchaient chacun une monture d’exception. Bien plus grandes que les chevaux ordinaires, elles étaient aussi particulièrement imposantes, avec une aura hors du commun, comme si elles régnaient sur tous les chevaux. Surtout, elles pouvaient galoper dans les airs à une vitesse incroyable.
Mais ce n’était pas tout. Outre ces montures capables de fouler les airs, un immense char doré accompagnait le groupe. Il n’était pas tiré par un cheval, mais par une bête gigantesque. Celle-ci pouvait marcher dans les airs et, si Chu Feng ne se trompait pas, c’était une Bête monstrueuse du Royaume Céleste.
Qu’une Bête monstrueuse du Royaume Céleste ait été domptée et réduite à l’esclavage pour tirer un char avait de quoi stupéfier.
Lorsque Chu Feng posa les yeux sur les bannières de l’armée qui flottaient au vent, il comprit enfin d’où venait ce groupe. Sur les étendards dorés, ornés de dragons et de phénix gravés et peints, figuraient deux grands caractères : « Dynastie Jiang » !