Chapitre 298
« Non, je ne peux pas. » Chu Feng semblait pris dans une étrange boucle. Eggy avait beau le lui répéter sans cesse, il avait beau savoir que ce qu’il voyait n’était qu’une illusion, il ne parvenait pas à endurcir son cœur ni à attaquer quand il s’agissait de tuer lui-même les membres de sa famille.
« Idiot ! Ce n’est qu’une illusion, ce ne sont pas les membres de ta famille. Si tu ne les tues pas, ils te tueront. Tu vas mourir ici ? Tu veux finir comme tous ces gens, prisonnier de cette formation jusqu’à en mourir ? Tu t’en rends compte ?! » Eggy hurla, anxieuse, car elle sentait que la Formation illusoire avait troublé l’esprit de Chu Feng.
« Je… » Au cri d’Eggy, Chu Feng hésita d’abord, mais il finit par reprendre ses esprits. Il serra les dents, puis lança d’une voix forte : « Non ! Je ne peux pas mourir ici. Maudites illusions, allez au diable ! »
Sur ces mots, Chu Feng cessa de fuir et ferma les yeux. Il fit appel à la Lame du Cri du Dragon du Vide, et une puissante pression s’abattit du ciel. La dizaine d’illusions fut écrasée sous son poids, incapable de bouger, sur le point d’être broyée de force.
« Feng’er, non ! Arrête tout de suite. C’est moi, ton père ! »
« Feng’er, c’est moi, ton grand-père ! Ne fais pas ça ! » Pourtant, à cet instant, les illusions, qui s’étaient montrées si agressives jusque-là, se mirent à appeler Chu Feng par son nom.
Mais Chu Feng, qui avait déjà pris sa décision, ne leur prêta plus attention et redoubla même la puissance de la Lame du Cri du Dragon du Vide. Finalement, les dizaines d’illusions furent broyées de force jusqu’à la mort.
« J’ai réussi ? » Sentant que le calme était revenu, Chu Feng ouvrit lentement les yeux. Mais quand il balaya les alentours du regard, son expression se figea et ses yeux s’écarquillèrent aussitôt.
À sa grande horreur, les illusions n’avaient pas disparu. Autour de lui gisaient des dizaines de cadavres. C’étaient ceux de son père et des autres membres de la famille Chu.
Leur mort avait été atroce : tous avaient été broyés. Pour ceux qui étaient moins abîmés, il pouvait encore reconnaître qui était qui. Mais les plus mutilés n’étaient plus que des mares de sang, leurs visages méconnaissables.
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À cet instant, Chu Feng resta pétrifié et s’agenouilla, impuissant. Il avait utilisé son pouvoir spirituel pour les examiner et découvert que les cadavres étaient réels. L’aura de sa famille imprégnait encore leurs corps. Il avait bel et bien tué les siens de ses propres mains.
« C’est moi qui ai fait ça ? J’ai tué mon père, mon grand-père, mon premier oncle, mon deuxième oncle… » Chu Feng se prit la tête à deux mains, les yeux hagards. Il frôla la folie. Son esprit était au bord de l’effondrement, et son visage exprimait un chagrin si profond qu’il aurait voulu mourir.
« Chu Feng, qu’est-ce que tu fais ? Ce ne sont que des illusions. Des illusions ! » En voyant cela, Eggy s’empressa de le rappeler à la raison.
« Non. Ce ne sont pas des illusions. C’est mon père. C’est ma famille ! Je sens leur aura, et ils n’étaient pas morts avant… C’est moi qui les ai tous tués de mes propres mains ! »
« Tu es stupide ! C’est ça, une illusion. Tu ne peux pas lutter contre la puissance de la formation, alors tu es incapable de déterminer si ce que tu vois est réel ou non. Ton pouvoir spirituel ne fonctionne plus ici. »
« Chu Feng, sois fort. C’est comme un démon dans ton cœur, un fardeau dont tu ne peux te libérer. Cette illusion a précisément exploité ta faiblesse, voilà pourquoi elle a pris leur apparence. »
« Tu dois tenir bon et croire en toi. Croire que tu as raison. Ce ne sont que des illusions, tout est faux. Si tu tiens bon, tu pourras chasser ce démon. Tu retrouveras la paix de l’esprit et n’auras plus aucun fardeau à porter. » La voix d’Eggy résonnait sans cesse aux oreilles de Chu Feng, telle une lampe qui lui indiquait le chemin. Elle le guidait vers la survie.
