Chapitre 177
« Su Mei est une fille tout à fait charmante ! Sa famille est bien considérée et elle ne manque pas de talent. Quant à son apparence, inutile d’en parler. Alors, veux-tu que je t’aide à demander sa main ? » lança Zhuge Liuyun en souriant, une fois de retour sur la place.
« Maître, merci de penser à moi, mais je ne veux pas me marier si tôt », répondit Chu Feng avec un sourire.
« Allons-y ! » Zhuge Liuyun bondit et atterrit sur l’Aigle à tête blanche. Chu Feng monta lui aussi sur un autre aigle de cette espèce.
Les deux aigles déployèrent leurs ailes en même temps. Elles mesuraient plusieurs mètres de long. D’un battement, elles soulevèrent un vent violent.
Le vent rugissait, tranchant comme des lames. Même les disciples et les Anciens de la cour intérieure présents sur la place eurent du mal à le supporter et furent repoussés.
Au milieu des bourrasques, les deux Aigles à tête blanche s’élevèrent dans les airs et grimpèrent droit vers le ciel. Après avoir survolé deux fois la place, ils filèrent vers la Province de l’Esprit comme des flèches.
Tous contemplèrent cette scène grandiose, le visage empli d’admiration et d’envie pour la plupart. Pourtant, dans un coin désolé de la zone centrale, un petit visage s’était lui aussi levé. Su Mei fixait l’Aigle à tête blanche, le regard inquiet.
Les Aigles à tête blanche volaient à une vitesse prodigieuse. Il ne leur fallut que quelques jours pour traverser la Province d’Azur et atteindre les frontières de la Province de l’Esprit.
Dans la Province d’Azur, l’Aigle à tête blanche était une rareté. Chaque fois qu’il fendait le ciel, les gens en contrebas levaient la tête pour l’observer et pousser des exclamations admiratives. Mais, une fois arrivé dans la Province de l’Esprit, Chu Feng découvrit que l’Aigle à tête blanche n’avait rien de rare.
En plein vol, ils en virent même plusieurs passer près d’eux. Ils volaient encore plus vite que les leurs et étaient manifestement de meilleure qualité.
Chu Feng se dit alors que la Province d’Azur où il vivait était peut-être réellement en déclin par rapport à la Province de l’Esprit. Son maître, Zhuge Liuyun, n’avait donc pas tort.
Les prétendus génies de la Province d’Azur n’étaient que des gens médiocres. Il n’y en avait pas plus d’une dizaine qu’on pouvait véritablement qualifier de génies. Aux yeux des habitants des autres provinces, les soi-disant génies de la Province d’Azur n’avaient vraiment rien d’exceptionnel.
En réalité, la Province d’Azur n’était pas si puissante. Parmi les Neuf Provinces, elle périclitait et ne pouvait rivaliser avec les provinces les plus importantes.
Après avoir volé deux jours de plus au-dessus de la Province de l’Esprit, Chu Feng arriva enfin à ce qu’on appelait la Guilde des Esprits du Monde. En regardant vers le bas, il aperçut la Guilde installée au milieu d’une vaste plaine.
C’était une immense cité, si grande qu’elle s’étendait sur des montagnes entières, des rivières et même des forêts. Elle ressemblait à un royaume et dépassait de loin tout ce que Chu Feng avait pu imaginer.
Il comprit ainsi à quel point la Guilde des Esprits du Monde était puissante. Pas étonnant qu’elle fût la maîtresse de la Province de l’Esprit.
Mais le plus frappant, c’était que les Esprits du Monde, si précieux dans la Province d’Azur, étaient ici partout. Les Esprits du Monde en manteau blanc comme Zhuge Liuyun n’avaient assurément rien d’important.
Dans cette région, seuls les Esprits du Monde en manteau gris étaient considérés. Les Esprits du Monde en manteau blanc étaient aussi nombreux que les « légumes blancs » : on en trouvait à chaque coin de rue.
[NDT : Le chou chinois, ou « bok choy », se traduit littéralement par « légume blanc ». J’ai conservé la traduction littérale pour la plaisanterie.]
« Est-ce donc cela qu’on veut dire par : “Il y a toujours un ciel au-delà du ciel, et quelqu’un au-delà de toute autre personne” ? »
Chu Feng et Zhuge Liuyun n’entrèrent pas directement dans la Guilde des Esprits du Monde, car on ne pouvait pas s’y rendre à sa guise. Même les Esprits du Monde n’y étaient pas autorisés. Ils gagnèrent donc une cité située à l’extérieur, spécialement aménagée pour accueillir des Esprits du Monde comme eux.
