Chapitre 228
La Vallée des Cent Méandres était une terre magique. Montagnes, ruisseaux, rivières, vallées, plaines : tout ce qui pouvait s’y trouver y était.
Ses paysages magnifiques évoquaient le royaume d’un saint. On aurait dit un monde à part. On y trouvait des plantes médicinales spirituelles, de l’Origine et du Profond, ainsi que des bêtes sauvages, des Bêtes féroces et des Bêtes monstrueuses.
Au sommet de la chaîne alimentaire, les Bêtes monstrueuses régnaient en maîtres sur la région. Elles en étaient les souveraines et, pour cultiver, elles avaient elles aussi besoin de plantes médicinales de l’Origine et du Profond.
Afin que ces plantes déploient pleinement leurs effets, les Bêtes monstrueuses, lorsqu’elles en trouvaient, ne les récoltaient pas aussitôt. Elles les forçaient à pousser dans un endroit particulier, les y enfermaient et attendaient qu’elles mûrissent avant de s’en servir.
Pourtant, chaque année, les humains envahissaient cette terre pendant un certain temps. Leur intrusion y semait le chaos. Ils enfreignaient les règles des lieux ; aux yeux des Bêtes monstrueuses, les humains étaient donc les envahisseurs, et elles, les gardiennes.
À cet instant, en un endroit de la Vallée des Cent Méandres, se dressait une forteresse de ce genre. Des plantes médicinales du Profond la remplissaient, et ceux qui se trouvaient à l’extérieur en percevaient la puissante énergie du Profond ainsi que leur parfum. C’était sans aucun doute un véritable trésor.
Mais il était impossible de s’emparer de ces richesses si facilement : plusieurs centaines de Bêtes monstrueuses étaient massées devant la forteresse. Toutes appartenaient au Royaume du Profond et leur cultivation était élevée. Certaines avaient atteint le premier niveau du Royaume du Profond, d’autres le sixième.
L’une d’elles, qui avait forme humaine et mesurait trois mètres, avait même atteint le septième niveau du Royaume du Profond. Ses muscles lui formaient une véritable armure. Elle tenait un grand marteau à la tête acérée et, assise sur une chaise faite d’ossements humains, bâillait.
Autour d’elle, les Bêtes monstrueuses qui avaient conservé leur apparence bestiale étaient fort animées, comme si elles célébraient leurs victoires répétées sur les humains.
« Bon sang ! J’ai vraiment envie d’aller massacrer cette bande de bêtes sur-le-champ. »
« Attends. L’aîné Dugu et l’aîné Fenghao ne vont pas tarder. Dès qu’ils seront là, nous pourrons exterminer toutes ces Bêtes monstrueuses qui méritent de mourir. Nous vengerons les aînés et les cadets qui ont péri. »
À plusieurs milliers de mètres de la forteresse, dans une forêt luxuriante, plusieurs centaines de disciples s’étaient rassemblés. La plupart appartenaient à l’École Lingyun, mais on comptait aussi de nombreux disciples d’autres écoles. Ils se préparaient à lancer l’assaut final contre la forteresse.
« Regardez, l’aîné Fenghao est arrivé. » Soudain, un groupe de personnes apparut. Elles venaient de l’École Lingyun et étaient menées par un jeune homme au visage pâle et à l’air arrogant.
À sa vue, l’agitation gagna aussitôt la foule. Les disciples de l’École Lingyun, bien sûr, mais aussi ceux des autres écoles braquèrent les yeux sur lui. Quelques disciples se laissèrent même gagner par l’admiration.
Ce jeune homme s’appelait Fenghao. Il était le deuxième disciple de l’École Lingyun. Bien qu’il ne fût que deuxième, son talent et sa cultivation dépassaient de loin ceux des disciples des autres écoles. Expert du sixième niveau du Royaume du Profond, il comptait parmi les meilleurs de la jeune génération de la Province d’Azur.
« Mademoiselle, je me demandais si nous pourrions nous joindre à vous pour vaincre ces Bêtes monstrueuses ? »
À cet instant, Chu Feng et l’homme au visage grêlé étaient déjà arrivés. Toutefois, il n’était pas facile de se faire une place parmi ceux qui allaient combattre les Bêtes monstrueuses.
En réalité, la disciple de l’École Lingyun évaluait alors la force de Chu Feng et de son compagnon. Elle voulait savoir s’ils avaient le droit de se partager les plantes médicinales du Profond de la forteresse.