À force d’entendre Eggy le lui répéter, l’esprit de Chu Feng commença enfin à s’éclaircir peu à peu. Il se mit à croire ses paroles, puis à croire en lui-même. Il cessa de fuir et fixa les cadavres, en particulier celui de son père.
Hum. Dès que Chu Feng les regarda en face, les cadavres commencèrent à devenir flous. Le sang disparut, puis les corps, jusqu’à ce que l’illusion s’évanouisse complètement.
À cet instant, Chu Feng put enfin considérer tout ce qui l’entourait avec lucidité. Il découvrit qu’il se trouvait toujours dans le brouillard, mais la sensation était tout autre qu’auparavant : il savait désormais comment venir à bout de la Formation illusoire.
« Eggy, merci. Sans toi, je ne suis pas sûr que j’aurais franchi cette épreuve. » Chu Feng s’essuya le front, encore en proie à une peur persistante.
« Pourquoi me remercier ? Ce n’est pas ta faute. C’est simplement que la Formation illusoire est trop puissante et trop réaliste. Elle peut tromper l’âme, et personne n’aurait pu comprendre dès le début que tout était faux. »
« Elle s’attaque au cœur en jouant sur les émotions. Les liens familiaux comme l’amour poussent les gens à négliger leur propre sécurité et peuvent aussi leur faire perdre la raison. »
« Mais je suis convaincue que même sans moi, tu aurais fini par surmonter cette épreuve, chasser le démon de ton cœur et t’en libérer. » Eggy lui adressa un doux sourire, et sa voix pleine de vie était extrêmement agréable à entendre. Surtout, en l’écoutant, Chu Feng sentit son cœur se réchauffer.
« Pas mal. Un talent prometteur. » Soudain, une voix grave et âgée retentit derrière Chu Feng.
À ces mots, le corps de Chu Feng tressaillit. Au même instant, il sentit une oppression extrêmement puissante dans son dos.
En se retournant, Chu Feng découvrit avec stupeur deux paires d’yeux rouge sang derrière lui. Parmi ces quatre yeux, deux étaient gros comme des lanternes, et les deux autres l’étaient encore davantage.
Bien que ces yeux rouge sang ne dégagent aucune intention meurtrière, Chu Feng fut saisi d’une peur grandissante en les regardant. Son pouvoir spirituel ne fonctionnait pas à cet endroit ; il était donc incapable de savoir à qui appartenaient ces yeux. Mais il savait que leur propriétaire était forcément un être extrêmement puissant.
« Mon enfant, comment t’appelles-tu ? » La voix grave retentit de nouveau, claire et sonore comme une cloche de cuivre.
« Je m’appelle Chu Feng. Senior, puis-je connaître votre illustre nom ? » répondit Chu Feng avec respect.
« Je suis la Technique de l’Armure de la Tortue Noire. Mon garçon, tu as beaucoup de chance. Non seulement tu as trouvé cet endroit, mais tu as aussi réussi à lutter contre la Formation illusoire. Tu as au moins un certain potentiel. »
« Si tu m’aides à faire une chose, j’envisagerai de te transmettre mon pouvoir. Mais je me demande si tu accepteras ou non. »
À ces mots, Chu Feng fut aussitôt transporté de joie. La Technique de l’Armure de la Tortue Noire se désignait elle-même par « Ben Zun ». Cette façon de parler et ce nom lui permirent de deviner ce qu’elle était. Il s’agissait probablement d’une autre Compétence secrète cachée dans les Tombes de l’Empereur.
[NDT : « Ben Zun » remplace « je » et désigne une manière de parler de soi-même lorsqu’on est un être supérieur.]
Comment Chu Feng aurait-il pu hésiter ? Il répondit aussitôt : « Senior, donnez-moi vos instructions. Si j’en suis capable, je ferai de mon mieux. »
« Haha, petit malin. On dirait que tu sais ce que je suis. Je sens une aura familière dans ton corps… Je n’aurais jamais cru que le Tigre Blanc, ce fier personnage, te servirait ! »