Dans cette ville, les Esprits du Monde en manteau blanc comme Zhuge Liuyun étaient partout. Toutefois, la plupart avaient retiré leur capuche et dévoilé leur visage.
« Ne sois pas si surpris. Les meilleurs Esprits du Monde des Neuf Provinces sont réunis ici ; il est donc naturel qu’il y en ait tant. »
« En outre, la Province de l’Esprit est réputée être la plus riche des Neuf Provinces. Comparée à elle, la Province d’Azur paraît effectivement assez pauvre et désolée. »
La voix de Zhuge Liuyun retentit. Chu Feng tourna la tête et ne put s’empêcher d’être stupéfait : Zhuge Liuyun avait retiré la capuche qui lui couvrait le visage. Pour la première fois, Chu Feng vit les traits de la personne âgée.
Son apparence différait beaucoup de ce que Chu Feng avait imaginé. Elle n’avait rien d’effrayant ; au contraire, elle paraissait plutôt gentille. À première vue, on la trouvait assez affable.
Mais c’était probablement justement pour cette raison que Zhuge Liuyun ne laissait personne voir son visage : elle voulait inspirer le danger aux autres. Cela lui permettait de mieux se protéger. C’était peut-être réellement la meilleure façon pour elle de se défendre.
« Hé… Ici, personne n’a le droit de dissimuler son visage, et tout le monde doit respecter cette règle. Sinon, on considère que la personne défie l’autorité de la Guilde des Esprits du Monde ! » expliqua Zhuge Liuyun.
« Je te préfère comme ça », dit Chu Feng avec un sourire, exprimant le fond de sa pensée.
« Petit, est-ce que mon apparence est si amusante que tu doives te moquer de moi ? » Zhuge Liuyun lança un regard à Chu Feng, puis l’emmena au bureau d’inscription à l’examen du manteau blanc.
En chemin, Chu Feng vit de nombreux jeunes gens de son âge. Chacun possédait une puissance spirituelle : ils étaient donc venus passer l’examen du manteau blanc.
« L’examen d’Esprit du Monde n’est pas très sévère. Il suffit de réussir la première épreuve pour obtenir le Manteau blanc d’Esprit du Monde. »
« Le Manteau blanc d’Esprit du Monde est fait de matériaux spéciaux. Quand tu le portes, personne ne peut déceler ton niveau de cultivation, tant que tu ne dégages aucune aura. »
« Le plus important, c’est que ce manteau blanc symbolise un statut. À l’avenir, si tu le portes dans la Province d’Azur, je pense que plus personne ne te méprisera. De nombreuses puissances voudront même se lier d’amitié avec toi et t’attirer comme invité. »
« Mais bien sûr, créer une Formation spirituelle est un travail épuisant, et en créer plusieurs l’est encore davantage. Déployer une Formation spirituelle qui englobe toute une puissance est un projet colossal. »
« Les étrangers ne voient que la gloire des Esprits du Monde, mais ils ne savent même pas tout le travail que cela exige. » Zhuge Liuyun le lui rappela après l’avoir aidé à obtenir son insigne d’admission à l’examen.
« Maître, y a-t-il une deuxième épreuve après la première ? » demanda Chu Feng, curieux.
« Bien sûr. Après avoir réussi la première épreuve, tu peux obtenir le Manteau blanc d’Esprit du Monde. Mais même si tu le décroches ainsi, tu dois payer le prix correspondant pour l’acheter », répondit Zhuge Liuyun.
« Il faut l’acheter ? Combien coûte-t-il ? » demanda aussitôt Chu Feng.
« Un seul Manteau blanc d’Esprit du Monde coûte mille perles de l’Origine, à condition d’avoir réussi la première épreuve. Sinon, même si tu voulais en acheter un, tu ne le pourrais pas », dit Zhuge Liuyun.
« C’est si cher ? » Chu Feng fut profondément choqué. Pour lui, mille perles de l’Origine représentaient une somme considérable.
« Ne t’inquiète pas, j’ai déjà tout préparé pour toi. Si tu réussis la première épreuve, le Manteau blanc d’Esprit du Monde sera à toi. » Zhuge Liuyun le regarda avec affection.
À cet instant, Chu Feng aurait menti en prétendant ne pas être touché. Pourtant, il demanda avec curiosité : « Maître, savez-vous combien coûte un manteau gris d’Esprit du Monde ? »