Mais tout cela ne servit à rien : dès que Fenghao parut, la disciple de l’École Lingyun se tourna vers lui et ne prêta plus la moindre attention à Chu Feng et à l’homme au visage grêlé.
On ne pouvait toutefois pas lui en vouloir : comparé au visage presque féminin de Fenghao, celui de l’homme grêlé était d’une laideur frappante. Aucune femme n’aurait eu envie de le regarder.
« Regardez là-bas ! L’aîné Dugu est arrivé ! »
« Dugu Aoyun ? Dugu Aoyun, le premier disciple de l’École Lingyun ?! »
À cet instant, quelqu’un s’écria de surprise. Le nom de Dugu Aoyun détourna tous les regards de Fenghao vers l’autre côté.
Un autre groupe de disciples de l’École Lingyun venait d’apparaître. Ils étaient d’une tout autre trempe que ceux qui accompagnaient Fenghao.
Leur chef se distinguait particulièrement. Ses sourcils épais, semblables à des épées acérées, et son visage résolu comme une lame lui donnaient une allure bien plus séduisante et martiale. À côté du charme presque féminin de Fenghao, il respirait la virilité.
C’était Dugu Aoyun, le premier disciple de l’École Lingyun et un expert du huitième niveau du Royaume du Profond. Non seulement était-il le premier disciple de l’École Lingyun, mais on le tenait aussi pour le plus grand talent de la jeune génération de la Province d’Azur.
Juste derrière lui marchait son jeune frère, Dugu Xiangyu. Sa cultivation n’était pas faible : il avait atteint le cinquième niveau du Royaume du Profond. Il était lui aussi plutôt beau, mais son frère aîné éclipsait tout le monde et attirait bien davantage les regards.
« Ouah, le premier disciple de mon École Lingyun est tellement séduisant ! Voilà un vrai homme ! »
La disciple de l’École Lingyun, qui quelques instants plus tôt vouait une admiration sans bornes à Fenghao, n’avait plus d’yeux que pour Dugu Aoyun.
« Hé, mademoiselle. Je veux me joindre à vous pour combattre les Bêtes monstrueuses. Regardez-nous, vous croyez que c’est possible ? » Sur ces mots, l’homme au visage grêlé lui tapota sans tact l’épaule.
« Allez-vous-en ! Vous ne pouvez pas vous joindre à nous ! Tous les deux, partez, et tout de suite ! » L’homme au visage grêlé, qui avait troublé sa contemplation, s’attira une bordée d’injures furieuses.
« Petite sœur, qu’est-ce qui se passe ? » Son cri attira naturellement l’attention des disciples de l’École Lingyun. En un instant, le groupe entier les encercla, Chu Feng et l’homme au visage grêlé, en les foudroyant du regard.
« Je… nous… » Devant cette scène, l’homme au visage grêlé prit peur. Il en perdit ses mots, incapable de savoir comment se justifier.
« Ils voulaient se joindre à nous pour combattre les Bêtes monstrueuses, mais leur force était trop faible, alors je leur ai demandé de partir. Pourtant, ils n’arrêtaient pas de m’importuner », expliqua la disciple d’un ton plaintif.
« Quoi ? Il s’est passé une chose pareille ? » À ces mots, les disciples de l’École Lingyun, d’ordinaire si arrogants, se mirent aussitôt en colère. Leurs regards semblaient prêts à dévorer Chu Feng et l’homme au visage grêlé.
« Peu importe. Le plus important, pour l’instant, c’est de combattre les Bêtes monstrueuses. Laissez-les partir », intervint un disciple pour les calmer.
« Hmph. Vous avez de la chance, tous les deux. Allez, du vent ! » Sur ce, le disciple de l’École Lingyun se mit à les chasser.
Face à cette situation, Chu Feng serra les poings et sentit la colère brûler en lui. Il se contint pourtant, car il sentait sur lui le regard acéré de quelqu’un de redoutablement puissant.
Chu Feng ne put donc que s’éloigner, sombre, avec l’homme au visage grêlé, tandis que la foule se moquait d’eux.
« Grand frère, qu’est-ce que tu regardes ? » demanda Dugu Xiangyu, intrigué.
« Rien », répondit Dugu Aoyun avec un léger sourire, avant de détourner les yeux de Chu Feng.